
Sommaire
Panorama
On croit encore que voir la Voie lactée dépend de la météo et de la patience, sauf que 260 millions d’habitants de l’Union européenne n’en ont plus la possibilité depuis chez eux. Ce nombre n’existe dans aucune publication : nous le dérivons de l’atlas mondial de brillance artificielle du ciel nocturne de Fabio Falchi et de ses coauteurs, croisé avec la population européenne au 1er janvier 2025. L’atlas, lui, a rendu célèbre un ordre de grandeur : 60 % des Européens ne voient plus la Voie lactée. Ce panorama descend d’un cran, au niveau des pays, et regarde où la France se situe dans ce classement.
En bref
- 260,2 millions d’habitants de l’UE vivent sous un ciel où la Voie lactée n’est plus visible, soit 57,7 % de l’Union : un effectif que nous calculons pays par pays, absent des sources.
- La Belgique (86,8 % de sa population) et les Pays-Bas (81,2 %) ferment le classement des États membres, devant l’Italie (76,9 %) et l’Espagne (75,2 %).
- La France est 13e sur 27 avec 58,9 %, mais 2e en nombre d’habitants concernés (40,6 millions) derrière l’Italie : le rang change selon qu’on compte en parts ou en personnes.
- L’Allemagne (41,6 %) et l’Autriche (35,7 %) s’en sortent nettement mieux que leurs voisins occidentaux, à urbanisation comparable.
- Deux seuils à ne pas confondre : le ciel pollué (plus de 99 % des Européens) et la Voie lactée effacée (60 %). Le second est cinq fois plus sévère en luminance.
Ce que le seuil des 60 % mesure vraiment
Le chiffre vient d’une seule publication : l’atlas mondial de luminance artificielle du ciel, paru dans Science Advances le 10 juin 2016. L’équipe de Fabio Falchi a modélisé la brillance du ciel au zénith à partir des images nocturnes du capteur VIIRS Day/Night Band, acquises en 2014, calibrées par plus de 35 000 mesures de terrain.
L’atlas ne répond pas par oui ou par non : il classe chaque pixel selon la lumière artificielle ajoutée au fond naturel du ciel. Deux seuils comptent ici. Au-dessus de 14 µcd/m², soit 8 % de plus que la nuit naturelle, le ciel est considéré comme pollué : c’est ce niveau qui produit les 83 % de la population mondiale et les plus de 99 % des populations européenne et américaine. Au-dessus de 688 µcd/m², la Voie lactée disparaît, y compris sa branche d’été, la plus lumineuse. C’est ce second seuil, et lui seul, qui donne les 60 % d’Européens.
La confusion circule dans les reprises françaises. Le relais de Futura cite ainsi 99 % de population sous un ciel orangé en Europe et aux États-Unis : c’est le premier seuil, celui du ciel dégradé, pas celui de la galaxie effacée. Entre les deux, un facteur cinq en luminance et près de 40 points de population.
Notre calcul : 260,2 millions d’habitants de l’Union
L’atlas publie un tableau pays par pays (tableau 2 du texte intégral) : pour chaque État, la part de population vivant sous chacun des six niveaux de brillance. Ce sont des pourcentages, jamais des effectifs. Personne ne les a convertis en habitants.
Nous le faisons ici, et la méthode tient en une phrase : nous multiplions, pour chacun des vingt-sept États membres, sa part de population vivant au-dessus de 688 µcd/m² par sa population au 1er janvier 2025 publiée par Eurostat, puis nous additionnons les vingt-sept résultats. Nous obtenons 260,2 millions d’habitants sur les 451,3 millions de l’Union, soit 57,7 %. L’écart de 2,3 points avec les 60 % de l’atlas tient au périmètre : Falchi raisonne sur l’Europe géographique, Royaume-Uni, Balkans et Russie d’Europe compris, quand notre addition s’arrête aux Vingt-Sept.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Le graphique retourne le classement. En part de population, la France est treizième sur vingt-sept ; en habitants, elle passe deuxième, juste derrière l’Italie et devant l’Espagne. Dix pays concentrent 223 des 260 millions, soit 86 % du total de l’Union.
Pays par pays, la part de population privée de galaxie
Le tableau ci-dessous reprend la part de population publiée par l’atlas, du pays le plus touché au moins touché, avec l’effectif que nous en dérivons. Treize États membres y figurent, choisis pour couvrir toute l’amplitude du classement.
| Pays | Part de population sous ciel sans Voie lactée | Habitants concernés (millions, calcul AAP) | Source |
|---|---|---|---|
| Malte | 99,8 % | 0,6 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Belgique | 86,8 % | 10,3 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Pays-Bas | 81,2 % | 14,7 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Italie | 76,9 % | 45,3 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Portugal | 76,7 % | 8,7 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Espagne | 75,2 % | 36,9 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Grèce | 66,0 % | 6,9 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Suède | 62,0 % | 6,6 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| France | 58,9 % | 40,6 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Pologne | 50,1 % | 18,3 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Allemagne | 41,6 % | 34,8 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Autriche | 35,7 % | 3,3 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
| Slovaquie | 23,8 % | 1,3 | Falchi et al., Science Advances 2016 (seuil 688 µcd/m²) × Eurostat 2025 |
Hors Union, le Royaume-Uni affiche 77,0 % de sa population sous ce même seuil, au niveau de l’Italie. À l’autre bout, la Slovaquie (23,8 %) et la Slovénie (27,0 %) sont les seuls États membres à rester sous le quart de leur population.
