Étagère de salle de bains épurée avec quelques produits d'hygiène neutres sans marque

Cinq jours de cosmétiques en moins, et le bisphénol A chute de près de 40 %

Une centaine d'étudiantes grenobloises ont allégé leur trousse de toilette cinq jours. Résultat mesuré dans leurs urines : le bisphénol A, interdit dans les cosmétiques depuis 2005, recule quand même de 39 %.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que cinq jours changent vraiment
  3. Interdit ne veut pas dire absent
  4. Un geste utile, mais une limite assumée
  5. Questions courantes

Réduire le nombre de produits cosmétiques et d’hygiène que l’on utilise fait baisser, en cinq jours seulement, la trace de plusieurs substances chimiques dans l’organisme. C’est le résultat d’une étude française publiée le 7 avril 2026 dans la revue Environment International. Le chiffre qui surprend le plus concerne le bisphénol A : sa concentration urinaire chute de 39 % alors que cette substance est interdite dans les cosmétiques en France depuis 2005. La preuve qu’un ingrédient banni d’une liste peut tout de même finir dans le corps, en passant par d’autres portes.

En bref

  • En cinq jours de routine cosmétique allégée, le bisphénol A urinaire baisse de 39 % chez une centaine d’étudiantes grenobloises.
  • Le BPA est interdit dans les cosmétiques français depuis 2005 : sa présence vient surtout des emballages et du processus de fabrication.
  • L’étude estime que ce changement pourrait prévenir environ 4 % des cas d’asthme chez les enfants exposés avant la naissance, et jusqu’à 9,7 millions d’euros d’économies par an.
  • Les chercheurs le disent eux-mêmes : sans étiquetage clair, l’effort individuel a une limite, c’est la réglementation qui protège durablement.

Ce que cinq jours changent vraiment

L’expérience est simple. Une centaine d’étudiantes grenobloises de 18 à 30 ans ont, pendant cinq jours, diminué le nombre de produits cosmétiques utilisés et remplacé savon, dentifrice et autres produits d’hygiène par des alternatives sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates ni éthers de glycol, fournies par l’équipe de recherche. Avant et après, on a dosé plusieurs marqueurs dans leurs urines. Le contraste est net, comme le détaille l’Inserm, qui a mené ce travail avec l’Université Grenoble Alpes et le CNRS.

Pour situer l’ampleur de ces baisses, voici les trois substances dont la trace recule le plus, mesurées dans les urines en seulement cinq jours.

Baisses urinaires en cinq jours : bisphénol A -39 %, méthylparabène -30 %, phtalate de monoéthyle -22 %
Graphique Actu Alt Plus. Source : Inserm, Environment International (7 avril 2026).

Le phtalate de monoéthyle (MEP) vient surtout des composés qui fixent les parfums, le méthylparabène est un conservateur. Tous deux disparaissent vite parce que le corps les élimine en quelques jours : c’est précisément cette rapidité que les chercheurs jugent encourageante, puisque ces substances sont soupçonnées d’effets sur les hormones, la reproduction et le développement de l’enfant. Un autre conservateur de la même famille, le propylparabène, a d’ailleurs été détecté moins souvent à la fin des cinq jours. La leçon tient en peu de mots : ces molécules ne s’accumulent pas comme un stock fixe, elles entrent et ressortent au rythme de ce qu’on s’applique sur la peau.

Portoir de tubes d'analyse en laboratoire, une main gantée manipulant un échantillon
Les dosages urinaires avant et après cinq jours révèlent la baisse de plusieurs marqueurs.

Interdit ne veut pas dire absent

Reste le cas du bisphénol A, le plus contre-intuitif. Comment une substance bannie des cosmétiques peut-elle baisser de 39 % quand on en utilise moins ? Le bisphénol A est classé « très préoccupant » par l’Union européenne, à la fois perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique présumé, c’est-à-dire soupçonné d’agir sur la reproduction et le développement. La réponse tient en une nuance souvent oubliée : l’interdiction porte sur l’ingrédient, pas sur tout le reste du produit. Le BPA n’est plus autorisé comme ingrédient en France depuis 2005, mais il peut se retrouver dans le contenu par contamination en cours de fabrication ou en migrant depuis l’emballage. Or, s’il est fortement encadré dans les matériaux au contact des aliments en Europe, ce n’est pas le cas des contenants de cosmétiques et de produits d’hygiène.

