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Sommaire
Décryptage
Le sous-marin Nautile a achevé sa vingtième plongée le 28 juin 2026 à plus de 4 700 mètres sous l’Atlantique nord-est. La mission Nodssum, pilotée par le CNRS, en rapporte des images de fûts de déchets radioactifs en dégradation avancée, dont certains déversent leur contenu sur le sédiment.
Sur les mêmes séquences, des anémones et des poissons ont pris possession du métal. Les mesures réalisées sur place confirment la présence de radionucléides « à des niveaux d’activité supérieurs à ceux attendus dans cette zone », indique le communiqué du CNRS. Ces fûts reposent là depuis un demi-siècle.
En bref
- Deuxième campagne de la mission Nodssum du 27 mai au 28 juin 2026, à bord du navire Pourquoi pas ?, avec une trentaine de scientifiques.
- Vingt plongées du sous-marin habité Nautile à plus de 4 700 mètres, au contact des fûts.
- Plus de 200 000 fûts ont été immergés dans l’Atlantique nord-est entre 1950 et 1990 ; 3 355 avaient été cartographiés en 2025.
- Fûts en dégradation avancée, contenu répandu pour certains, faune abyssale installée dessus.
- Radionucléides mesurés au-dessus des niveaux attendus dans la zone, sans contamination environnementale significative détectée à ce stade.
- Les analyses de laboratoire se poursuivent au cours des prochains mois.
Pourquoi des États ont coulé leurs déchets en pleine mer
L’industrie nucléaire a produit des déchets bien avant que les filières de stockage à terre n’existent. Quatorze pays se sont alors tournés vers l’océan, rappelle France 24. Les opérations se déroulaient en eaux internationales, hors de toute règle nationale, et l’Agence internationale de l’énergie atomique a fini par délimiter des zones d’immersion dédiées. Rien n’était illégal.
La convention de Londres, entrée en vigueur en 1975, a refermé la pratique par étapes : moratoire d’abord, interdiction totale au début des années 1990. Entre-temps, des fûts métalliques de 200 litres, le gabarit d’un récupérateur d’eau de pluie, ont été descendus par milliers dans la plaine abyssale. Leur contenu a été noyé dans du bitume, du ciment ou de la résine, pour combler les vides et encaisser le choc de la descente. Les deux fosses visées, baptisées NEA#3 et NEA#4, se trouvent à environ 600 kilomètres des côtes françaises, à la latitude de Nantes, par plus de 4 000 mètres de fond, selon CNRS Le Journal. Chacune couvre près de 6 000 kilomètres carrés.
Qui en a coulé le plus
Le Royaume-Uni a mené 34 opérations d’immersion entre 1949 et 1982 et coulé plus de 140 000 fûts. La Belgique en a immergé 55 000. La France en a descendu plus de 46 000, au cours de deux campagnes seulement, en 1967 et 1969. Le total recensé pour la zone approche les 36 pétabecquerels.

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Le graphique dit l’essentiel du rapport de forces. Le tableau ci-dessous rassemble ce que les campagnes ont retrouvé de cet héritage, d’après la cartographie de 2025 et la flotte océanographique française.
| Ligne | Période | Fûts | Précision |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1949-1982 | plus de 140 000 | 34 opérations d’immersion |
| Belgique | n.c. | 55 000 | n.c. |
| France | 1967 et 1969 | plus de 46 000 | 2 campagnes |
| Zone Atlantique nord-est | 1950-1990 | plus de 200 000 | environ 36 pétabecquerels |
| Cartographiés par Nodssum | juin-juillet 2025 | 3 355 | 16 plongées du drone Ulyx, 163 km² couverts |
| Approchés au sous-marin | 27 mai-28 juin 2026 | plusieurs fûts observés | 20 plongées du Nautile, plus de 4 700 m |
En 2025, le drone autonome Ulyx a effectué seize plongées et parcouru plus de 800 kilomètres au-dessus du fond, sonar allumé, à environ 70 mètres du sédiment. Il a couvert 163 kilomètres carrés dans une zone de recherche de 14 500. Sur les plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique nord-est, 3 355 ont été localisés et cartographiés par la mission française Nodssum, dont la deuxième campagne s’est achevée le 28 juin 2026. Moins de 2 % de l’inventaire.
Ce que le Nautile a filmé au fond
Le sous-marin habité a plongé vingt fois entre le 27 mai et le 28 juin 2026, depuis le Pourquoi pas ?. Là où le drone travaillait en survol, il se place au contact. Les scientifiques ont documenté l’état de dégradation avancé de plusieurs fûts et, pour certains, le déversement de leur contenu. Les matériaux d’enrobage se distinguent à l’image : résine, bitume, ciment.

