Une roue de char en bois sur une voie romaine pavée, à côté d’un vase de bronze contenant quelques cailloux ronds.

Vitruve décrivait déjà un compteur kilométrique qui comptait les milles avec des cailloux

Au Ier siècle avant notre ère, Vitruve décrit un char qui laisse tomber un caillou à chaque mille. Le mécanisme pièce par pièce, et l’erreur que cache son calcul.

Sommaire
  1. Comment la machine compte-t-elle les milles ?
  2. Un arrondi qui coûte huit mètres par caillou
  3. A-t-elle vraiment roulé ?
  4. En France, les bornes comptaient-elles en milles ?

Un caillou tombe dans un vase de bronze et le fait sonner. Ce bruit signale au conducteur d’un char romain qu’il vient de parcourir un mille de plus. La machine est décrite par l’architecte Vitruve au livre X du De architectura, rédigé au Ier siècle avant notre ère : un compteur de distance fait de roues dentées et de billes, conçu pour mesurer les routes.

Concrètement, c’est un compteur kilométrique à engrenages, près de deux mille ans avant la voiture. Vitruve ne s’en attribue pas l’invention : il le présente comme un savoir transmis par les anciens. Le compteur de distance décrit par Vitruve au Ier siècle av. J.-C. sous-estime chaque trajet de 0,53 % : sur 100 kilomètres de voie romaine, il annonce environ 530 mètres de moins que la route réelle.

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Comment la machine compte-t-elle les milles ?

Le Museo Galileo de Florence résume le principe dans sa notice sur l’odomètre : la distance s’obtient en multipliant la circonférence de la roue par le nombre de tours. Tout le génie du dispositif consiste à faire compter ces tours par la machine elle-même, sans que personne ne surveille la roue. Vitruve en détaille le montage au chapitre 9 du livre X.

Comment ça marche

  1. La roue avance

    La roue du char mesure quatre pieds de diamètre. Selon Vitruve, chaque tour complet couvre douze pieds et demi de route.

  2. Une dent pousse le compteur

    Sur le moyeu, un disque porte une seule dent saillante. À chaque tour de roue, elle accroche un deuxième disque, vertical, logé dans une boîte, et le fait avancer d’un cran.

  3. Quatre cents crans pour un tour

    Ce disque vertical porte quatre cents dents. Il lui faut donc quatre cents tours de roue pour boucler un tour : 400 × 12,5 = 5 000 pieds, soit un mille romain.

  4. Un disque garde les billes

    Une dent latérale du disque vertical fait tourner d’un cran un troisième disque, horizontal. Il est percé d’autant de trous qu’une journée de route compte de milles, chacun garni d’un petit caillou.

  5. Le caillou tombe et sonne

    Quand un trou passe au-dessus d’un conduit, son caillou glisse et tombe dans un vase de bronze placé dessous. Le bruit annonce un mille parcouru.

  6. On compte le soir

    En fin de journée, il suffit de compter les cailloux réunis au fond du vase pour connaître le nombre de milles du trajet.

Quatre cents tours de roue, un caillou. L’appareil ne demande ni ressort ni cadran : seulement des dents taillées avec soin et un récipient sonore. Le texte précise même que l’on « sait chaque mille parcouru » au bruit des billes, avant de les compter au fond du char.

Un arrondi qui coûte huit mètres par caillou

Le chiffre de douze pieds et demi est arrondi. Une roue de quatre pieds de diamètre mesure en réalité 4 × π, soit environ 12,57 pieds de tour. Après quatre cents tours, le char a donc couvert près de 5 027 pieds quand la bille tombe, et non 5 000.

Le mille romain valant environ 1 480 mètres, un pied mesure près de 0,296 mètre. Les 27 pieds en trop représentent donc presque 8 mètres de route non comptés à chaque caillou. D’où l’écart de 0,53 % : sur une étape de 100 kilomètres, l’équivalent de cinq terrains de football mis bout à bout disparaît du décompte. Pour une machine en bois et en bronze, l’erreur reste modeste.

A-t-elle vraiment roulé ?

Aucun char compteur romain n’a été retrouvé : quand l’ingénieur André Wegener Sleeswyk consacre une étude à la machine dans Scientific American, en octobre 1981, il la présente comme un appareil que Vitruve « n’a peut-être jamais vu ». Elle a aussi dérouté Léonard de Vinci quinze siècles plus tard, selon la revue. Sleeswyk avance enfin un nom pour l’inventeur : Archimède, pendant la première guerre punique.

L’idée a en tout cas circulé : Héron d’Alexandrie décrit à son tour un odomètre au Ier siècle de notre ère, rappelle le Museo Galileo. À la Renaissance, Leon Battista Alberti et Léonard de Vinci dessinent leurs propres versions. Le principe de la roue qui compte ses tours n’a pas changé depuis.

En France, les bornes comptaient-elles en milles ?

Pas toujours. À Biozat, dans l’Allier, une borne romaine a été mise au jour en 1841, lors de plantations d’arbres près de l’église. Elle est inscrite aux monuments historiques depuis le 20 décembre 1946. Son inscription cite l’empereur Hadrien, fils du divin Trajan le Parthique, et indique « Clermont, cité des Arvernes, dix-septième lieue ». En Gaule, cette pierre compte donc en lieues, pas en milles.

Ces bornes, avec les villas et les trésors de monnaie romaine exhumés un peu partout, gardent la trace d’un réseau que Rome mesurait avec soin. Vitruve avait d’ailleurs prévu une version marine de son compteur : des roues à aubes sur les flancs du navire, et le même vase de bronze qui sonne en pleine mer.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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