La France, treizième sur vingt-sept
58,9 % des habitants de la France vivent là où la Voie lactée n’apparaît plus, contre 76,9 % en Italie, 75,2 % en Espagne et 86,8 % en Belgique. Le pays se situe donc dans la moitié la moins touchée du classement européen, mais son poids démographique le ramène au premier plan : ses 40,6 millions d’habitants concernés représentent 15,6 % du total de l’Union à eux seuls.
En surface, l’écart avec les voisins du nord est encore plus marqué. 6,7 % du territoire français dépasse le seuil de disparition de la Voie lactée, contre 51,1 % en Belgique et 42,5 % aux Pays-Bas. La France conserve des réserves de nuit, très inégalement réparties : nous en avions arpenté une au Pic du Midi.
Série AAP
Nous relevions déjà le 10 août, dans notre état des lieux du ciel nocturne français, l’écart entre la part du territoire touchée et la part des habitants concernés. Les deux mesures ne se contredisent pas : elles ne comptent pas la même chose, l’une au seuil français du ciel dégradé, l’autre au seuil européen de la galaxie effacée.

Pourquoi la Belgique et les Pays-Bas ferment la marche
L’atlas identifie les plus vastes zones continues d’Europe où la Voie lactée a disparu : la région transfrontalière Belgique, Pays-Bas et Allemagne rhénane, de Dortmund à Bonn, la plaine du Pô en Italie du Nord, puis l’axe Londres, Liverpool et Leeds en Angleterre. Trois conurbations sans coupure rurale assez large pour laisser le ciel redescendre entre deux villes.
La comparaison entre l’Allemagne (41,6 %) et la Belgique (86,8 %) reste le résultat le plus contre-intuitif du tableau : deux voisins d’urbanisation comparable, séparés par 45 points de population. La différence se joue sur la répartition, l’Allemagne conservant de grandes zones peu éclairées à l’est et au nord, quand la Belgique éclaire 51,1 % de sa surface au-dessus du seuil.
Une distance résume la situation française mieux qu’un pourcentage. Selon l’atlas, un habitant de la région parisienne doit parcourir environ 900 kilomètres pour rejoindre un grand territoire dont le zénith est resté quasiment intact : la Corse, le centre de l’Écosse ou la province de Cuenca en Espagne. L’astronome Sébastien Vauclair détaille ce que ces distances changent pour les observateurs français.
Ce que ce classement ne dit pas
Trois limites, que nous posons avec le chiffre. La géographie lumineuse de l’atlas date de 2014 ; nos effectifs la combinent avec des populations de 2025. Le nombre donne donc un ordre de grandeur actuel, pas une mesure d’évolution, et il suppose que la répartition de la population à l’intérieur de chaque pays n’a pas bougé entre les deux dates.
Deuxième limite : l’atlas mesure la brillance au zénith, la portion de ciel la plus favorable. Vers l’horizon, la dégradation est systématiquement plus forte, ce qui rend nos 260 millions prudents. Troisième limite : le seuil de 688 µcd/m² décrit une visibilité théorique, pour un œil adapté à l’obscurité, sous un ciel sans nuage ni Lune. Un lampadaire dans le champ de vision suffit à effacer la galaxie bien en dessous de ce niveau.
L’ordre du classement, lui, est robuste. Il faudrait un basculement d’ampleur pour que la Belgique et les Pays-Bas quittent le haut du tableau, ou pour que la France les y rejoigne.

Questions courantes
Que veut dire exactement « ne plus voir la Voie lactée » ?
Que la brillance artificielle du ciel au zénith dépasse 688 microcandelas par mètre carré, seuil auquel la branche d’été de la galaxie, la plus lumineuse, cesse d’être perceptible à l’œil nu. En dessous, la Voie lactée reste visible, plus ou moins nettement.
Combien d’habitants de l’Union européenne sont concernés ?
260,2 millions sur 451,3 millions, soit 57,7 %. Nous obtenons ce nombre en multipliant, pour chacun des vingt-sept États membres, la part de population publiée par l’atlas Falchi par la population Eurostat au 1er janvier 2025, puis en additionnant les vingt-sept résultats.
La France est-elle bien classée en Europe ?
Elle est treizième sur vingt-sept avec 58,9 % de sa population, donc dans la moitié la moins touchée. En nombre d’habitants concernés, elle remonte au deuxième rang avec 40,6 millions, derrière l’Italie et devant l’Espagne.
Pourquoi 60 % dans l’étude et 57,7 % dans votre calcul ?
Parce que le périmètre diffère. L’atlas parle des Européens au sens géographique, Royaume-Uni, Balkans et Russie d’Europe inclus, plusieurs de ces pays étant plus touchés que la moyenne. Notre addition s’arrête aux vingt-sept États membres de l’Union.
Des données de 2014 sont-elles encore valables en 2026 ?
Elles restent la seule cartographie mondiale homogène et calibrée disponible, ce qui en fait la référence des comparaisons entre pays. Elles ne décrivent en revanche ni les extinctions nocturnes décidées depuis, ni le passage massif aux diodes électroluminescentes, dont les effets se mesurent avec d’autres instruments.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
8 337 spectateurs par match : la Ligue 2 rouvre les stades treize jours avant la Ligue 1 - 2
1 enfant sur 3 ne part pas en vacances : les 3 dates d’août 2026 - 3
Le vautour fauve du zoo de La Flèche retrouvé à 1 km : pourquoi un planeur ne va jamais loin - 4
3 ans de classement protégé : ce que le retour de Svitolina doit au règlement WTA - 5
4 communes d’un coup : la justice retoque les couvre-feux pour mineurs
Nos dossiers
- France499
- Science221
- Santé213
- Prévention209
- IA208
- Culture189
- Consommation185
- Biodiversité178
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

