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De combien les exportations de céréales ukrainiennes ont-elles chuté sur un an, dans les deux premières semaines d’août 2026 ?
La réponse :
Décryptage
17 % du grain échangé dans le monde ne sort plus par la mer Noire. Les frappes russes sur les ports d’Odessa et les attaques ukrainiennes en mer d’Azov tiennent fermé le principal goulet céréalier de la planète depuis juillet 2026. Le blé est au plus haut depuis deux ans, en hausse de près de 25 % sur ses niveaux de janvier (IFPRI, 3 août 2026).
Ce choc s’arrête très vite au comptoir de la boulangerie. Remplacer le blé de mer Noire par du blé australien coûte 47,50 dollars de plus la tonne, soit 1,8 centime sur une baguette de 250 grammes aux prix du 20 août 2026. Le chemin entre les deux passe par trois origines de remplacement, toutes en repli.
En bref
- Le goulet céréalier de la mer Noire est fermé depuis juillet 2026, et l’export de 17 % du grain échangé dans le monde est perturbé.
- Les cargaisons de mer Noire valaient 260 à 280 dollars la tonne pour les arrivages de juillet à septembre, contre 305 dollars pour le blé américain et 315 à 320 pour l’australien livré en Asie.
- Les quatre exportateurs de substitution reculent tous : production américaine en baisse de 26 %, canadienne de 15 %, exportations argentines de 19 % et australiennes de 12 %.
- FranceAgriMer table sur 7,4 millions de tonnes de blé tendre vers l’Union et 7 millions vers les pays tiers en 2026/27.
- Le blé pèse 0,41 euro sur les 3,74 euros du kilo de baguette, d’après la décomposition de l’Observatoire de la formation des prix et des marges sur l’exercice 2022.
Ce que la fermeture retire au marché
Plus de 28 millions de tonnes de céréales russes et ukrainiennes manqueront entre juillet et mars, au rythme actuel des exportations, soit environ 5,5 % de tout le grain échangé la saison dernière (Council on Foreign Relations, 24 septembre 2026). C’est presque deux fois tout ce que la France compte expédier de blé tendre sur la campagne, dedans et hors de l’Union. Les sorties de mer Noire avaient déjà reculé de plus de 40 % sur un an fin juillet.
Les exportations de céréales ukrainiennes ont plongé de 76 % sur un an pendant les deux premières semaines d’août. Celles de la Russie ont reculé de 38 % sur le seul mois de juillet. La Russie pèse environ 21 % des exportations mondiales de blé et l’Ukraine 6 %. À elles deux, elles cultivent 14 % du blé de la planète.
Le détroit de Kertch ne passe plus rien. Le Parisien a filmé la mécanique, du port bombardé au cours qui grimpe.
Les routes de contournement plafonnent
Le Danube, le rail et les camions ukrainiens absorbent 50 à 55 % de la capacité mensuelle des ports maritimes. Les voies de dérivation russes butent sous 50 % des niveaux d’avant l’escalade. Le report vers la Baltique pourrait approcher 10 millions de tonnes, environ un cinquième de ce que la Russie sortait par la mer Noire. Aucune de ces portes de sortie ne rend au marché ce que la mer Noire lui retire.
D’où vient le grain de remplacement, et à quel prix
260 à 280 dollars la tonne : c’est ce que payaient les acheteurs pour les cargaisons de mer Noire attendues entre juillet et septembre. Le blé américain le moins cher se traitait à 305 dollars. L’Australian Premium White, coût et fret compris jusqu’en Asie, à 315 à 320 dollars (dépêche Reuters, 20 août 2026). Le plancher du remplacement, c’est 35 dollars.
Les transformateurs asiatiques avaient contracté 2 à 2,5 millions de tonnes de blé de mer Noire pour la période juillet-septembre, soit 30 à 50 % de leur demande d’importation. L’Indonésie, deuxième acheteur mondial, en attendait 600 000 tonnes. L’Égypte avait tiré plus de 82 % de ses importations de blé de Russie et d’Ukraine au premier semestre 2026. Ces carnets de commandes se réécrivent origine par origine.
Mis côte à côte, les trois prix dessinent une marche d’escalier.

