Une pelle sur chenilles stationnée sur un champ sableux couvert d’ornières, devant une rangée de panneaux solaires en cours de montage.

Agrivoltaïsme : le chantier tasse le sol avant le premier kilowatt

On vous présente un projet agrivoltaïque ? Le risque pour la terre se joue pendant les travaux : sous-sol tassé à 1,68 g/cm³ contre 1,14 sur la parcelle témoin, et jusqu’à 43 % de rendement en moins.

Sommaire
  1. En bref
  2. Sous les roues des engins, le sol se referme
  3. Deux mois de travaux, 83 millimètres de pluie
  4. Le décret français contrôle la sixième année, pas les travaux
  5. Ce qui évite le tassement, et ce que ça coûte
  6. Les questions à poser à un porteur de projet
  7. Questions courantes

Décryptage

23 400 kilos de pelle sur chenilles ont roulé sur la parcelle avant le premier panneau. Des agronomes du centre Leibniz ZALF ont mesuré le sol après le chantier d’une centrale agrivoltaïque à Müncheberg, dans le Brandebourg. Dans le sous-sol des zones roulées, la densité apparente atteint 1,66 à 1,68 gramme par centimètre cube, contre 1,14 à 1,34 sur la parcelle témoin (Scientific Reports, 27 septembre 2026). Dix points de mesure dépassent 1,8 g/cm³.

Le débat français sur l’agrivoltaïsme porte sur l’ombre des panneaux et sur le rendement qui survit dessous. L’étude déplace la question de deux mois en amont, sur la phase de travaux. À ce niveau de tassement, le seigle d’hiver perd 22 à 43 % de rendement, quand le décret français du 8 avril 2024 n’en tolère que 10 %. La fourchette vient de travaux antérieurs menés sur des tassements comparables, que l’équipe cite.

En bref

  • Le chantier a porté la densité du sous-sol à 1,66-1,68 g/cm³, contre 1,14-1,34 g/cm³ sur une parcelle témoin restée intacte.
  • La résistance à la pénétration atteint 3,7 à 4,1 mégapascals entre 20 et 25 centimètres, pour un seuil de blocage racinaire situé entre 2 et 3 mégapascals.
  • Des travaux antérieurs associent ce niveau de tassement à 22-43 % de rendement en moins sur le seigle d’hiver.
  • Le décret français du 8 avril 2024 fait contrôler le rendement en sixième année d’exploitation et n’exige rien sur la phase de travaux.
  • Plaques de répartition et engins adaptés sont estimés à plusieurs milliers d’euros par hectare.

Sous les roues des engins, le sol se referme

Les prélèvements ont eu lieu à l’automne 2024, une fois le chantier terminé. Le sol du site est un arénosol sableux, pauvre en argile. Dans l’horizon de surface des bandes roulées, la densité apparente monte à 1,62-1,65 g/cm³, contre 1,34-1,56 g/cm³ sur la référence. C’est la première mesure de terrain du tassement laissé par un chantier agrivoltaïque, selon le ZALF.

La résistance que le sol oppose à une racine a été relevée au pénétromètre. Entre 20 et 25 centimètres de profondeur, elle atteint 3,7 à 4,1 mégapascals. Le seuil au-delà duquel l’allongement des racines est freiné se situe entre 2 et 3 mégapascals. « Ces valeurs se situent nettement au-dessus des seuils connus pour ces types de sol », résume Kathrin Grahmann, qui a dirigé l’étude (communiqué du ZALF).

Un sol argileux se rouvre en partie de lui-même, sous l’effet du gel et du retrait des argiles ; un sol sableux, non. C’est pour cette raison que l’équipe qualifie de compaction mécanique sévère les dix relevés passés au-dessus de 1,8 g/cm³.

Mis côte à côte, les quatre horizons mesurés montrent où le chantier a vraiment appuyé.

L’écart de densité est près de quatre fois plus large dans le sous-sol qu’en surface : 0,34 contre 0,09 g/cm³. Valeurs hautes de chaque fourchette mesurée, sur un arénosol sableux du Brandebourg.
L’écart de densité est près de quatre fois plus large dans le sous-sol qu’en surface : 0,34 contre 0,09 g/cm³. Valeurs hautes de chaque fourchette mesurée, sur un arénosol sableux du Brandebourg.
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En surface, l’écart reste à 0,09 g/cm³. Dans le sous-sol il atteint 0,34 g/cm³, là où les racines descendent chercher l’eau.

Le détail des mesures, indicateur par indicateur :

IndicateurZones de chantierRéférence ou seuil
Densité apparente, horizon de surface1,62-1,65 g/cm³1,34-1,56 g/cm³ (témoin)
Densité apparente, sous-sol1,66-1,68 g/cm³1,14-1,34 g/cm³ (témoin)
Relevés en compaction sévère10 points au-dessus de 1,8 g/cm³n. d.
Résistance à la pénétration (20-25 cm)3,7-4,1 MPa2-3 MPa (blocage racinaire)
Pluie, trois semaines avant les travaux32 mmn. d.
Pluie pendant les travaux83 mmn. d.
Engin le plus lourdPelle sur chenilles, 23 400 kgNacelle élévatrice, 4 245 kg
Perte de rendement associée (seigle d’hiver)22-43 %10 % au maximum (décret du 8 avril 2024)
Durée du chantier7 octobre au 6 décembre 2024n. d.

