L’aiguille du thermomètre dépasse 30 degrés sur la façade.

Jours à 30 °C en France : jusqu’à 9 fois plus fréquents depuis 1961

76 ans de relevés Météo-France, station par station : la chaleur a le plus progressé là où on ne l’attendait pas, en altitude et dans l’Est, pas sur le littoral méditerranéen.

Sommaire
  1. La carte est à l’envers de l’intuition
  2. La chaleur qui arrive là où elle n’existait pas
  3. Ce qu’un comptage ne dit pas
  4. Questions courantes

Décryptage

Publié le 7 septembre 2026 · Mis à jour le 16 septembre 2026 à 14h06

  • À Pontarlier, les jours à 30 °C sont passés de 1,7 à 15,4 par an, le facteur le plus fort de France.
  • La carte contredit l’intuition : la montagne et l’Est multiplient bien plus vite que le littoral méditerranéen.
  • Le facteur mesure la nouveauté de la chaleur, pas son intensité. Les deux lectures sont publiées ensemble.
  • Série calculée par AAP sur 76 ans de relevés Météo-France, données et méthode téléchargeables.

Pontarlier, 837 mètres d’altitude, dans ce Haut-Doubs réputé pour ses hivers rudes. Entre 1961 et 1990, la station y comptait moins de deux jours à 30 °C par an en moyenne, et certaines années aucun. Sur les dix dernières années, elle en compte 15,4.

Multiplié par neuf. Aucune station du littoral méditerranéen ne s’approche d’un tel facteur. C’est le résultat le plus contre-intuitif d’un simple comptage mené sur 76 ans de relevés quotidiens, département par département.

Ces relevés sont publics depuis peu : Météo-France a ouvert en janvier 2024 l’intégralité de ses données climatologiques de base, dont les températures maximales quotidiennes de chaque station depuis 1950. La référence utilisée ici est la normale 1961-1990, la période trentenaire de comparaison définie par l’Organisation météorologique mondiale, celle d’avant l’accélération du réchauffement, que Météo-France documente région par région.

La carte est à l’envers de l’intuition

Demandez autour de vous où la chaleur a le plus progressé : on vous répondra le Sud. La carte des facteurs dit l’inverse. Toulon, station la plus chaude de notre série, ne multiplie ses jours à 30 °C que d’un facteur inférieur à deux. Salon-de-Provence par 2,6. Pendant ce temps, Langres multiplie par 6,8, Chamonix par 5,6, le plateau du Haut-Doubs par 9.

Un lézard s’immobilise sur la table d’orientation surchauffée.
Un lézard s’immobilise sur la table d’orientation surchauffée.
Station1961-19902015-2024Facteur
Pontarlier (Doubs)1,715,4×9,1
Langres (Haute-Marne)2,517,1×6,8
Chamonix (Haute-Savoie)3,016,7×5,6
Nice3,916,2×4,2
Lille-Lesquin3,310,5×3,2
Salon-de-Provence25,666,4×2,6
Toulon28,748,9×1,7
Jours à 30 °C ou plus par an : décennie 2015-2024 comparée à la normale 1961-1990. Climat vécu AAP, calcul Actu Alt Plus sur les données quotidiennes Météo-France (BASE/QUOT), une station de référence par département, années à moins de 350 jours mesurés exclues. Méthode complète et données téléchargeables : page Climat vécu.

Série Climat vécu · 92 départements comparés · normale 1961-1990 vs décennie 2015-2024

La carte des multiplicateurs

Plus le rouge est sombre, plus la décennie 2015-2024 a multiplié les jours à 30 °C par rapport à 1961-1990. Le littoral méditerranéen, déjà chaud, multiplie peu ; la montagne et l’est explosent en relatif. Survolez un département pour son facteur et sa station.

