Un adolescent de dos, assis au bord de son lit dans une chambre française le soir, éclairé par l’écran de son téléphone.

Votre ado se confie à une IA : 48 % le font, 32 % savent ce que deviennent leurs données

86 % des jeunes Français de 11 à 25 ans utilisent une IA conversationnelle et 48 % y abordent des sujets intimes, mais 32 % seulement savent ce que deviennent ces données. Ce que l’enquête CNIL mesure vraiment, et le seul réglage qui existe aujourd’hui.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que l’enquête mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
  3. La confiance va plus loin que la compréhension
  4. Pourquoi la machine parle avant les parents
  5. Effacer une conversation n’efface pas un modèle
  6. Le réglage qui existe vraiment
  7. Questions courantes

Décryptage

Publié le 28 août 2026 · Mis à jour le 29 août 2026 à 12h54

Plus d’un jeune sur deux croit que ses confidences à une IA restent secrètes ; à peine un sur trois sait ce que deviennent ces données. C’est le résultat d’une enquête Ipsos BVA menée pour le Groupe VYV et la CNIL auprès de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans en France, en Allemagne, en Suède et en Irlande, publiée le 5 mai 2026.

Le chiffre qui devrait retenir un parent arrive plus loin dans l’enquête : 32 % seulement des jeunes déclarent savoir ce que deviennent les données qu’ils partagent avec ces outils. Ils sont 56 % à penser que la machine garde leurs échanges secrets. L’écart entre ces deux réponses tient toute l’histoire.

En bref

  • 86 % des jeunes Français de 11 à 25 ans utilisent une IA conversationnelle et 48 % y abordent des sujets personnels ou intimes.
  • 56 % pensent que leurs échanges restent secrets, 32 % seulement disent savoir ce que deviennent leurs données.
  • L’enquête est déclarative : elle mesure des usages et des perceptions, pas les effets réels de ces conversations.
  • Effacer une conversation ne retire pas une donnée d’un modèle : la CNIL a mis à jour le 26 août 2026 un démonstrateur qui remonte la généalogie des modèles ayant pu mémoriser la même information.
  • Le levier disponible aujourd’hui se règle dans les paramètres de ChatGPT, Gemini, Copilot ou Meta AI : l’opposition à l’entraînement, service par service.

Ce que l’enquête mesure, et ce qu’elle ne mesure pas

L’enquête est déclarative. Ipsos BVA a interrogé 3 800 jeunes de 11 à 25 ans par Internet via son Access Panel Online, du 9 au 26 janvier 2026, avec des quotas de genre, d’âge et de région dans les quatre pays, et des quotas socioprofessionnels pour la seule France.

Ce dispositif dit ce que des jeunes déclarent faire et croire. Il ne dit rien des effets de ces conversations sur leur santé mentale, ni du contenu réel des échanges, que personne n’a lus.

La tranche d’âge compte aussi. Le mot « jeunes » couvre ici de la sixième au premier emploi, et le taux d’usage passe de 66 % chez les 11-12 ans à 94 % chez les 17-18 ans, indique le Groupe VYV.

Une dernière précision évite les malentendus : la CNIL arrondit. Son communiqué parle de « près de 9 jeunes sur 10 » là où le détail publié par les commanditaires donne 86 % pour la France.

Reste à savoir combien de personnes ces pourcentages représentent. En France, 48 % des 11-25 ans déclarent parler de sujets personnels ou intimes à une IA conversationnelle, selon l’enquête Ipsos BVA pour le Groupe VYV et la CNIL publiée le 5 mai 2026 : appliqué aux 8,2 millions de 15-24 ans recensés au 1er janvier 2026, ce taux représente déjà près de 4 millions de personnes selon nos calculs. Le résultat est un plancher : la tranche 15-24 ans publiée par l’Insee (8 235 000 personnes) est plus étroite que les 11-25 ans de l’enquête.

Trois chiffres suffisent à situer le décalage : ce que les jeunes font, ce qu’ils confient, ce qu’ils comprennent.

Un jeune Français sur deux confie de l’intime à une IA, un sur trois seulement sait ce que deviennent ces données. Limite : enquête déclarative, 1 000 répondants de 11 à 25 ans en France, terrain du 9 au 26 janvier 2026.
Un jeune Français sur deux confie de l’intime à une IA, un sur trois seulement sait ce que deviennent ces données. Limite : enquête déclarative, 1 000 répondants de 11 à 25 ans en France, terrain du 9 au 26 janvier 2026.
Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre

Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :

Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :

La troisième carte est la seule à rester minoritaire. C’est aussi la seule qui porte sur une connaissance vérifiable plutôt que sur une croyance.