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47,50 dollars séparent le milieu des deux fourchettes extrêmes : plus on s’éloigne de la mer Noire, plus la tonne coûte cher. Ce surcoût se paie au chargement, avant toute transformation.
Les remplaçants rétrécissent aussi
Les sept premiers exportateurs assurent 84 % du commerce mondial de blé, et l’USDA attend leur production en baisse de 11 % sur la campagne 2026/27, leurs exportations de 7 %. Aux États-Unis, la sécheresse des plaines du sud fait tomber la production de blé de 26 % et le blé d’hiver roux dur de 29 %. Le Canada perd 15 % de production et 8 % d’exportations. L’Argentine exportera 19 % de moins, l’Australie 12 %.
Le tableau réunit les prix et les reculs, ligne par ligne.
| Origine ou agrégat | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Blé de mer Noire, arrivages de juillet à septembre | 260 à 280 dollars la tonne | Reuters, 20 août 2026 |
| Blé américain, offre la moins chère hors mer Noire | environ 305 dollars la tonne | Reuters, 20 août 2026 |
| Australian Premium White, coût et fret Asie | 315 à 320 dollars la tonne | Reuters, 20 août 2026 |
| Russie et Ukraine, part du commerce mondial de blé 2025/26 | 32 % | IFPRI, 3 août 2026 |
| Sept premiers exportateurs, production 2026/27 | −11 % | USDA, via IFPRI |
| Sept premiers exportateurs, exportations 2026/27 | −7 % | USDA, via IFPRI |
| États-Unis, production de blé | −26 % | USDA, via IFPRI |
| États-Unis, blé d’hiver roux dur | −29 % | USDA, via IFPRI |
| États-Unis, exportations | −15 % | USDA, via IFPRI |
| Canada, production puis exportations | −15 % et −8 % | USDA, via IFPRI |
| Argentine, exportations | −19 % | USDA, via IFPRI |
| Australie, exportations | −12 % | USDA, via IFPRI |
| France, blé tendre exporté 2026/27, Union puis pays tiers | 7,4 et 7 millions de tonnes | FranceAgriMer, 22 juillet 2026 |
Aucune ligne de ce tableau ne va vers le haut. Un acheteur égyptien ou indonésien cherche donc un fournisseur autant qu’un prix.

Et chez nous ?
Ce que la substitution ouvre, et coûte, à la France
FranceAgriMer table sur 7,4 millions de tonnes de blé tendre vers l’Union et 7 millions vers les pays tiers pour 2026/27, sur une collecte de 29,6 millions de tonnes (bilan de FranceAgriMer, 22 juillet 2026). L’établissement public écrit que les prix du blé et du maïs sont montés sur Euronext, et que les difficultés logistiques russes ouvrent des débouchés aux céréales françaises. La France a gardé sa place de premier exportateur de blé tendre de l’Union sur la campagne 2025-2026.
Le Maroc absorbait environ la moitié des exportations françaises hors Union, et doit réduire ses achats de 40 % cette campagne, avec une récolte locale revenue à 4 ou 5 millions de tonnes. L’Algérie n’a rien pris depuis deux campagnes. Le blé russe garde par ailleurs son avantage technique, avec 12 % de protéines contre 11,5 % pour le français (campagne 2026-2027, 11 juin 2026). La porte s’ouvre en Asie et se referme au Maghreb.
AAP mesurait le 30 juillet 2026 la part de l’alimentation et des boissons dans le budget des ménages français : 12,3 % de la dépense en 2024. Un choc sur le grain arrive donc dans une enveloppe déjà tendue, comme l’avait été la facture de gaz relevée de 7,4 % au 1er juillet.

Combien ça fait sur la baguette
Le blé pèse 0,41 euro sur les 3,74 euros du kilo de la « baguette Insee », soit 11,4 % du prix, d’après la décomposition de l’Observatoire de la formation des prix et des marges sur l’exercice 2022. Les années précédentes, cette part tenait entre 7 et 9 %. L’exercice retenu est donc celui où le grain a pesé le plus lourd dans le pain.
Appliqué à ces 0,41 euro, l’écart de substitution de 17,6 % fait monter le kilo de baguette de 7 centimes. Sur 250 grammes, cela revient à 1,8 centime. Avec du blé américain plutôt qu’australien, l’écart tombe à 13 % et la baguette à 1,3 centime.
La meunerie française n’avait gardé que 12 centimes de marge brute par kilo de baguette en 2022, contre 25 centimes en 2017. C’est là que le choc se logera d’abord, entre le silo et le four, bien avant l’ardoise du boulanger.
Questions courantes
Pourquoi le prix du pain ne suit-il pas le cours du blé ?
Parce que le grain n’est qu’une ligne du coût, et que les marges d’aval absorbent une partie du mouvement. En 2022, année de flambée, le prix de la baguette n’a progressé que de 4,4 % quand l’inflation alimentaire française atteignait 7,3 %.
Le maïs et l’huile de tournesol sont-ils touchés aussi ?
Oui. Le même goulet fait sortir le maïs ukrainien et l’huile de tournesol, et l’IFPRI ajoute à la liste les engrais russes : urée, azote, phosphate, potasse. Un renchérissement des engrais se répercute sur la récolte suivante, pas sur celle qui est déjà au silo.
Le blé français peut-il remplacer le blé de mer Noire ?
Pas à lui seul. La Russie annonce 91,5 millions de tonnes récoltées et 45 à 50 millions exportables, d’après le cabinet d’analyse Sovecon, quand la France en expédie moins d’un tiers. La substitution française se compte en tonnages gagnés à la marge.
« D’ici la fin août, le marché devra trouver des solutions », prévenait Maxence Devillers, d’Argus Media, le 20 août. Le mois est passé, et le goulet reste fermé.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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