Un lanceur en flammes sur son pas de tir la nuit, une petite capsule emportée très haut par un panache lumineux au-dessus de la steppe.

Tour de sauvetage : la seule fois où un équipage a été arraché à une fusée en feu

Baïkonour, 26 septembre 1983 : le lanceur prend feu avant l’allumage, la capsule part seule, deux cosmonautes se posent à quatre kilomètres. Le récit de la seule évacuation d’équipage jamais déclenchée avant un décollage, et les quatre fois où un tel système a été mis à feu.

Sommaire
  1. En bref
  2. Quatre-vingt-dix secondes avant l’allumage, une vanne lâche
  3. Ce que fait exactement une tour de sauvetage
  4. Depuis 1983, un seul autre sauvetage avec équipage
  5. Questions courantes

Récit

17 g pendant cinq secondes. C’est ce qu’ont encaissé Vladimir Titov et Guennadi Strekalov le 26 septembre 1983, arrachés à leur lanceur en feu au-dessus du pas de tir de Baïkonour.

Leur vaisseau Soyouz T-10-1 devait rejoindre la station Saliout 7. Il n’a jamais quitté le sol par ses propres moyens. Un moteur à poudre posé au sommet de la fusée a extrait la capsule pendant que le lanceur brûlait. Les deux hommes en sont sortis vivants.

En bref

  • Baïkonour, 26 septembre 1983 : le lanceur de Soyouz T-10-1 prend feu avant l’allumage.
  • La tour de sauvetage tire, la capsule se pose à quatre kilomètres, l’équipage est indemne.
  • 14 à 17 g pendant cinq secondes, parachute à 650 mètres, séquence bouclée en 5 minutes et 13 secondes.
  • Depuis, un seul autre équipage a été arraché à son lanceur, en vol : Soyouz MS-10, en 2018. Aucun au sol.

Quatre-vingt-dix secondes avant l’allumage, une vanne lâche

Environ 90 secondes avant l’allumage prévu, une vanne défectueuse cède. L’azote de pressurisation entre dans la turbopompe à kérosène d’un propulseur d’appoint (fiche Wikipédia de la mission). La pompe dépasse ses limites et se rompt, le carburant fuit et s’enflamme, et le feu monte le long du lanceur.

Au sol, l’équipe de contrôle tente d’actionner le système d’évacuation, mais les câbles de commande ont déjà brûlé. Depuis leur siège, Titov et Strekalov ne peuvent rien déclencher non plus. Reste la commande radio de secours : deux opérateurs indépendants doivent recevoir chacun leur ordre et agir dans les cinq secondes. Ils le font l’un et l’autre.

Le moteur de sauvetage s’allume et arrache la capsule. L’équipage a décrit un lanceur « oscillant d’un côté à l’autre », puis « une vibration soudaine » au moment du déclenchement. La fusée explose derrière eux. Deux secondes plus tard selon les récits de l’anniversaire, six selon cette fiche Wikipédia.

Le 26 septembre 1983, à Baïkonour, une tour de sauvetage a posé deux cosmonautes à quatre kilomètres de leur fusée en feu : la seule évacuation d’équipage avant décollage de l’histoire spatiale.

Le sommet pointu d’un lanceur de type Soyouz, coiffé de sa tour de sauvetage ajourée, au petit matin.
Le moteur à poudre logé dans cette pointe protège le début du vol propulsé, jusqu’au largage de la tour vers 115 secondes.

Ce que fait exactement une tour de sauvetage

Le dispositif porte un sigle russe, SAS. Il tient dans un moteur à poudre unique, posé au sommet de la capsule et équipé de plusieurs tuyères qui l’orientent (synthèse Wikipédia des modes d’abandon). Il protège le début du vol propulsé et se déclenche automatiquement ou sur ordre du sol. Vers 115 secondes de vol, la tour est larguée. Quatre moteurs logés en haut de la coiffe prennent alors le relais, jusqu’à la séparation de celle-ci vers 157 secondes.

L’éjection impose 14 à 17 g pendant cinq secondes. Un corps de 75 kilos y pèse plus d’une tonne. Le parachute s’ouvre à 650 mètres. La séquence entière aura duré 5 minutes et 13 secondes.

Sortis de la capsule, les deux cosmonautes ont réclamé des cigarettes, et on leur a servi un verre de vodka.

Depuis 1983, un seul autre sauvetage avec équipage

Le 11 octobre 2018, Soyouz MS-10 décolle de Baïkonour à 4 h 40, heure de l’Est américain, avec Nick Hague et Alexeï Ovtchinine. Une anomalie du lanceur interrompt l’ascension. Le vaisseau rentre en balistique et les deux hommes sont récupérés vivants (communiqué de la NASA).

Toutes les autres mises à feu ont eu lieu à vide, lors d’essais : la NASA, SpaceX, Boeing, Blue Origin et l’agence spatiale indienne ont chacun éprouvé leur système avant d’y asseoir un équipage. En voici deux. Le 2 juillet 2019, la NASA allume le moteur d’abandon d’Orion à 31 000 pieds, soit environ 9,4 kilomètres, à Mach 1,18 (fiche de l’essai). Le 19 janvier 2020, SpaceX déclenche un abandon environ une minute et demie après le décollage, et la capsule amerrit huit minutes après le départ, au large de la Floride (essai en vol).

Le tableau réunit les deux sauvetages avec équipage et deux essais à vide.

Les deux sauvetages avec équipage et deux essais à vide marquants d’un système d’abandon
VolDateDéclenchementÉquipage à bordIssue
Soyouz T-10-126 septembre 1983Au sol, avant l’allumageOui (2)Atterrissage à 4 km, équipage indemne
Soyouz MS-1011 octobre 2018En vol, après le décollageOui (2)Rentrée balistique, équipage récupéré vivant
Ascent Abort-2 (Orion)2 juillet 2019En vol, vers 9,4 kmNon (essai)Séquence bouclée, retombée dans l’Atlantique
Crew Dragon (essai en vol)19 janvier 2020En vol, environ 1 min 30 après le départNon (essai)Amerrissage au large de la Floride

Le 5 septembre 2026, la fusée Spectrum d’Isar Aerospace a placé cinq cubesats en orbite, lors d’un tir orbital depuis Andøya, sans personne à bord, donc rien à évacuer.

Vladimir Titov est reparti de Baïkonour le 21 décembre 1987, sur Soyouz TM-4 (sa fiche Wikipédia). Il en est redescendu 365 jours, 22 heures et 39 minutes plus tard.

Questions courantes

Combien de vols Vladimir Titov a-t-il effectués ?
Cinq, en comptant le lancement avorté de septembre 1983. Il avait déjà volé sur Soyouz T-8 en avril 1983, puis a volé sur Soyouz TM-4 et sur les navettes Discovery en février 1995 et Atlantis en septembre 1997.

Où ont été emmenés les occupants de Soyouz MS-10 après leur abandon ?
Au centre d’entraînement des cosmonautes Gagarine, à la Cité des étoiles, près de Moscou.

Qu’a lancé la NASA pour son essai d’abandon de 2019 ?
Un véhicule d’essai Orion de 22 000 livres, près de 10 tonnes, depuis le pas de tir SLC-46 de Cap Canaveral. Il a culminé à 55 000 pieds, environ 16,8 kilomètres.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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