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Des volontaires ont avalé pendant cinq jours une dose de bisphénol A que l’agence américaine de l’environnement présente comme sûre pour une vie entière. À la sortie, la sensibilité périphérique à l’insuline de ces 40 adultes jeunes et minces avait reculé d’environ 9 %, quand elle progressait légèrement dans le groupe placebo. L’essai randomisé en double aveugle, mené par des équipes de Cal Poly et de Rutgers, est publié en septembre dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism : ses auteurs y voient la première preuve expérimentale, chez l’humain, qu’une prise de bisphénol A abaisse la sensibilité à l’insuline.
La mesure ne repose pas sur un questionnaire alimentaire. Les 40 participants (22 femmes, 18 hommes, 21 ans de moyenne d’âge, indice de masse corporelle moyen de 22) sont passés par un clamp euglycémique hyperinsulinémique, la méthode de référence pour chiffrer la réponse des muscles à l’insuline. Le groupe bisphénol A perd 0,02 mg/kg/min par µU/mL ; le groupe placebo en gagne autant. Les chercheurs orientent l’explication vers le muscle squelettique, dont le métabolisme du glucose stimulé par l’insuline paraîtrait perturbé. La glycémie à jeun, le poids, l’humeur et le sommeil n’ont pas bougé, et l’essai, conduit sur des étudiants minces, ne dit rien de ce qui se passerait chez une personne obèse ou prédiabétique.
Une dose « sans risque » qui dépend de qui la fixe
La dose testée, 50 microgrammes par kilo de poids et par jour, est la dose de référence retenue par l’agence américaine de l’environnement, un seuil censé couvrir une exposition de toute une vie. Vue d’Europe, elle n’a plus rien d’anodin. Les 50 microgrammes de bisphénol A par kilo et par jour administrés dans cet essai valent 250 000 fois la dose journalière tolérable applicable en France depuis 2023, soit 0,2 nanogramme par kilo et par jour. Le facteur sort de la division des deux repères ramenés à la même unité : 50 000 nanogrammes d’un côté, 0,2 de l’autre.
Ce plafond de 0,2 nanogramme vient de la réévaluation de l’EFSA, qui l’a abaissé d’un facteur 20 000 par rapport au repère provisoire de 2015, en retenant comme effet critique une atteinte du système immunitaire. L’agence européenne estimait alors que l’exposition alimentaire des Européens dépassait ce seuil de deux à trois ordres de grandeur, à tous les âges. Le détail qui pique : en 2007, l’EFSA fixait elle-même sa dose journalière tolérable à 0,05 milligramme par kilo, très exactement la quantité que cet essai vient d’administrer.
Ramenés à la même unité, les repères successifs descendent d’un cran à chaque révision.
| Repère | Dose journalière (ng/kg) | Rapport à la limite européenne en vigueur |
|---|---|---|
| Dose administrée dans l’essai (dose de référence américaine) | 50 000 | 250 000 fois |
| Dose journalière tolérable EFSA, 2007 | 50 000 | 250 000 fois |
| Dose journalière tolérable temporaire EFSA, 2015 | 4 000 | 20 000 fois |
| Dose journalière tolérable EFSA, depuis 2023 | 0,2 | référence |
Aucune de ces trois révisions n’a modifié la molécule : c’est la lecture de ses effets à faible dose qui a changé.
Ce qu’il reste de bisphénol A dans une vie française
Le lecteur français part avec de l’avance. La France a suspendu les biberons au bisphénol A en juillet 2010, mesure étendue à l’Union européenne en janvier 2011, puis interdit la substance dans l’ensemble des contenants alimentaires au 1er janvier 2015, avant qu’une décision du Conseil constitutionnel de septembre 2015 n’en réduise le champ, rappelle le ministère de la Transition écologique. Les tickets de caisse relèvent d’une restriction distincte, adoptée au niveau européen en juillet 2016 à la demande de la France.

L’Union européenne a fini par suivre. Le règlement qui bannit le bisphénol A des matériaux au contact des aliments s’applique depuis janvier 2025, avec un écoulement des stocks autorisé jusqu’au 20 juillet 2026 pour la plupart des contenants finis. Deux poches restent ouvertes plus longtemps : les vernis et revêtements de certaines boîtes de fruits, de légumes et de poissons peuvent être commercialisés jusqu’au 20 juillet 2028, et les équipements professionnels de production alimentaire déjà en service jusqu’au 20 janvier 2029.
Les gestes qui pèsent encore
Restent les sources hors contenants alimentaires : les substituts, bisphénol S et bisphénol F, dont la toxicité potentielle faisait déjà l’objet d’un rapport parlementaire en juillet 2014, et les produits qui entrent par l’import. Côté cuisine, le conseil de l’auteur principal de l’essai tient en une phrase : réduire l’exposition en passant aux bouteilles en inox ou en verre et aux conserves sans BPA « pourrait abaisser le risque de diabète », déclare Todd Hagobian. L’enjeu a son dénominateur français : 3,8 millions de personnes traitées pour un diabète.
Actu Alt Plus relevait en juin une chute de près de 40 % du bisphénol A après cinq jours de cosmétiques allégés. Même durée, même molécule, autre porte d’entrée : la mesure portait alors sur ce qui entre dans le corps, celle-ci sur ce que le corps en fait. Prochaine échéance inscrite au calendrier européen : le 20 juillet 2028, dernier jour des vernis au bisphénol A sur les boîtes de fruits, de légumes et de poissons.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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