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Mise en perspective
La revue Sociology of Religion a publié en septembre un papier qui met un chiffre sur une intuition de repas de famille. Miran Lavrič et Tibor Rutar, sociologues à l’université de Maribor, ont suivi 81 pays de 1990 à 2022 pour savoir si la connexion d’un pays annonce le recul de sa vie religieuse. Leur réponse est une corrélation solide, mesurée et bornée. Elle ne dit pas tout ce qu’on va lui faire dire.
Le fait
Les deux chercheurs ont d’abord fabriqué un indice de religiosité à six items : assistance aux offices, importance de Dieu, importance de la religion, auto-identification comme personne religieuse, confiance dans les Églises, appartenance à une confession. Cet indice est calculé sur six vagues du World Values Survey, l’enquête internationale qui repose les mêmes questions depuis les années 1980. En face, les séries nationales de pénétration d’internet, recalées sur les mêmes périodes.
Le modèle est à effets fixes par pays, avec un décalage d’une vague. Traduit du jargon : on ne compare pas la Pologne à la Suède, on compare la Pologne d’avant à la Pologne d’après, et on regarde si la connexion précède la baisse. PIB par habitant, éducation, urbanisation, mondialisation, structure d’âge et protection sociale sont tenus constants. Verdict de l’étude de Maribor : une hausse d’un écart-type de la pénétration d’internet s’accompagne d’une baisse de 0,141 à 0,241 écart-type de l’indice global, selon les spécifications.
Le détail par dimension raconte mieux l’histoire que ce total. L’appartenance confessionnelle décroche entre 0,331 et 0,376 écart-type. L’auto-identification comme personne religieuse suit de près, entre 0,299 et 0,332. Les pratiques coûteuses en temps, dont l’assistance aux offices, bougent moins et de façon moins stable d’un modèle à l’autre.
Mis côte à côte, les coefficients publiés dessinent une hiérarchie nette.

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Le tableau reprend les mêmes fourchettes, dimension par dimension.
| Dimension mesurée | Coefficient le plus bas | Coefficient le plus haut |
|---|---|---|
| Appartenance confessionnelle | 0,331 | 0,376 |
| Auto-identification comme personne religieuse | 0,299 | 0,332 |
| Indice global à six items | 0,141 | 0,241 |
Ces valeurs sont des coefficients standardisés : elles disent une association entre deux séries, pas un nombre de fidèles perdus.
Notre regard
Concrètement, ce qui recule le plus vite n’est pas la prière. C’est la case. Le coefficient de l’appartenance confessionnelle est 1,85 fois plus fort que celui de l’indice global, en prenant le milieu des fourchettes publiées. La connexion d’un pays déplace d’abord la réponse à la question « de quelle religion êtes-vous ? », avant de toucher ce qui se passe le dimanche matin.
La France connaît cette bascule par ses propres enquêtes. En France, 53 % des 18-49 ans se déclaraient sans religion en 2019-2020, contre 45 % dix ans plus tôt, selon la deuxième enquête Trajectoires et Origines (Ined-Insee). L’Insee compte 51 % de sans-religion chez les 18-59 ans sur la même vague, et l’Ined précise que la question porte sur l’appartenance déclarée, pas sur la ferveur. C’est précisément la dimension que le papier slovène voit bouger le plus fort.
Les trois mécanismes avancés par les auteurs tiennent chacun en une ligne : l’exposition à d’autres visions du monde, le coût quasi nul de l’information scientifique, et des communautés en ligne qui prennent la place du voisinage. Aucun des trois n’est testé dans l’article. Ils sont proposés, pas démontrés, et c’est une différence que les commentaires du résultat oublient très vite.
La nuance
Le papier ne prouve pas de causalité, et il l’écrit noir sur blanc. Les tests d’ordre inversé montrent que la religiosité passée prédit aussi l’adoption ultérieure d’internet : un pays déjà sécularisé se branche plus vite. Les deux sens coexistent dans les mêmes données.

Deuxième réserve, ce sont des moyennes nationales. Un coefficient de 0,35 sur 81 pays ne décrit la trajectoire d’aucun croyant en particulier. Troisième réserve, les données ne distinguent pas un usage séculier d’un usage religieux du réseau. Or les Églises y diffusent des offices, du contenu dévotionnel et de l’accompagnement pastoral, ce que les auteurs reconnaissent explicitement. Le même tuyau porte les deux.
À surveiller
La prochaine vague du World Values Survey tranchera une partie du débat. Elle couvrira des pays où la pénétration d’internet plafonne déjà très haut. Quand la variable explicative cesse de varier, l’association doit s’aplatir. Si elle tient quand même, internet n’était pas le bon suspect.
Côté français, la donnée à guetter est la prochaine édition de Trajectoires et Origines. Pour le reste, la question de fin de repas garde son statut : une bonne question, à laquelle un papier de sociologie répond par une corrélation et une fourchette. Elle recommence chaque fois que quelqu’un décide de reprendre la main sur son temps d’écran.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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