La confiance va plus loin que la compréhension

69 % des jeunes estiment qu’une IA peut donner des conseils fiables, 56 % qu’elle peut garder leurs échanges secrets et 51 % qu’elle protège les informations qui lui sont confiées, écrit la CNIL. Face à ces trois majorités, 32 % déclarent savoir ce que deviennent les données partagées.

Cette confiance n’est pas aveugle pour autant. 34 % des jeunes ayant utilisé une IA pour un sujet personnel disent s’être déjà sentis mal à l’aise à cause d’un conseil reçu, et 85 % souhaitent davantage d’informations sur les risques et les bonnes pratiques.

Le tableau ci-dessous rassemble les réponses publiées, avec la réserve qui va avec : tout n’est pas ventilé par pays.

Enquête Ipsos BVA pour le Groupe VYV et la CNIL, 3 800 jeunes de 11 à 25 ans (dont 1 000 en France), terrain du 9 au 26 janvier 2026, résultats publiés le 5 mai 2026. Les taux d’usage (86 %), de confidence (48 %), de connaissance du devenir des données (32 %) et de demande d’information (85 %) sont publiés pour la France ; les autres le sont sans ventilation par pays.
Déclaration des jeunes interrogésPart
Utilisent une IA conversationnelle (France)86 %
Y parlent de sujets personnels ou intimes (France)48 %
Estiment qu’une IA peut donner des conseils fiables69 %
Pensent qu’elle peut garder les échanges secrets56 %
Pensent qu’elle protège les informations confiées51 %
La considèrent comme un « psy » dans certains cas33 %
Savent ce que deviennent les données partagées (France)32 %
Se sont sentis mal à l’aise après un conseil reçu (parmi les jeunes ayant abordé un sujet personnel)34 %
Souhaitent davantage d’informations sur les risques (France)85 %

Lu ligne à ligne, le tableau raconte une asymétrie simple : les jeunes savent très bien ce qu’ils attendent de ces services, beaucoup moins ce que ces services font de leurs phrases.

Pourquoi la machine parle avant les parents

Amis et famille restent les premiers interlocuteurs des jeunes pour parler de leurs difficultés, précise la CNIL. L’IA s’ajoute, elle ne les remplace pas. Mais l’ordre bouge dès que l’anxiété s’en mêle.

Chez les jeunes anxieux, 58 % jugent facile de parler de leurs problèmes avec une IA, contre 55 % avec leurs amis et 36 % avec leurs parents, rapporte CB News à partir de la même enquête. Le classement s’inverse précisément là où la conversation compte le plus.

Le contexte est chargé. En France, plus d’un jeune sur quatre présente une suspicion de trouble anxieux généralisé. Dans l’enquête, 33 % des jeunes considèrent l’IA comme un « psy » dans certains cas, et la proportion monte à 46 % chez les répondants souffrant d’anxiété.

Ce que ces jeunes trouvent là, la CNIL le décrit sans détour : un interlocuteur « accessible, disponible à tout moment, perçu comme non jugeant et facile d’accès ». Aucune de ces quatre qualités ne suppose la moindre obligation de secret.

Série AAP
AAP mesurait le 8 juin 2026 une autre facette du même terrain : près de 45 % des adolescents présentant des symptômes anxieux selon le Baromètre du moral des adolescents 2025 (santé mentale des ados). Les deux mesures ne se superposent pas : l’enquête CNIL parle d’une suspicion de trouble anxieux généralisé chez les 11-25 ans, pas de symptômes déclarés à l’adolescence.

Un adolescent vu de dos à la table du petit déjeuner d’une cuisine française, un téléphone retourné posé près de sa main.
Amis et famille restent les premiers interlocuteurs des jeunes, selon la CNIL : l’IA s’ajoute sans les remplacer.

Effacer une conversation n’efface pas un modèle

Supprimer l’historique d’un chatbot retire l’affichage, pas forcément la trace dans le modèle. La CNIL a rendu ce point visible le 26 août 2026 en mettant à jour Genmod, son démonstrateur de traçabilité des modèles d’IA publiés en source ouverte.

