
Le chiffre
54,3 %. C’est la part des artistes et écrivains salariés qui, en France, travaillaient en contrat permanent en 2025, selon les données extraites d’Eurostat le 1er juillet 2026. La même année, dans l’ensemble de l’économie française, 84,6 % des salariés étaient en CDI. Trente points séparent ceux qui jouent, écrivent et filment du reste de ceux qui travaillent. Nous avons refait le calcul pour les Vingt-Sept : nulle part ailleurs l’écart n’est aussi large.
54,3% des artistes et écrivains salariés français en contrat permanent, en 2025
Ce que ce chiffre mesure, exactement
Avant de s’émouvoir, il faut savoir de qui l’on parle. Sous l’étiquette « artistes et écrivains », Eurostat réunit deux groupes de la nomenclature internationale des professions : les artistes créateurs et interprètes, et les auteurs, journalistes et linguistes. Peintres, musiciens, comédiens, réalisateurs, mais aussi reporters et traducteurs. En France, ils étaient 296 500 en 2025.
Le taux, lui, ne porte que sur les salariés. Les indépendants en sont exclus par construction : on ne mesure pas la stabilité du contrat de quelqu’un qui n’en a pas. Or c’est l’autre trait français : la même année, 46,2 % des artistes et écrivains de notre pays étaient à leur compte, contre 13,2 % de l’ensemble des actifs occupés. Autrement dit, le chiffre de 54,3 % décrit la moitié la plus protégée de la profession.

L’écart le plus large de l’Union
Un taux seul ne dit rien. Ce qui compte, c’est la distance avec le reste du pays : aux Pays-Bas, où le CDI est minoritaire partout, un artiste n’est pas plus mal loti que son voisin comptable. Nous avons donc soustrait, pays par pays, le taux des artistes de celui de l’économie entière.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Le résultat est net. La France arrive en tête avec 30,3 points, loin devant l’Allemagne et ses 20,3 points. À l’échelle de l’Union, l’écart moyen tombe à 13,3 points. Aux Pays-Bas, il se réduit à 3,6 points, et en Roumanie il s’inverse : les artistes y sont un peu plus souvent en contrat permanent que les autres salariés. La singularité française n’est donc pas que la culture soit instable. C’est qu’elle le soit beaucoup plus que tout ce qui l’entoure.
Artistes et écrivains salariés, France54,3 %
Ensemble des salariés français84,6 %
Unité : part des salariés titulaires d’un contrat permanent. Période : 2025, enquête européenne sur les forces de travail, données extraites le 1er juillet 2026. Limite : le taux ignore les 46,2 % d’artistes indépendants ; Eurostat signale par ailleurs une rupture de série et un changement de définition entre 2024 et 2025, ce qui interdit de lire l’évolution d’une année sur l’autre comme une amélioration.
L’intermittence, angle mort de la comparaison
Reste à comprendre pourquoi. La réponse tient largement dans une institution que l’Europe n’a pas : l’intermittence. Les intermittents du spectacle sont, rappelle l’Unédic, des artistes, ouvriers ou techniciens embauchés en contrat à durée déterminée, le plus souvent en CDD d’usage. Deux annexes à la réglementation de l’assurance chômage, créées en 1964 pour les techniciens et en 1967 pour les artistes, organisent l’indemnisation entre deux contrats. En 2019, 280 000 salariés relevaient de ce statut, dont 100 000 indemnisés dans l’année.
Un CDD d’usage est un contrat court par nature. Il compte donc comme non permanent dans la statistique européenne, quand bien même l’artiste enchaîne les engagements toute l’année et perçoit une allocation entre deux. Ce que mesure l’écart de trente points n’est pas seulement une fragilité : c’est aussi la trace comptable d’un système que la France a construit exprès, et qui n’a pas d’équivalent dans les nomenclatures d’Eurostat. Ceux qui montent les tournées, comme les métiers de la régie, vivent le même calendrier en pointillé.
Cela n’annule rien. Un contrat court reste un contrat court : il rend le logement plus difficile à louer et le crédit plus difficile à obtenir. Mais il change la lecture. La France ne figure pas en tête parce que ses artistes seraient moins bien traités qu’ailleurs, mais parce qu’elle a choisi d’organiser leur travail autrement, et qu’elle assume d’en payer le prix par l’assurance chômage.

Il y a une ironie dans ce chiffre. Eurostat a mis en ligne les données 2025 le 1er juillet dernier, mais sa propre page de synthèse affiche toujours celles de 2024, où la France plafonnait à 49,8 % et creusait un écart de 35 points. La statistique européenne raconte la culture avec un an de retard, exactement comme nous regardons les films et lisons les livres sans jamais penser à ceux qui les ont faits. Le générique défile toujours après.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention194
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

