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Sommaire
Décryptage
En bref
- Aux États-Unis, 260 milliards de dollars de projets de data centers ont été annulés en 2026 après une opposition locale, selon Heatmap Pro. La moitié l’a été entre juillet et septembre.
- À Hoffman Estates (Illinois), une salle comble a obtenu le retrait du reclassement de la ferme de Plum Farms.
- Le 3 novembre 2026, 34 votes locaux sur les data centers auront lieu le jour des élections.
- En France, le levier des riverains est l’enquête publique, obligatoire au-delà de 50 mégawatts.
Le 3 juin 2026, à Hoffman Estates, dans la banlieue nord-ouest de Chicago, des habitants ont rempli la salle de la commission d’urbanisme jusque dans le couloir. Ils s’opposaient à un centre de données sur la ferme de Plum Farms. Le 30 juin, le promoteur Karis Critical a retiré sa demande, rapporte Capitol News Illinois.
Aux États-Unis, au moins 260 milliards de dollars de projets de data centers ont été annulés en 2026 après une opposition locale, selon le décompte de Heatmap Pro publié le 6 octobre 2026. Heatmap Pro est le service de données du site américain Heatmap News. Environ 130 milliards ont été abandonnés entre juillet et septembre, soit plus en un trimestre que toutes les annulations de 2025, d’après son bilan des annulations.
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Amanda Pollard, qui habite Barrington Hills, la commune voisine, a souvent entendu le même découragement. « Beaucoup de gens me disaient : “Ça passera quoi qu’il arrive. Ces politiciens ne nous écoutent pas.” » Quant au retrait, il « me donne l’espoir que ce que nous faisons compte ».
Comment une salle comble a-t-elle fait reculer Karis Critical ?
Karis Critical avait acheté les 75 hectares de Plum Farms pour 45 millions de dollars en janvier 2025, au croisement de Higgins Road et de la Route 59. Pour y construire un centre de données, il fallait faire passer le terrain d’un zonage mixte (logements et commerces) à un zonage industriel.
Amanda Pollard, qui passe devant la ferme trois ou quatre fois par jour, a repéré les panneaux annonçant la demande de reclassement, s’est renseignée, puis a alerté ses voisins. Les riverains redoutaient la circulation, le bruit, la lumière nocturne et la dégradation de l’air. Ils réclamaient aussi des plans détaillés et des études environnementales. Le 3 juin, après trois heures de séance, la commission d’urbanisme a recommandé de refuser le reclassement par 4 voix contre 2.
Karis a renoncé avant le vote du conseil du village. « Après plusieurs semaines de discussions avec le village et les habitants, nous avons décidé que la bonne décision était de retirer la demande actuelle de reclassement », a expliqué Patrick Skarr, porte-parole de l’entreprise. Karis dit avoir « clairement entendu » qu’on attendait un projet plus précis.
La chaîne CBS Chicago a filmé la séance où la commission a voté contre le projet.
Pourquoi les data centers tombent-ils au niveau local ?
Aux États-Unis, c’est le village ou le comté qui décide de l’usage d’un terrain. Selon Heatmap Pro, la plupart des projets annulés de sa base ont échoué faute de permis local, ou après une décision hostile d’un conseil municipal ou de comté. Un promoteur peut avoir réuni l’électricité, l’eau et le financement : sans zonage, il ne construit pas.
Ces élus locaux ont l’opinion derrière eux. En août 2026, un sondage de Heatmap Pro et d’Embold Research indiquait que 75 % des électeurs américains s’opposeraient à un data center près de chez eux. Un an plus tôt, les avis étaient partagés. Environ la moitié des projets confrontés à une opposition locale ont fini par être annulés. Quelque 1 000 milliards de dollars de projets font encore face à une contestation durable.
Ces montants sont un minimum : seuls 60 % des projets environ rendent public leur investissement, et rarement au début, quand ils sont les plus fragiles.
Un autre observatoire, Data Center Watch, a sa propre méthode. Il compte 45 projets, pour 68 milliards de dollars, bloqués ou retardés par une opposition locale entre avril et juin 2026. Les deux décomptes ne couvrent pas les mêmes projets, mais ils vont dans le même sens.
Au Sénat de l’Illinois, Darby Hills, élue républicaine de Barrington Hills, porte un texte (Senate Bill 1050). Il interdirait de construire un data center à moins de 4,8 kilomètres des limites d’une autre commune sans son accord écrit. Depuis 2019, l’Illinois a accordé environ 666,6 millions de dollars de crédits d’impôt aux data centers. Le gouverneur JB Pritzker les a suspendus à partir du 1er juillet 2026.
Où d’autres projets ont-ils été stoppés ?
Le Project Jarvis, à Port St. Lucie (Floride), devait coûter jusqu’à 13,5 milliards de dollars et mobiliser jusqu’à 1 gigawatt d’électricité. Battu devant la commission d’urbanisme en octobre 2025, il a été retiré en février 2026. C’est le plus gros projet annulé après une opposition locale au premier trimestre 2026, selon une première enquête de Heatmap publiée le 6 mai.