L’autre moitié du tableau est moins attendue. Poissons, anémones, crustacés et quantité d’autres organismes colonisent les fûts, devenus « de véritables habitats de vie dans les abysses », écrit la page de mission du laboratoire Subatech. Sur les images, ces cylindres ressemblent moins à une décharge qu’à un récif.
Les images ont franchi les frontières. La physicienne Sabine Hossenfelder leur a consacré une vidéo.
Ce que « radioactif » veut dire ici
Aucun combustible nucléaire usé n’a été versé dans ces fûts, à la connaissance des chercheurs. Il s’agit de déchets de faible et moyenne activité : « matériel tel que gants, matériaux de laboratoire, échantillons », décrit Patrick Chardon, spécialiste des effets de la radioactivité sur l’environnement au laboratoire de physique de Clermont Auvergne.
Le mélange n’a plus la composition des années 1970. Le césium-134 et le fer-55 se sont éteints. D’autres radionucléides tiennent : le tritium, peu toxique mais qui se fixe volontiers sur la matière organique, et les isotopes du plutonium, dont les périodes vont de quelques dizaines d’années à plus de 300 000 ans. C’est cette persistance inégale qui justifie d’aller regarder plutôt que de calculer de loin.
Le devenir des déchets reste le point dur de toute politique nucléaire, y compris là où la question revient devant les électeurs, comme lors du revirement nucléaire suisse.

Ce que les prélèvements mesurent, et ce qu’ils ne disent pas encore
La campagne de 2025 était rentrée avec 5 000 litres d’eau, 345 carottes de sédiment et 34 poissons et crustacés. Celle de 2026 a prélevé au contact des fûts : eau, sédiments, organismes vivants. Il s’agit de suivre la dispersion des radionucléides et leur transfert vers le vivant.
Les mesures de terrain détectent des radionucléides caractéristiques de ces déchets au-dessus des niveaux attendus dans la zone. La page de mission de Subatech indique par ailleurs qu’aucune contamination environnementale significative n’a été détectée à ce stade. On détecte, on ne mesure pas encore. La quantification précise attend le laboratoire, et les analyses des échantillons comme des images se poursuivront sur terre au cours des prochains mois.
Les prochaines campagnes doivent dresser une carte en trois dimensions des deux fosses et prélever au plus près des fûts. L’immersion de déchets radioactifs en mer est interdite depuis le début des années 1990. L’inventaire de ce qui a été coulé avant commence seulement.
Questions courantes
D’autres fûts radioactifs reposent-ils plus près des côtes françaises ?
Oui. La fosse des Casquets, en Manche, a servi de site d’immersion, et Greenpeace y a filmé des fûts dégradés en 2000.
Les données de la mission seront-elles rendues publiques ?
C’est l’engagement pris par Javier Escartín, géologue marin au laboratoire de géologie de l’ENS-PSL et codirecteur des campagnes : une transparence totale, avec mise en ligne des données aux côtés des publications scientifiques.
Qui participe à la mission en dehors du CNRS ?
L’Ifremer, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, l’IRD, ainsi que plusieurs universités et organismes étrangers.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
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