Personnage costumé en jaune et rouge bondissant au-dessus de matelas dans une ruelle de village espagnol pendant la fête El Colacho

El Colacho : ce village espagnol saute par-dessus ses bébés depuis 1621, sur le chemin de Compostelle

Le 7 juin, à Castrillo de Murcia, un homme costumé bondit au-dessus de nourrissons alignés sur des matelas. Un rite vieux de quatre siècles, sur une route que les Français connaissent bien.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un diable, des matelas, et beaucoup de sang-froid
  3. Que raconte vraiment ce rite ?
  4. Et le fil rouge français dans tout ça
  5. Questions courantes

Dimanche 7 juin, peu après midi, une rue étroite de Castrillo de Murcia, petit village de la province de Burgos. Des matelas sont posés à même les pavés, et sur ces matelas, des nourrissons, tous nés dans l’année. Un homme déguisé en diable, combinaison jaune et rouge, masque grimaçant et queue de crin, prend son élan et bondit par-dessus eux. La foule retient son souffle, puis applaudit. C’est El Colacho, l’une des fêtes les plus étranges d’Europe, maintenue sans interruption depuis 1621. Et elle se déroule sur une route que des dizaines de milliers de Français empruntent chaque année : le chemin de Compostelle.

En bref

  • El Colacho se tient depuis 1621 à Castrillo de Murcia, le dimanche de l’octave de la Fête-Dieu, selon les programmes de la fête.
  • Le diable saute par-dessus les bébés nés dans l’année pour symboliser le nettoyage du péché originel.
  • Le village se trouve sur le Camino Francés, l’itinéraire-roi du chemin de Saint-Jacques.
  • En 2026, le grand saut a eu lieu le dimanche 7 juin.

Un diable, des matelas, et beaucoup de sang-froid

Le personnage qui saute s’appelle le Colacho. Il porte une tenue criarde, un masque et une longue queue, et il incarne le mal. Pendant les jours qui précèdent, costumé, il chahute les passants, court derrière les enfants, fait mine de fouetter la foule. Puis vient le moment central : il enjambe d’un bond les bébés allongés, parfois plusieurs rangées à la fois. Aussitôt après, des fidèles passent entre les matelas pour bénir les petits et jeter des pétales de rose.

Le geste a beau impressionner, il est très encadré. Les sauts sont préparés, les parents consentants, et la confrérie locale veille au déroulé. Reste l’image, sidérante, d’un adulte costumé franchissant des nourrissons au ras du sol. Vue de loin, elle ressemble à une provocation. Vue de près, c’est un rituel d’une grande précision.

Masque et costume jaune et rouge du Colacho posés sur un banc de pierre avant la fête
Le costume du Colacho, masque et queue de crin, transmis de génération en génération par la confrérie du village.

L’AFP a filmé le saut lors d’une édition récente. Les quelques secondes où le Colacho prend appui et passe au-dessus des berceaux improvisés disent tout du mélange de tension et de ferveur qui règne dans la rue.

Vidéo : Espagne : traditionnel festival de sauts au-dessus de bébé

On y voit aussi la foule compacte, les téléphones levés et, sur les visages, moins de l’amusement que du respect pour un geste répété à l’identique depuis des générations.

Que raconte vraiment ce rite ?

Officiellement, le saut purifie les bébés : en passant par-dessus eux, le diable emporte avec lui le péché originel, et le mal s’enfuit devant l’innocence. La fête tombe pendant l’octave du Corpus Christi, la Fête-Dieu, l’un des grands temps liturgiques catholiques. C’est la confrérie du Saint-Sacrement de Minerve qui organise tout, ce qui explique en partie sa longévité : une structure stable, une transmission de père en fils, une date fixe dans le calendrier religieux.

Mais les anthropologues y lisent autre chose. Le Colacho ressemble fort à un masque pré-chrétien, une figure de chaos héritée de vieilles mascarades, que l’Église aurait peu à peu absorbée dans sa propre liturgie. Autrement dit, un fond païen recouvert d’un vernis catholique. Cette double lecture n’a pas toujours plu en haut lieu : selon plusieurs reprises de presse, le pape Benoît XVI avait demandé aux prêtres espagnols de prendre leurs distances avec la fête, rappelant que le péché originel se lave par le baptême, pas par un saut.

Le village, lui, n’a jamais cédé. Le rite a survécu là où tant d’autres fêtes de campagne se sont éteintes, faute de bras ou de jeunes pour les reprendre. À Castrillo de Murcia, on continue, et chaque génération de bébés alimente la suivante.

Et le fil rouge français dans tout ça

Castrillo de Murcia n’est pas un point isolé sur la carte. Le village se trouve sur le Camino Francés, l’itinéraire le plus emprunté du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Or ce chemin a un point de départ côté français très connu : Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées-Atlantiques, juste avant le franchissement des Pyrénées.

Les chiffres donnent la mesure de ce lien. En 2025, environ 54 000 marcheurs se sont élancés depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, et plus de 530 000 pèlerins ont retiré leur Compostela à l’arrivée à Santiago. Beaucoup d’entre eux, partis de France, traversent précisément la région d’Odra-Pisuerga où se niche Castrillo de Murcia. Sans forcément le savoir, des randonneurs français passent donc tout près du village du saut de bébés.

Borne du chemin de Compostelle avec coquille jaune à l'entrée d'un village de Castille
La coquille jaune du Camino Francés, l’itinéraire qui passe par Castrillo de Murcia et part de Saint-Jean-Pied-de-Port.

C’est peut-être ça, le plus joli de l’histoire : une fête que l’on croit réservée à un coin perdu d’Espagne se trouve en réalité à portée de bâton de marche pour qui fait le Camino. La prochaine fois que vous croiserez un pèlerin de retour de Compostelle, demandez-lui s’il a entendu parler du diable de Burgos. Il y a de bonnes chances qu’il soit passé juste à côté.

Questions courantes

Les bébés risquent-ils quelque chose ?
Le saut est très encadré, préparé avec les parents et la confrérie, et le Colacho enjambe les nourrissons sans les toucher. Le risque est volontairement réduit au minimum.

Depuis quand existe cette tradition ?
Elle est attestée à Castrillo de Murcia depuis 1621 et se tient chaque année pendant l’octave de la Fête-Dieu.

Quel est le sens du saut ?
Il symbolise le nettoyage du péché originel : en passant au-dessus des bébés, le diable est censé emporter le mal et laisser les petits protégés.

Pourquoi un pont avec la France ?
Le village est situé sur le Camino Francés, dont le grand point de départ côté français est Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées-Atlantiques.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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