Hémicycle d’un sénat européen aux bancs de velours rouge vides, vu depuis les tribunes en fin d’après-midi

Nucléaire en Italie : quarante ans après Tchernobyl, un cadre et zéro réacteur

Le Sénat italien a voté le cadre légal du retour au nucléaire, sans autoriser une seule centrale. Derrière ce vote : 26,2 TWh nets d’électricité française absorbés par l’Italie en 2025, un kilowattheure sur douze consommé dans le pays.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un article, une délégation, douze mois
  3. 1987 et 2011 : deux référendums, deux refus
  4. Ce que Rome doit encore trancher
  5. Les 26,2 TWh que l’Italie achète à la France
  6. Questions courantes

Décryptage

81 voix contre 51 : le Sénat italien a adopté mercredi 23 septembre 2026 la loi qui rouvre la voie au nucléaire, avec sept abstentions. Quarante ans après Tchernobyl, le vote de Palazzo Madama ne rallume aucun réacteur. Il autorise le gouvernement de Giorgia Meloni à écrire les règles qui permettraient, un jour, d’en construire.

Le texte tient en un seul article de délégation. Il donne douze mois à Rome pour publier les décrets qui encadreront l’expérimentation, le choix des sites, la construction et l’exploitation des installations, la gestion du combustible usé et le contrôle de sûreté. Aucun site n’est nommé, aucune filière n’est choisie. L’Italie exploitait quatre réacteurs avant 1987.

En bref

  • Le Sénat italien a approuvé le 23 septembre 2026 la loi de délégation sur le nucléaire durable, par 81 voix contre 51 et 7 abstentions.
  • Le texte n’autorise aucune centrale : il charge le gouvernement d’adopter, sous douze mois, les décrets sur les sites, la sûreté, les déchets et le démantèlement.
  • Les Italiens avaient dit non au nucléaire par référendum en 1987, puis confirmé en 2011 avec 94,75 % de « oui » à l’abrogation.
  • Le ministre Gilberto Pichetto Fratin situe les premières centrales « vers 2033-2034 ».
  • En 2025, l’Italie a absorbé 26,2 TWh nets d’électricité française, premier débouché du parc français.

Un article, une délégation, douze mois

Le communiqué du ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, publié le jour du vote, énumère le périmètre exact de la délégation. Elle couvre un programme national pour le nucléaire durable et pour la fusion, puis les règles d’expérimentation, de localisation, de construction et d’exploitation des nouvelles installations. Elle couvre aussi le démantèlement des installations existantes, la gestion du combustible et le stockage des déchets radioactifs. Viennent enfin la réforme du cadre de sûreté, de surveillance et de contrôle, la recherche scientifique et la formation.

Le gouvernement dispose de douze mois à compter de l’entrée en vigueur du texte pour adopter ces décrets, dans les limites fixées par le Parlement. Gilberto Pichetto Fratin y voit « une technologie gagnante qui, intégrée aux renouvelables, peut donner des résultats extraordinaires pour notre sécurité énergétique ». Le ministère fait remonter le chemin à trois ans, quand une plateforme nationale avait été réunie à Rome pour inventorier les technologies disponibles. La loi n’en retient aucune et ne dessine aucune carte des sites : ces choix reviennent aux décrets.

Le parcours parlementaire a duré onze mois. Déposé le 17 octobre 2025 sous le numéro C. 2669, le projet a franchi la première lecture à la Chambre le 4 juin 2026, avant d’arriver au Sénat. Le vote du 23 septembre clôt l’examen parlementaire. Le travail réglementaire, lui, commence.

Bâtiment réacteur désaffecté d’une centrale nucléaire au milieu de champs, grillage fermé au premier plan
L’Italie exploitait quatre réacteurs avant le référendum de 1987 ; elle n’en exploite plus aucun.

1987 et 2011 : deux référendums, deux refus

Le 8 novembre 1987, dix-huit mois après Tchernobyl, les Italiens ont répondu à cinq questions, dont trois sur le nucléaire. Les résultats officiels du ministère de l’Intérieur donnent 80,57 % de « oui » sur la procédure de choix des sites, 79,71 % sur les contributions versées aux collectivités d’accueil et 71,86 % sur la participation d’ENEL à des centrales à l’étranger. La participation a atteint 65,1 %.

Entre les deux votes, l’Italie avait rouvert le dossier : un programme de relance avait été inscrit dans la loi à la fin des années 2000. C’est précisément ce que le référendum des 12 et 13 juin 2011 est venu abroger, trois mois après Fukushima, avec 94,75 % de « oui » pour une participation de 57,04 %. Vingt-quatre ans après le premier scrutin, la réponse était encore plus nette.

Le tableau ci-dessous replace le vote du 23 septembre dans cette série de dates.

