![]()
Sous une feuille d’Heliconia, dans les basses terres caraïbes du Costa Rica, une rangée de petites boules blanches dort la tête en bas. Ce sont des Ectophylla alba, ou chauves-souris blanches du Honduras, des frugivores de 3,7 à 4,7 centimètres qui découpent elles-mêmes les nervures de la feuille pour la faire retomber en tente, du Honduras à l’ouest du Panama. Depuis 2016, elles ont une deuxième singularité : leur peau nue est le premier cas connu de dépôt de caroténoïdes chez un mammifère.
La fiche de l’Animal Diversity Web, à l’université du Michigan, donne les mesures : 25 à 28 millimètres d’avant-bras, 10,2 centimètres d’envergure moyenne, 5,67 grammes sur la balance. Une feuille de papier A4 ordinaire, en 80 grammes par mètre carré, pèse 4,99 grammes. L’animal est à peine plus lourd qu’une page d’imprimante posée à plat sur la main.
Une tente taillée aux dents
Le procédé ne varie pas. La bête mord le long des nervures latérales d’une grande feuille d’Heliconia, jusqu’à ce que les deux moitiés retombent de part et d’autre de la tige centrale. Il en sort un auvent vert, fermé sur les côtés, qui coupe la pluie et les regards. Bat Conservation International décrit des groupes de deux à quinze individus suspendus sous le même abri.
Ce sont les femelles qui découpent, note la fiche du Michigan, et l’auvent ne sert pas qu’à la pluie : il camoufle. Le pelage va du gris au blanc de neige. Les ailes sont gris-noir sur la membrane intérieure et d’un jaune tendre sur leur bord extérieur, comme le nez et les oreilles.
La même fiche précise la composition du groupe : un mâle et cinq ou six femelles. La feuille ne dure pas. Quand elle sèche et se referme, la colonie déménage et recommence ailleurs, un peu plus loin dans le sous-bois.
Le jaune vient des figues
Le corps est blanc coton. Le nez, les oreilles et le bord des ailes sont d’un jaune franc. C’est cette couleur qui a intéressé une équipe hispano-costaricienne. Dans un article publié en 2016 dans PNAS, Ismael Galván et ses coauteurs montrent que l’espèce « colore sa peau en jaune vif par le dépôt de la xanthophylle lutéine ». Jusque-là, écrivent-ils, « aucun mammifère n’était connu pour avoir développé des mécanismes physiologiques permettant d’incorporer et de déposer des caroténoïdes dans la peau ».
Les caroténoïdes sont des pigments d’origine végétale. Les oiseaux en tirent des becs orange et des plumages rouges. On croyait les mammifères incapables de les fixer dans la peau. Les auteurs parlent d’« un changement de paradigme en physiologie animale », en montrant que certains d’entre eux savent accumuler dans le tégument les caroténoïdes de leur alimentation. Le pigment vient vraisemblablement de l’assiette : l’espèce mange presque exclusivement des figues, et d’abord celles de Ficus colubrinae.
De la figue à la rétine
Ectophylla alba pèse 5,67 grammes en moyenne pour 3,7 à 4,7 centimètres, et la publication de 2016 dans PNAS en a fait le premier mammifère connu à déposer des caroténoïdes dans sa peau. Un modèle animal, en recherche, c’est une espèce chez qui un mécanisme s’observe plus simplement que chez nous. Le titre du papier ne dit pas autre chose : une chauve-souris tropicale comme modèle mammifère du métabolisme cutané des caroténoïdes.
Citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
La lutéine, de son côté, se vend en pharmacie française, au rayon des compléments pour la vision. C’est exactement là que les chercheurs projettent leur trouvaille : comprendre comment cette chauve-souris absorbe et dépose le pigment « pourrait aider à développer des stratégies pour améliorer l’assimilation de la lutéine chez l’humain afin d’éviter la dégénérescence maculaire ».
L’animal reste cantonné à une bande étroite de côte caraïbe, entre zéro et 700 mètres d’altitude, du Honduras à l’ouest du Panama. Bat Conservation International le range parmi les deux plus petites chauves-souris frugivores du monde. L’espèce est classée quasi menacée : la déforestation emporte les Heliconia, et l’abri disparaît avec la feuille.
Le prochain qui avalera sa gélule de lutéine pour ses yeux pourra se dire qu’un mammifère d’Amérique centrale en porte, lui, sur les oreilles.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Prix Nobel 2026 : dates, heures à Paris et lauréats prix par prix - 2
Nobel de physique 2026 : Francis Halzen, seul lauréat, pour les neutrinos du pôle Sud - 3
Céline Dion en concert : 16 dates restantes, horaires et billets - 4
Goncourt 2026 : les 8 romans de la deuxième sélection, Grasset n’en a plus aucun - 5
Grève Air Corsica du 9 au 16 octobre, vos droits si le vol saute
Nos dossiers
- Océan98
- Record du monde35
- Espace45
- Histoire100
- Famille97
- Évolution89
- Pouvoir d’achat148
- Climat135
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

