![]()
Décryptage
À Salt Lake City, un juge fédéral a écrit qu’une loi de son État exigeait une chose impossible. Le 24 septembre 2026, David Barlow a suspendu la disposition de la loi SB 73 qui obligeait les sites pornographiques à repérer les visiteurs sous VPN ou à établir leur position réelle sans marge d’erreur.
Un VPN fait transiter le trafic par un serveur intermédiaire. Le site de destination ne voit que l’adresse IP de ce serveur, jamais celle du visiteur. Autant dire un cachet de la poste qui n’indiquerait que le bureau de tri. Le sujet dépasse largement l’Utah : 29 % des internautes français de 15 ans et plus ont utilisé un VPN au cours des douze derniers mois, selon l’étude publiée par l’Arcom en avril 2024. L’enquête sur les outils de sécurisation portait sur 3 017 internautes de 15 ans et plus.
Citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Le fait
Signée en 2026, SB 73 devait s’appliquer dès mai 2026. Elle demandait aux sites pour adultes l’une de deux choses : bloquer les utilisateurs de VPN, ou identifier la position physique des visiteurs qui masquent leur trafic. Le texte leur interdisait aussi d’expliquer comment se servir d’un VPN pour franchir un contrôle d’âge. L’Utah devenait, d’après l’Electronic Frontier Foundation, le premier État américain à viser l’usage des VPN sur ce terrain.
Aylo, maison mère de Pornhub, a attaqué la loi le 22 avril 2026 devant le tribunal fédéral du district de l’Utah. Cinq mois plus tard, le juge Barlow a accordé une injonction préliminaire visant un seul article, le 78B-3-1002(3) du code de l’Utah, dit « actual-location provision ».
La décision du tribunal tient en une impossibilité assortie d’une sanction. Le texte, après amendement, « impose pour l’essentiel une responsabilité sans faute » dès qu’il s’agit de déterminer où se trouve un internaute, écrit le juge, et il oblige les sites à géolocaliser leurs visiteurs « avec perfection » pour échapper à toute responsabilité. La géolocalisation parfaite n’existe pas. Sur ce constat, la décision juge probable que la loi viole l’interdiction faite aux États de peser lourdement sur des acteurs établis ailleurs.
La procédure s’est jouée en cinq dates.
Chronologie
Aylo attaque SB 73 devant le tribunal fédéral de l’Utah.
Entrée en vigueur prévue de SB 73, le 6 mai.
L’Utah publie ses projets de règles d’application.
Injonction préliminaire contre la disposition de localisation réelle.
Date d’effet possible des règles, privée de portée par l’injonction.
Et chez nous ?
Notre regard
La loi SREN du 21 mai 2024 impose aux sites pornographiques de vérifier l’âge de leurs visiteurs. L’Arcom a adopté le 9 octobre 2024 le référentiel technique qui en fixe les exigences minimales, publié deux jours plus tard. Deux objectifs le structurent : la fiabilité du contrôle de l’âge et le respect de la vie privée, avec un niveau renforcé pour les solutions dites à double anonymat. Selon l’Arcom, environ 2,3 millions de mineurs accèdent chaque mois à ces contenus.
Le droit européen a déjà tranché une question très proche, et dans l’autre sens. Dans son arrêt du 9 juillet 2026 (affaire C-788/24), la Cour de justice de l’Union européenne retient qu’un blocage géographique reste efficace même s’il peut être contourné. Elle écrit qu’« une telle possibilité de contournement ne saurait constituer, en soi et en toute circonstance, un élément déterminant » pour conclure à l’inefficacité de la mesure. Le blocage doit être à la pointe de la technologie, sans avoir à être infaillible.
L’écart entre les deux standards est net. L’Utah réclamait la perfection sous peine de responsabilité, quand l’Union se contente de l’état de l’art. La Cour ajoute que si le filtrage est insuffisant, la responsabilité revient à l’éditeur du site et non au fournisseur de VPN. L’usage d’un VPN reste licite en France, où contourner un géoblocage n’expose pas l’internaute à une sanction.
| Critère | Utah, injonction du 24 septembre 2026 | Union européenne, arrêt C-788/24 du 9 juillet 2026 |
|---|---|---|
| Juridiction | Tribunal fédéral du district de l’Utah | Cour de justice de l’Union européenne |
| Standard exigé | Géolocaliser les visiteurs « avec perfection » | Un blocage à la pointe de la technologie |
| Contournement par VPN | Responsabilité sans faute du site | Ne rend pas, en soi, le blocage inefficace |
| Responsable si le filtrage échoue | L’éditeur du site | L’éditeur du site, pas le fournisseur de VPN |
La nuance
L’injonction ne supprime pas SB 73. Elle suspend une disposition le temps du procès, et rien de plus. Le reste du dispositif demeure applicable, vérification d’âge comprise. L’interdiction faite aux sites de diffuser des modes d’emploi de VPN n’est pas visée et tient toujours.
Le fondement retenu compte autant que le résultat. Le juge s’appuie sur les règles du commerce entre États et écarte l’argument de l’extraterritorialité, sans se prononcer sur le commerce avec l’étranger. Il relève aussi que l’Utah dispose de moyens moins lourds d’empêcher ses mineurs d’accéder à ces sites que d’imposer sa loi au reste du pays.
L’État se défendait en expliquant que son texte réclamait des efforts raisonnables, et non la perfection. Le tribunal a constaté que cette qualification manquait dans la rédaction. Aylo a d’ailleurs déclaré que, rédigée ainsi, la loi ne l’aurait pas conduite au tribunal. Aylo avait d’abord bloqué les adresses IP de l’Utah, avant d’y rouvrir ses sites gratuits limités aux contenus hors du champ de la loi.
À surveiller
Le 1er septembre 2026, la division de la protection des consommateurs de l’Utah a publié ses projets de règles, qui exigeaient des sites des systèmes « commercialement raisonnables » de détection du masquage de localisation. Ces règles pouvaient prendre effet dès le 8 octobre 2026. L’injonction les prive de portée jusqu’à une nouvelle décision du tribunal.
Les méthodes de détection envisagées méritent un œil : latence de la connexion, fuseau horaire de l’appareil. L’EFF, qui a déposé des observations auprès du ministère du commerce de l’Utah, les décrit comme peu fiables et facilement faussées par des conditions de réseau ordinaires, avec un risque de blocages injustifiés loin au-delà des frontières de l’État.
La suite est politique. Selon l’EFF, les parlementaires de l’Utah pourraient réécrire le texte à la prochaine session, et d’autres États examinent des propositions comparables contre les VPN. Il leur manque un mot, et le juge Barlow l’a nommé : raisonnable.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
6 prix Nobel 2026 annoncés du 5 au 12 octobre, l’heure de Paris prix par prix - 2
Ce qui change au 1er octobre 2026 : APL, gaz, franchises - 3
Qui vote pour le Ballon d’or de France Football ? 100 jurés - 4
Prime du champion du monde de cyclisme : 8 000 € pour McNulty - 5
Super El Niño et vortex polaire : l’hiver 2026-2027 en France se joue ailleurs
Nos dossiers
- Océan86
- Record du monde35
- Espace39
- Histoire92
- Famille96
- Évolution78
- Pouvoir d’achat126
- Climat121
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