Deux mois de travaux, 83 millimètres de pluie

Le chantier s’est déroulé du 7 octobre au 6 décembre 2024. Les trois semaines qui l’ont précédé ont reçu 32 millimètres de pluie. Les deux mois de travaux en ont reçu 83. À charge égale, un sol humide se tasse plus vite et plus profond qu’un sol sec.

Trois engins lourds ont fait l’essentiel du travail. Une nacelle élévatrice de 4 245 kilos, un chariot télescopique de 17 900 kilos et une pelle sur chenilles de 23 400 kilos ont circulé sur la parcelle, avec des semi-remorques et des matériels à chenilles. La pelle pèse cinq fois et demie la nacelle. Ni ce calendrier ni ces tonnages n’apparaissent dans les critères que fixe la réglementation française.

Ornières profondes remplies d’eau de pluie dans un sol sableux clair, devant des pieux de montage de panneaux solaires.
Les deux mois de travaux ont reçu 83 millimètres de pluie.

Et chez nous ?

Le décret français contrôle la sixième année, pas les travaux

Le décret du 8 avril 2024 pose le seuil que tout le monde cite. L’article R. 314-114 du code de l’énergie demande que le rendement moyen à l’hectare reste au-dessus de 90 % de celui d’une zone témoin. L’article R. 463-1 protège en outre les fonctions biologiques, hydriques et climatiques du sol, qui ne doivent pas être durablement affectées.

Ce contrôle a un calendrier : le rapport est établi avant la mise en service, puis en sixième année d’exploitation, puis tous les trois à cinq ans (arrêté du 5 juillet 2024). Le suivi commence donc après le chantier, jamais pendant. Aucun des deux textes ne mentionne la phase de travaux, le tassement ni les engins. Le sol est donc jugé sur ce qu’il produit six ans après la mise en service.

L’écart se chiffre : un tassement de ce niveau est associé à 22-43 % de rendement en moins sur le seigle d’hiver, soit 2,2 à 4,3 fois la perte de 10 % que le décret accepte. Le cadre, lui, ne bougera pas de sitôt. Le Conseil d’État a écarté le 16 mars 2026 la requête de la société Verso Energy contre ce décret (décision n° 495025).

Ce qui évite le tassement, et ce que ça coûte

La production solaire européenne grimpe pendant les canicules, au moment où le réseau en a le plus besoin. Le tassement est un poste de chantier, avec des solutions connues.

L’équipe en liste cinq. Limiter la circulation à des voies dédiées, équipées de pistes temporaires. Programmer les travaux en période sèche plutôt que sur un sol détrempé. Utiliser des pneumatiques adaptés et des engins plus légers. Confier le suivi à un accompagnement pédologique de chantier, de la conception à la remise en état. Surveiller le sol une fois l’installation debout, et pas seulement avant les travaux.

Plaques de répartition et matériels spécialisés se chiffrent à plusieurs milliers d’euros par hectare, selon le ZALF. Les auteurs notent que les contraintes économiques, la logistique et les délais imposés par les politiques publiques limitent l’application régulière de ces mesures. Il existe aussi des surfaces où la question ne se pose pas : la Suisse expérimente des panneaux entre les rails.

Plaques de protection posées en une seule voie d’accès sur un champ sableux, un véhicule léger circulant dessus.
Voies dédiées et plaques de répartition se chiffrent à plusieurs milliers d’euros par hectare.

Les questions à poser à un porteur de projet

Un dossier de concertation décrit l’installation, rarement le chantier qui la monte. Cinq demandes tiennent en une page.

Le calendrier des travaux et la saison retenue. Le tonnage des engins prévus, et le nombre de passages sur la parcelle. Le plan des voies de circulation sur la parcelle. Une mesure de densité apparente avant travaux et une autre après, aux mêmes emplacements. Le nom de qui assure le suivi pédologique du chantier.

La dernière est la moins chère à obtenir et la plus difficile à contourner ensuite. Le chantier de Müncheberg s’est ouvert le 7 octobre 2024 et fermé le 6 décembre. Dans un dossier, ces deux dates en disent plus long que le taux de couverture.

Questions courantes

Que devient la parcelle à la fin de l’exploitation ?
Le démantèlement et la remise en état des terrains doivent garantir le maintien de leur vocation initiale, dans l’année qui suit l’arrêt, et jusqu’à trois ans en cas de difficultés topographiques.

Un sol sableux tassé se refait-il tout seul ?
Les auteurs de l’étude recommandent un travail profond du sol, puis deux à trois ans de luzerne pour relancer la vie biologique et rouvrir la structure.

Existe-t-il une norme technique sur la protection des sols en chantier ?
En Allemagne, la DIN SPEC 91434 publiée en mai 2021 prévoit des mesures de protection des sols. Elle ne comporte aucun mécanisme de contrôle applicable aux installations agrivoltaïques.

Quelle part d’une parcelle peut être couverte de panneaux ?
Le taux de couverture est le rapport entre la surface projetée au sol des modules et la surface de la parcelle. Il ne peut dépasser 40 % pour les installations de plus de 10 mégawatts.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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