Le nucléaire italien, de l’arrêt au nouveau cadre légal. Sources : ministère italien de l’Intérieur (référendums), Chambre des députés et ministère de l’Environnement et de la Sécurité énergétique (parcours de la loi).
DateÉtapeChiffres
Avant 1987Parc nucléaire en service4 réacteurs
8 novembre 1987Référendums post-Tchernobyl« oui » à 80,57 %, 79,71 % et 71,86 % ; participation 65,1 %
12 et 13 juin 2011Référendum post-Fukushima94,75 % de « oui » à l’abrogation ; participation 57,04 %
17 octobre 2025Dépôt du projet C. 26691 article de délégation
4 juin 2026Première lecture à la Chambretexte adopté, transmis au Sénat
23 septembre 2026Vote définitif du Sénat81 pour, 51 contre, 7 abstentions
Entrée en vigueur + 12 moisDécrets d’applicationsites, sûreté, déchets, démantèlement
2033-2034Premières centrales, horizon ministérielaucun site désigné

Ce que Rome doit encore trancher

La loi ne désigne aucune filière. Le programme national porte sur le nucléaire durable et sur la fusion, tandis que le ministre oriente le débat vers les petits réacteurs modulaires, les SMR, plutôt que vers les grandes unités d’avant 1987. Les premières mises en service sont annoncées « vers 2033-2034 ».

L’opposition attaque exactement sur ce point. Angelo Bonelli, député de l’Alliance Verts et Gauche, y voit un « instrument de diversion » dans un pays où l’électricité coûte cher, et objecte que la technologie SMR n’a « aucune application commerciale dans le monde ». Greenpeace, Legambiente, le WWF et Kyoto Club jugent, dans les réactions au vote, que le nucléaire « ne résout aucun des nombreux problèmes actuels » de l’Italie.

Le dossier travaille l’opinion italienne depuis bien avant ce mercredi. Ce reportage d’Euronews en donne le décor.

Vidéo : euronews, « L’Italie et le dossier brûlant du nucléaire »

Et chez nous ?

Les 26,2 TWh que l’Italie achète à la France

En 2025, la France a exporté 26,2 TWh nets d’électricité vers l’Italie, soit 28 % de son solde exportateur total de 92,3 TWh. Le bilan électrique de RTE en fait le maximum jamais enregistré sur cette frontière, devant 22,3 TWh en 2024 et 22,1 TWh en 2002. L’Italie passe ainsi devant l’Allemagne et la Belgique (23,1 TWh), la Grande-Bretagne (22,6 TWh) et la Suisse (20,1 TWh). Le solde français toutes frontières confondues s’élevait à 89,0 TWh un an plus tôt.

L’écart de prix explique le sens du courant. Le mégawattheure s’est négocié en moyenne à 116 euros en Italie contre 61 euros en France sur l’année, le plus grand écart entre les deux pays depuis l’ouverture des marchés. Quand le prix italien fait presque le double du prix français, les lignes alpines tournent dans un seul sens.

L’Italie a absorbé 26,2 TWh nets, plus que toute autre frontière française. Périmètre : soldes annuels nets, la zone Core regroupant l’Allemagne et la Belgique dans la comptabilité de RTE.
L’Italie a absorbé 26,2 TWh nets, plus que toute autre frontière française. Périmètre : soldes annuels nets, la zone Core regroupant l’Allemagne et la Belgique dans la comptabilité de RTE.
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Rapportés aux 311,3 TWh de demande électrique italienne comptabilisés par Terna pour 2025, ces 26,2 TWh pèsent 8,4 % de tout ce que l’Italie a consommé. Un kilowattheure sur douze, entré par les lignes qui franchissent les Alpes.

C’est cette part que la loi vise à récupérer. Pour la France, l’échéance se compte en années : les décrets doivent sortir, un site être retenu, un réacteur commandé, puis construit. La variable la plus proche est d’ailleurs française, et elle est météo : la production du parc, déjà bridée par la canicule certains étés pour protéger les rivières.

Pylônes de très haute tension franchissant un col alpin rocheux sous un ciel dégagé
26,2 TWh nets ont franchi la frontière franco-italienne en 2025, le plus haut niveau relevé sur cette liaison.

Questions courantes

La loi est-elle déjà applicable ?
Non. Le texte adopté est une loi de délégation en un seul article : il fixe les objectifs et renvoie au gouvernement le soin d’écrire les décrets. Rien ne peut être autorisé avant leur publication. La même délégation couvre aussi le démantèlement des installations nucléaires italiennes existantes.

Les communes concernées auront-elles un rôle ?
Les décrets doivent organiser les rapports avec les territoires et prévoir des campagnes d’information et de sensibilisation, selon le ministère italien. Le référendum de 1987 portait déjà, pour l’une de ses trois questions nucléaires, sur les contributions versées aux collectivités qui accueillaient une centrale.

Ce vote change-t-il les exportations françaises en 2026 ?
Non. Aucun décret n’est publié, aucun site n’est retenu, et l’horizon avancé par le gouvernement italien est 2033-2034. Les flux transalpins dépendront d’ici là du prix de gros et de la disponibilité du parc français.

La délégation court douze mois à compter de l’entrée en vigueur. Gilberto Pichetto Fratin, qui a salué une « journée historique », promet les décrets avant la fin de l’année.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Malik » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Monde & Pop Monde : l’actualité internationale reliée à la France, avec ce qu’elle change ici.

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