Une main déplace un curseur sur un ordinateur portable pendant la lecture d’une vidéo floutée où quelqu’un raconte une histoire.

235 adultes ont noté les mêmes récits et le cliché de l’empathie autiste s’effrite

235 adultes ont suivi en direct les émotions de dix conteurs filmés. Les participants autistes s’en sortent mieux face aux conteurs autistes, et s’attribuent pourtant un quart d’empathie en moins que les non-autistes.

Sommaire
  1. Le fait
  2. Notre regard
  3. La nuance
  4. À surveiller

Mise en perspective

Vous avez sans doute entendu que les personnes autistes lisent mal les émotions des autres. Une étude parue le 10 juin 2026 dans la revue Molecular Autism a retourné le test : 235 adultes, dont 141 autistes, ont suivi en direct les émotions de dix conteurs filmés en train de raconter un épisode de leur vie. Sur les récits portés par des conteurs autistes, ce sont les participants autistes qui ont suivi la courbe émotionnelle avec davantage de justesse que les participants non autistes.

Interrogés sur leur propre empathie, ces mêmes participants autistes se notaient pourtant bien plus bas que les autres. La France compte environ 700 000 personnes autistes, dont près de 600 000 adultes, et c’est sur des adultes de 49 ans d’âge moyen que l’étude publiée le 10 juin 2026 dans Molecular Autism a mesuré cette empathie réciproque.

Le fait

Le protocole tient en deux gestes. Dix adultes, cinq autistes et cinq non autistes, ont été filmés en train de raconter une histoire autobiographique d’une durée moyenne de 2 minutes 33. Les 235 participants, recrutés via la base de recherche sur l’autisme de Cambridge, ont ensuite déplacé un curseur toutes les demi-secondes pour dire si le conteur allait bien ou mal à cet instant. Leur courbe a été comparée à celle que le conteur avait tracée sur son propre récit.

Sur ce suivi continu, aucune différence globale n’apparaît entre les deux groupes de spectateurs, ni selon le neurotype du conteur. Mais face aux conteurs autistes, les participants autistes atteignent une précision moyenne de 0,228 contre 0,149 pour les non-autistes (p = 0,018). Face aux conteurs non autistes, les deux groupes font jeu égal. Sur la seconde tâche, l’identification de douze émotions nommées (colère, fierté, gêne, calme, stress…), les deux groupes se valent aussi.

La troisième mesure est celle qui déplace le sujet. Sur une échelle de 0 à 8, les participants non autistes s’attribuent 6,05 d’empathie, les participants autistes 4,56. Un quart de moins, alors que les courbes tracées par les uns et par les autres ne se distinguent pas.

Les participants autistes s’attribuent un quart d’empathie en moins que les non-autistes, alors que leur précision mesurée ne les distingue pas. Auto-évaluation sur une échelle de 0 à 8, 235 adultes.
Les participants autistes s’attribuent un quart d’empathie en moins que les non-autistes, alors que leur précision mesurée ne les distingue pas. Auto-évaluation sur une échelle de 0 à 8, 235 adultes.
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Le même écart se retrouve sur l’intérêt déclaré pour ce que ressent autrui, et il ne prédit rien : dans cette étude, se croire empathique n’allait pas de pair avec une lecture plus juste des émotions.

Auto-évaluation des 235 participants, échelle de 0 à 8 (Molecular Autism, 10 juin 2026)
Ce que les participants déclarentAutistesNon-autistes
Empathie qu’ils s’attribuent4,566,05
Intérêt porté à ce que ressent l’autre3,834,90

Notre regard

L’apport de ce protocole est d’avoir mis des conteurs autistes dans le rôle de la personne à comprendre. Les tests d’empathie classiques ne le font pas : ils présentent des visages et des voix non autistes, puis mesurent l’écart. Un écart obtenu dans ces conditions ne dit pas qu’un groupe lit mal les émotions, il dit qu’un groupe lit mal celles de l’autre groupe.

Deux adultes assis face à face dans une salle claire, l’un écoute pendant que l’autre parle avec les mains.
Face aux conteurs non autistes, les deux groupes de spectateurs font jeu égal.

« Quand une personne autiste semble incomprise, ou semble mal comprendre quelqu’un, cela ne veut pas dire qu’elle manque d’empathie », résume Yonat Rum, qui a dirigé le travail, dans le communiqué de l’université hébraïque de Jérusalem. « Il se peut plutôt que les styles de communication des personnes autistes et non autistes ne s’accordent pas naturellement. » Pour une famille, une équipe pédagogique ou un service de soins, la consigne pratique change de camp : l’effort d’ajustement cesse d’être à la charge d’un seul côté de la table.

La nuance

L’avantage intra-groupe reste modeste, et les auteurs le disent. L’interaction d’ensemble entre le neurotype du spectateur et celui du conteur n’atteint pas le seuil de significativité (p = 0,059, d = 0,13) : ils parlent d’une tendance. L’écart ne ressort que sur la comparaison ciblée, face aux conteurs autistes. Sur les douze émotions nommées, rien ne sépare les groupes. Le papier soutient donc « partiellement » la double empathie, selon les termes de ses auteurs, il ne la démontre pas.

Deux limites pèsent en plus. Les participants regardaient des vidéos enregistrées, pas des interlocuteurs réels qui répondent, se reprennent et s’ajustent en direct. Et ils étaient volontaires : les personnes autistes ayant besoin d’un accompagnement important pour un échange social sont largement absentes de l’échantillon. Dix conteurs, c’est enfin peu de visages pour asseoir un résultat.

À surveiller

Deux chantiers sortent de ce papier. Le premier est technique : refaire l’exercice en interaction réelle, là où chacun peut corriger le malentendu à mesure qu’il se forme. Le second n’attend aucune publication supplémentaire : les questionnaires d’auto-évaluation de l’empathie, encore présents dans les bilans, mesurent une confiance en soi autant qu’une compétence. La même question se pose quand des algorithmes notent l’empathie de soignants au travail.

Côté français, la stratégie nationale pour l’autisme au sein des troubles du neurodéveloppement chiffre à 100 000 jeunes et près de 600 000 adultes la population concernée. Le geste utile, dans une classe comme dans un open space, tient en une phrase : quand l’échange coince, demander à la personne autiste ce qu’elle a compris avant de lui expliquer ce qu’elle aurait dû comprendre.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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