Pour rendre concret ce décalage entre une liste d’ingrédients et ce qui finit réellement dans le flacon, ce tableau résume où le BPA se glisse encore et ce que l’interdiction couvre, ou non.

Bisphénol A : interdit où, présent commentSituation
Comme ingrédient de cosmétique en FranceInterdit depuis 2005
Dans les matériaux au contact des aliments en EuropeFortement restreint
Dans les emballages de cosmétiques et d’hygiènePas encadré de la même façon
Dans l’organisme de la population françaiseDétecté chez près de 100 %
Sources : Inserm, Santé publique France (biosurveillance ESTEBAN 2014-2016).

Ce dernier chiffre vient de l’étude ESTEBAN de Santé publique France, qui a mesuré bisphénols, phtalates et parabènes chez un échantillon représentatif et les a retrouvés chez la quasi-totalité des personnes testées. Autrement dit, ces substances ne sont pas l’affaire de quelques produits exotiques : elles font partie du décor de la salle de bains de presque tout le monde.

Flacon plastique de cosmétique vide retourné sur fond neutre
L’emballage des cosmétiques, lui, n’est pas encadré comme celui des aliments.

Un geste utile, mais une limite assumée

L’étude apporte une nouveauté : pour la première fois dans ce type de travail, les chercheurs ont chiffré l’enjeu sanitaire. En se concentrant sur le bisphénol A, ils estiment qu’une telle routine allégée pourrait prévenir environ 4 % des cas d’asthme chez les enfants exposés avant la naissance, avec une économie potentielle allant jusqu’à 9,7 millions d’euros par an en coûts de traitement et d’hospitalisation. Ce sont des projections, les auteurs le précisent, mais elles donnent une idée de ce qui se joue à l’échelle d’une population. Et l’enjeu n’a rien d’anecdotique : ces substances inquiètent justement parce qu’elles peuvent agir à très faible dose pendant la grossesse, au moment où l’organisme de l’enfant se construit.

Le plus honnête, dans ce travail, c’est que les chercheurs ne transforment pas leur résultat en injonction. Ils notent qu’en l’absence de logo obligatoire signalant les substances préoccupantes, il est très difficile pour chacun de décoder un emballage et d’éviter les bons produits. Le geste individuel marche, les urines le prouvent en cinq jours, mais il bute sur une asymétrie d’information : vous ne pouvez pas éviter ce que rien ne vous permet de repérer en rayon. D’où leur conclusion, qui déplace la responsabilité du consommateur vers la règle commune : c’est l’encadrement de la composition des produits et de leurs emballages qui réduirait durablement l’exposition de tous. Cinq jours suffisent à faire baisser la trace dans un corps ; reste à savoir qui doit porter l’effort le reste de l’année.

Questions courantes

Le bisphénol A n’est-il pas déjà interdit dans les cosmétiques ?
Si, comme ingrédient en France depuis 2005. Mais il peut rester présent via une contamination en fabrication ou en migrant depuis l’emballage, qui n’est pas encadré de la même façon.

De combien baisse l’exposition en cinq jours ?
Dans l’étude, la concentration urinaire baisse de 39 % pour le bisphénol A, 30 % pour le méthylparabène et 22 % pour le phtalate de monoéthyle.

Faut-il jeter tous ses cosmétiques ?
Non. L’étude montre qu’en utiliser moins et choisir des produits sans ces substances suffit à faire baisser la trace. Les auteurs rappellent surtout que sans étiquetage clair, l’effort reste difficile à cibler.

Qui est concerné par ces substances ?
Quasiment tout le monde : la biosurveillance ESTEBAN de Santé publique France a retrouvé bisphénols, phtalates et parabènes chez près de 100 % des personnes testées.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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