À Westfield (Massachusetts), la commission d’urbanisme a refusé à l’unanimité de prolonger le permis accordé en 2021 à Servistar Realties, rapporte le Boston Globe le 14 octobre 2026. Dix bâtiments, 4 milliards de dollars, 274 mégawatts : Servistar le présentait comme le plus grand data center de Nouvelle-Angleterre. Kristen Mello, membre du conseil municipal et chimiste, a mené l’opposition. Son argument : « S’il existe une façon sûre d’installer un data center dans une ville en forme de cuvette, au-dessus de votre eau potable, parlons-en. » Paul Corey, l’avocat de Servistar, promettait pour les habitants un nombre d’emplois « considérable ». La ville avait aussi instauré en juillet 2026 un moratoire d’un an sur les nouveaux data centers.
Dans l’Ohio, deux communes rurales du comté de Butler, les townships de St. Clair et de Madison, ont rejeté fin août 2026 le rattachement d’une partie de leurs terres à la ville de Trenton. Ce rattachement devait ouvrir la voie à un data center d’Amazon, raconte Spectrum News. Amazon offrait 5 millions de dollars à chacune, en plus de l’impôt foncier. Leurs élus ont mis en avant l’environnement et l’entretien des routes. « On est en train de perdre notre démocratie », dit Joe Krueger, qui possède 2,6 hectares de bois à St. Clair. Le dernier mot revient aux commissaires du comté, après une audience publique. Sur décision de la Cour suprême de l’Ohio, les électeurs de Trenton se prononcent aussi le 3 novembre 2026 sur une interdiction des data centers.
Quatre projets de data centers stoppés par des décisions locales
- Hoffman Estates (Illinois) : reclassement de Plum Farms retiré le 30 juin 2026
- Westfield (Massachusetts) : permis de Servistar Realties non prolongé, octobre 2026
- Trenton (Ohio) : rattachement de terres refusé par deux townships, août 2026
- Port St. Lucie (Floride) : Project Jarvis retiré en février 2026
Que votent les Américains le 3 novembre ?
Au 21 septembre 2026, Ballotpedia recensait 38 votes locaux sur les data centers, dans 35 villes ou comtés de huit États. Trente et un sont nés d’une pétition d’habitants, sept d’une décision d’élus. Trente-quatre auront lieu le 3 novembre 2026, jour des élections.
Les quatre votes déjà organisés en 2026 vont tous dans le même sens : les électeurs ont choisi davantage de restrictions. Les bulletins portent sur une interdiction totale, un moratoire, un zonage ou un projet précis ; neuf votes sont seulement consultatifs. L’Ohio concentre plus de la moitié des scrutins, l’Illinois près d’un sur cinq.
| État | Votes locaux | Part du total (%) |
|---|---|---|
| Ohio | 20 | 52,6 |
| Illinois | 7 | 18,4 |
| Wisconsin | 3 | 7,9 |
| Kansas | 3 | 7,9 |
| Californie | 2 | 5,3 |
| Michigan | 1 | 2,6 |
| Nevada | 1 | 2,6 |
| Floride | 1 | 2,6 |
Et chez nous ?
En France, qui peut dire non à un data center ?
Selon l’enquête annuelle de l’Arcep mise à jour le 21 mai 2026, les 23 principaux opérateurs de colocation exploitent près de 160 centres de données en France. Leur consommation d’électricité a augmenté de 12 % en 2024. Ils ont prélevé 575 000 mètres cubes d’eau, presque entièrement potable. Les centres ouverts en 2024 ont une puissance moyenne de 20 mégawatts, contre 3 mégawatts pour le parc existant en 2023.
En France, les riverains ne votent pas sur le zonage. Leur levier est l’enquête publique. Au-delà de 50 mégawatts, un data center exige une autorisation préalable, avec étude d’impact globale et enquête publique, selon l’AFP sur Connaissance des énergies.
Pour un projet soumis à étude d’impact, cette enquête dure au moins 30 jours. Chacun peut écrire dans le registre, envoyer un courrier ou parler au commissaire enquêteur, détaille la fiche des collectivités locales. Le commissaire rend ensuite un avis favorable, favorable sous conditions ou défavorable. C’est le moment où un riverain pèse.
À Wissous, dans l’Essonne, trois associations (France Nature Environnement, Data For Good et Wissous Notre Ville) ont contesté le data center de l’américain CyrusOne. Elles reprochaient à l’exploitant d’avoir découpé le projet, dont les deux premières phases font 19,8 puis 49,5 mégawatts, juste sous le seuil, pour un total de 100 mégawatts selon elles. Le 2 avril 2026, la cour administrative d’appel de Versailles a rejeté leur recours contre le data center de CyrusOne à Wissous, jugé conçu « en trois phases distinctes et autonomes ».
Questions courantes
Combien y a-t-il de data centers en France ?
L’Arcep suit 23 opérateurs qui en exploitent près de 160. Ce décompte ne concerne que les centres de colocation et d’hébergement partagé, pas ceux que les entreprises gèrent pour leur propre usage.
Un data center consomme-t-il beaucoup d’eau en France ?
Les centres suivis par l’Arcep ont prélevé 575 000 mètres cubes d’eau en 2024, presque entièrement potable.
Un projet annulé aux États-Unis peut-il revenir ?
Oui. À Hoffman Estates, Karis Critical n’a retiré que sa demande actuelle de reclassement. À Westfield, Servistar pourra retenter sa chance à la fin du moratoire municipal sur les nouveaux data centers, en juillet 2027.
Qu’est-ce qu’un reclassement de terrain ?
C’est un changement de la zone d’urbanisme d’une parcelle, voté localement. À Plum Farms, il fallait passer d’un zonage mixte logements et commerces à un zonage industriel, sans lequel aucun data center ne pouvait y être construit.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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