
Chaque soir avant le direct, la même séquence : fard rose vif sur les pommettes, blazer violet à sequins, perruque colorée. Guillermo Barraza prend place devant la caméra de Canal Once, la chaîne publique mexicaine, et salue son public avec la même phrase d’ouverture : « Bienvenue à La Verdrag, le programme où les minorités deviennent la majorité. » Ce journaliste de 32 ans, qui a grandi dans la ville conservatrice de Culiacán, Sinaloa, présente en drag le premier journal télévisé de ce type au Mexique. Il reçoit des menaces de mort tous les jours.
L’émission s’appelle La Verdrag, jeu de mots entre verdad (vérité en espagnol) et drag. Elle combine des journaux d’actualité, des reportages investigatifs et des interviews qui donnent de la visibilité à la communauté LGBT+ mexicaine : une semaine, un sujet sur les jeunes transgenres ; la suivante, un entretien avec une personnalité queer publique. La formule est née presque par accident : Barraza avait pris la barre du journal de Canal Once en drag pendant les célébrations de la Pride de Mexico en juin, pour une émission ponctuelle. La déferlante de haine qui a suivi sur les réseaux sociaux a convaincu la chaîne de créer un programme régulier, lancé en octobre de la même année.

Un alter ego qu’on ne peut pas harceler
Le Mexique est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, avec le deuxième taux de mortalité le plus élevé pour la profession. Il présente aussi certains des taux de violence les plus élevés d’Amérique latine contre les personnes LGBT+. Le groupe de défense des droits Letra S a documenté au moins 513 homicides ciblés de personnes LGBT+ au Mexique sur les six dernières années. Barraza connaît ces chiffres par coeur. « Dans ce pays, personne n’est en sécurité », a-t-il confié. « Plus vous êtes visible, plus vous vous battez pour le changement, plus vous avez une cible dans le dos. Et si on doit mettre nos vies en jeu, c’est ce qu’on fera, parce qu’on ne laissera pas la peur gagner. »
C’est là où le personnage d’Amanda, son alter ego drag, joue un rôle inattendu. « Avoir un alter ego, vous avez moins de problèmes parce qu’on ne peut pas harceler un personnage », explique-t-il. « Vous avez plus de liberté pour parler. » Il y a dans cette formule quelque chose qui dépasse le simple bouclier symbolique : Amanda lui permet de dire sur le plateau des choses que Guillermo, journaliste installé dans un pays où des collègues ont été tués pour moins que ça, n’oserait peut-être pas formuler en son nom propre. Le costume n’est pas une performance. C’est un outil de travail.

La tension entre visibilité et danger est devenue concrète en novembre 2023, quand l’une des invitées de La Verdrag, Ociel Baena, première personne non-binaire en Amérique latine à occuper une fonction judiciaire, a été retrouvée morte à son domicile dans un État conservateur du centre du pays. La police a rapidement conclu à un crime passionnel. La communauté LGBT+ et des élus ont rejeté cette explication. Barraza a marché parmi des milliers de manifestants ce soir-là, les larmes aux joues, et a rendu compte de l’événement dans son émission la semaine suivante. Sa mère lui avait écrit le matin : « Reste en dehors des projecteurs. Protège-toi. »
En France, des journalistes et des auteurs LGBT+ travaillent souvent dans des conditions autrement plus sécurisées, mais la question de la représentation reste vive : combien de présentateurs de journaux nationaux se définissent publiquement comme queer ? La Verdrag rappelle que la télévision peut être un espace de représentation, pas seulement de neutralité de façade. Barraza n’invente pas un genre télévisuel : il invente un poste. Et il le tient, chaque semaine, malgré les milliers de commentaires haineux qui s’accumulent sur les réseaux sociaux de Canal Once après chaque diffusion.
Le format dure 40 minutes. Ça n’a l’air de rien, dans un paysage audiovisuel où les émissions d’information s’enchaînent à la chaîne. Mais derrière chaque plateau, il y a une chaise de maquillage, un blazer à sequins, et un journaliste qui a décidé que la peur ne serait pas le dernier mot.
En bref
Qu’est-ce que « La Verdrag » ?
Un programme d’information de 40 minutes diffusé sur Canal Once, chaîne publique mexicaine, présenté en drag par le journaliste Guillermo Barraza sous son alter ego Amanda. Le nom est un jeu de mots entre « verdad » (vérité) et drag.
Comment l’émission a-t-elle vu le jour ?
Barraza a animé le journal de Canal Once en drag pendant la Pride de Mexico en juin. La vague de réactions haineuses qui a suivi a convaincu la chaîne de créer un programme régulier, lancé en octobre.
Pourquoi Barraza se produit-il en drag ?
Le personnage d’Amanda lui offre une liberté de parole protégée. « On ne peut pas harceler un personnage », dit-il. Amanda lui permet d’aborder des sujets que Guillermo ne pourrait pas traiter aussi directement dans un pays où des journalistes sont assassinés.
Quels risques prend-il ?
Des menaces de mort quotidiennes et des milliers de commentaires haineux sur les réseaux de la chaîne. Le Mexique est le deuxième pays le plus dangereux au monde pour les journalistes.
Y a-t-il un écho de ce modèle en France ?
Aucun présentateur de journal télévisé national ne se produit ouvertement en drag en France. La question de la représentation LGBT+ dans les médias grand public reste posée, notamment dans les formats d’information.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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