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Récit
Boa Vista, Cap-Vert, une nuit de 2018. Sur le sable tiède, une équipe de patrouille avance lampe éteinte, à l’affût des traces. D’habitude, elle croise cinq à dix tortues femelles par nuit. Ce soir-là, elle en compte vingt, puis trente. Quelque chose est en train de changer sur ces plages, et il va falloir vingt-sept ans de comptages pour en mesurer l’ampleur.
En bref
- Une étude parue dans Biological Conservation documente une multiplication par 80 des caouannes venant pondre sur trois plages de Boa Vista, entre 1998 et 2024 (Roch et al., 2026).
- En 2021, les trois plus grands sites de l’île ont atteint 22 000 nids par kilomètre, contre jusqu’à 600 en Floride ou à Oman.
- À l’échelle du globe, la caouanne a perdu 47 % de ses effectifs en trois générations, selon la Liste rouge de l’UICN.
- Le redressement local tient aux patrouilles de nuit, à la lutte anti-braconnage et à une ONG cap-verdienne à 90 %.
Un chiffre rare : la remontée d’une espèce menacée
Le constat des patrouilles n’était pas un mirage. Une étude publiée dans Biological Conservation a compilé les relevés de terrain sur près de trois décennies et confirme la tendance : le nombre de tortues caouannes (Caretta caretta) venant nicher sur trois plages de Boa Vista a été multiplié par 80 entre 1998 et 2024. C’est le premier travail scientifique de long terme sur ces pontes cap-verdiennes, et il détonne. Car partout ailleurs, l’histoire de cette espèce est celle d’un déclin.

La densité atteinte donne le vertige. En 2021, les trois plus grands sites de l’île ont enregistré 22 000 nids par kilomètre de plage. Pour prendre la mesure de ce chiffre, il faut le poser à côté des autres hauts lieux mondiaux de la caouanne : en Floride comme à Oman, les biologistes relèvent au maximum 600 nids par kilomètre. Boa Vista n’est plus seulement un site parmi d’autres, c’est une exception planétaire.

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Cette abondance tranche d’autant plus que l’espèce va mal ailleurs. Selon la dernière évaluation de la Liste rouge de l’UICN, la population mondiale de caouannes a chuté de 47 % en trois générations, sous l’effet de la pêche accidentelle, de la pollution, de la perte d’habitat et du braconnage. L’espèce reste classée « vulnérable ». Une plage qui prospère au milieu d’un tel recul, cela ne s’explique pas par la chance.
Le vrai moteur : d’anciens braconniers devenus gardiens
Derrière la courbe, il y a des mains et des veilles. Sur Boa Vista, ce sont les équipes de l’ONG Cabo Verde Natura 2000, composées à 90 % de Cap-Verdiens, qui arpentent les plages chaque nuit de juin à octobre. Elles localisent les nids, comptent chaque œuf, puis effacent les traces des femelles pour ne pas les recompter. Le braconnage des tortues, longtemps pratiqué pour la viande, a reculé grâce à une surveillance patiente et à un travail de conversion : sur l’archipel, d’anciens braconniers se sont peu à peu mués en gardes des nids, un basculement déjà documenté par Mongabay. La protection des sites, les programmes d’écloserie et la montée du tourisme d’observation ont fait le reste.
La leçon n’est pas naïve pour autant. Les auteurs de l’étude préviennent : une densité aussi forte rend les plages fragiles. Une reprise du braconnage, un projet touristique mal pensé ou un simple changement du trait de côte pourraient tout fragiliser d’un coup. Et le réchauffement plane, car chez les tortues, la température du sable détermine le sexe des petits, un sable plus chaud produisant surtout des femelles.

Cette histoire nous concerne de plus près qu’il n’y paraît. La caouanne ne vit pas qu’au large de l’Afrique : elle fréquente aussi la Méditerranée, où elle vient nager et parfois pondre le long des côtes françaises, et où elle est protégée. Ce qui se joue sur le sable de Boa Vista raconte donc une chose simple et rare : quand des habitants décident, nuit après nuit, de veiller sur une espèce, la pente peut se remonter. Même de 80.
Questions courantes
De combien les tortues caouannes ont-elles augmenté à Boa Vista ?
Une multiplication par 80 sur trois plages de l’île entre 1998 et 2024, selon une étude parue dans la revue Biological Conservation. C’est le premier suivi scientifique de long terme de ces pontes.
Pourquoi cette plage compte-t-elle autant de nids ?
En 2021, les trois plus grands sites ont atteint 22 000 nids par kilomètre, contre jusqu’à 600 en Floride ou à Oman. Le redressement est attribué aux patrouilles de nuit, à la lutte anti-braconnage et à l’engagement d’une ONG locale.
La caouanne est-elle présente en France ?
Oui. L’espèce fréquente la mer Méditerranée, y compris les côtes françaises, où elle nage, se nourrit et pond parfois. Elle y est protégée.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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