Genmod part d’un modèle et remonte ses « ascendants » et ses « descendants ». La commission écrit qu’il sert à identifier, « à partir d’un modèle ayant mémorisé des données personnelles, les autres modèles de sa “généalogie” susceptibles d’avoir également conservé ces informations ». Le graphe est réactualisé chaque semaine et une recherche sans limite de profondeur prend « une vingtaine de secondes en moyenne ».

Une donnée mémorisée ne vit donc pas dans un seul modèle : elle peut survivre dans toute une descendance de modèles dérivés. C’est la raison technique pour laquelle l’effacement n’a rien d’un bouton.

La CNIL ne dit nulle part qu’un particulier pourrait aujourd’hui obtenir la suppression de ses données dans un modèle. Elle indique étudier « les conditions d’exercice des droits prévus par le RGPD » : c’est un chantier ouvert, pas une procédure disponible.

Le droit à l’effacement, lui, existe et fonctionne sur les données détenues par un organisme. La CNIL rappelle qu’il vise notamment celles « collectées lorsque vous étiez mineur dans le cadre de la société de l’information », blog, forum, réseau social ou site web. Un compte ouvert à 13 ans reste donc effaçable à 20.

Les mains d’un adulte parcourant un menu de réglages flouté sur un téléphone, au-dessus d’un bureau en bois.
L’opposition à l’entraînement se règle service par service, dans les paramètres de chaque application.

Le réglage qui existe vraiment

Entre l’effacement hors de portée et l’inquiétude, il reste un levier concret : l’opposition à la réutilisation des conversations pour l’entraînement. La CNIL en a publié le mode d’emploi service par service le 16 octobre 2025.

Dans ChatGPT, le réglage se trouve dans Paramètres, puis Gestion des données, à la ligne « Améliorer le modèle pour tous ». Dans Google Gemini, il passe par l’onglet Activité et l’option « Désactiver et supprimer l’activité », avec un effet de bord que la commission signale : la désactivation peut supprimer les conversations passées. Microsoft Copilot loge le sien dans Paramètres puis Confidentialité, Meta AI dans son centre d’exercice des droits.

La CNIL précise publier ces chemins « sans se prononcer sur la conformité au RGPD des procédés proposés ». Le réglage vaut pour la suite, il ne rattrape pas ce qui a déjà servi.

Reste la conversation à la maison, celle que l’enquête ne mesure pas et que les jeunes réclament : 85 % veulent en savoir plus sur ce que ces services font de leurs phrases. La demande ressemble à celle qui vaut déjà pour les écrans du soir, où la règle discutée au calme tient mieux que la règle imposée dans le conflit.

Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, résume l’enjeu ainsi : « La transparence est indispensable pour leur permettre de faire des choix éclairés et de garder à l’esprit que les systèmes d’IA ne sont que des outils : des machines et non des humains. »

Questions courantes

À quoi les jeunes utilisent-ils une IA en dehors des sujets personnels ?
Les usages pratiques restent largement majoritaires : 71 % des jeunes Français s’en servent pour écrire ou améliorer un texte et 66 % pour résumer ou analyser des données, selon le détail de l’enquête publié par Ipsos. Trois jeunes sur cinq, soit 59 %, l’utilisent depuis plus d’un an.

Que faire si une plateforme ne répond pas à une demande d’effacement ?
L’organisme doit répondre dans les meilleurs délais et au plus tard dans un mois, délai qui peut être porté à trois en cas de complexité. Sans réponse ou en cas de refus, la CNIL peut être saisie d’une plainte. Le droit à l’effacement connaît toutefois des limites : obligations légales de conservation, liberté d’expression et d’information, archivage, recherche ou procédure judiciaire.

L’enquête dit-elle que les IA aggravent l’anxiété des jeunes ?
Non. Elle mesure des usages, des perceptions et un niveau d’anxiété à un instant donné, sans établir de lien de cause à effet. Le Groupe VYV et la CNIL en tirent une initiative européenne, AI*me, destinée à réunir chercheurs, acteurs de santé, éducateurs et régulateurs pour mieux comprendre ces usages.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusionTaratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion
  2. 2Mondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du TourMondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du Tour
  3. 3Prix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréatPrix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréat
  4. 4Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembreRésultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre
  5. 5Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnésRésultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Clara, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Clara

« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

Articles: 228