Ain · ×2,69 (AMBERIEU)Aisne · ×3,79 (ST QUENTIN)Allier · ×2,55 (VICHY-CHARMEIL)Alpes-de-Haute-Provence · ×2,06 (ST AUBAN)Hautes-Alpes · ×3,85 (EMBRUN)Alpes-Maritimes · ×4,15 (NICE)Corse-du-Sud · non calculé : données Corse en cours d'intégrationHaute-Corse · non calculé : données Corse en cours d'intégrationArdèche · ×2,3 (ST-MARCEL ANNONAY)Ardennes · ×2,15 (JUNIVILLE)Ariège · ×2,41 (ST GIRONS)Aube · ×2,47 (ROMILLY)Aude · ×2,24 (CARCASSONNE)Aveyron · ×4,8 (SALLES CURAN)Bouches-du-Rhône · ×2,59 (SALON DE PROVENCE)Calvados · ×3,44 (ST GATIEN DES B)Cantal · ×2,32 (MASSIAC)Charente · ×2,25 (COGNAC)Charente-Maritime · ×2,6 (SAINTES)Cher · ×2,36 (BOURGES)Corrèze · ×4,27 (USSEL-LAMARTINE)Côte-d'Or · ×3,02 (DIJON-LONGVIC)Côtes-d'Armor · ×2,5 (PLOUMANAC'H)Creuse · ×3,12 (LA COURTINE)Dordogne · ×2,11 (LES EYZIES DE TAYAC)Doubs · ×9,06 (PONTARLIER)Drôme · ×2,28 (ST-SORLIN-EN-VA)Eure · ×2,13 (GUICHAINVILLE)Eure-et-Loir · ×3,27 (CHARTRES)Finistère · ×2,7 (LANVEOC)Gard · ×1,89 (ST CHRISTOL-LES-ALES)Haute-Garonne · ×2,16 (TOULOUSE-BLAGNAC)Gers · ×1,55 (MAUMUSSON)Gironde · ×2,53 (SAUTERNES)Hérault · ×3,37 (SETE)Ille-et-Vilaine · ×2,48 (RENNES-ST JACQUES)Indre · ×2,77 (CHATEAUROUX DEOLS)Indre-et-Loire · ×2,96 (TOURS)Isère · ×2,21 (MONESTIER)Jura · ×2,85 (DOLE)Landes · ×1,91 (MONT-DE-MARSAN)Loir-et-Cher · ×2,53 (ROMORANTIN)Loire · ×2,4 (ST ETIENNE-BOUTHEON)Haute-Loire · ×3,11 (LE PUY-CHADRAC)Loire-Atlantique · ×2,4 (NANTES-BOUGUENAIS)Loiret · ×2,76 (ORLEANS)Lot · ×2,38 (GOURDON)Lot-et-Garonne · ×2,37 (AGEN-LA GARENNE)Lozère · ×2,09 (FLORAC)Maine-et-Loire · ×3,57 (ST GEORGES GARD)Manche · ×3 (PTE DE LA HAGUE)Marne · ×2,52 (SOMMESOUS)Haute-Marne · ×6,84 (LANGRES)Mayenne · ×2,47 (PRE-EN-PAIL_SAPC)Meurthe-et-Moselle · ×3,88 (NANCY-ESSEY)Meuse · ×3,76 (ERNEVILLE AUX BOIS_SAPC)Morbihan · ×3,64 (ILE DE GROIX)Moselle · ×5,85 (PHALSBOURG_SAPC)Nièvre · ×3,2 (NEVERS-MARZY)Nord · ×3,18 (LILLE-LESQUIN)Oise · ×3 (BEAUVAIS-TILLE)Orne · ×2,35 (ALENCON)Pas-de-Calais · ×3,3 (BOULOGNE-SEM)Puy-de-Dôme · ×2,38 (CLERMONT-FD)Pyrénées-Atlantiques · ×1,95 (SOCOA)Hautes-Pyrénées · ×2,37 (TARBES-LOURDES-PYRENEES)Pyrénées-Orientales · ×2,15 (PERPIGNAN)Bas-Rhin · ×3,22 (STRASBOURG-ENTZHEIM)Haut-Rhin · ×3,06 (BALE-MULHOUSE)Rhône · ×2,98 (LYON-BRON)Haute-Saône · ×2,72 (LUXEUIL)Saône-et-Loire · ×4,96 (MT-ST-VINCENT)Sarthe · ×2,93 (LE MANS)Savoie · ×4,23 (BOURG ST MAURICE)Haute-Savoie · ×5,57 (CHAMONIX)Paris · ×3,08 (PARIS-MONTSOURIS)Seine-Maritime · ×4,25 (DIEPPE)Seine-et-Marne · ×2,81 (MELUN)Yvelines · ×3,53 (VILLACOUBLAY)Deux-Sèvres · ×1,97 (NIORT)Somme · ×3,76 (ABBEVILLE)Tarn · ×3,39 (LACAUNE)Tarn-et-Garonne · ×1,65 (CAYLUS)Var · ×1,7 (TOULON)Vaucluse · ×1,91 (ORANGE)Vendée · ×1,99 (LA MOTHE ACHARD)Vienne · ×2,75 (POITIERS-BIARD)Haute-Vienne · ×1,92 (NEXON)Vosges · ×2,57 (GERARDMER)Yonne · ×2,73 (SENS)Territoire de Belfort · ×4,11 (JONCHEREY)Essonne · ×3,02 (ORLY)Hauts-de-Seine · non calculé : pas de station de référence éligibleSeine-Saint-Denis · non calculé : pas de station de référence éligibleVal-de-Marne · ×2,4 (ST-MAUR)Val-d'Oise · ×2,77 (LE BOURGET)
< ×2×2 à 2,5×2,5 à 3×3 à 4> ×4non calculé (raison au survol)
Climat vécu AAP. Source : Météo-France, données climatologiques de base quotidiennes (BASE/QUOT, data.gouv.fr). Une station de référence par département ; jours où la température maximale a atteint 30 °C. Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis : aucune station éligible. Corse : en cours d’intégration. Critères et limites : la méthode de la série.

La raison tient dans le point de départ. À Toulon, 30 °C était déjà un jour d’été banal : on ne multiplie pas facilement ce qui est déjà là. À Pontarlier, à Langres, à Chamonix, c’était un événement, le genre de journée dont on se souvenait encore l’hiver suivant. Le facteur ne mesure donc pas l’inconfort : il mesure la nouveauté, la vitesse à laquelle un événement rare devient une habitude de calendrier.

La chaleur qui arrive là où elle n’existait pas

C’est la bascule que montrent ces chiffres. Dans la moitié sud, le changement climatique intensifie un été déjà chaud. En altitude et dans l’Est, il installe un été qui n’existait pas. Pontarlier vivait la chaleur comme une exception ; c’est devenu une saison. Quinze jours à 30 °C par an, c’est trois semaines de classe, de travail en extérieur ou de nuits difficiles dans des maisons pensées pour retenir la chaleur, pas pour l’évacuer.

Les deux lectures vont ensemble : le facteur est toujours publié avec les valeurs absolues. En jours de chaleur vécus, Salon-de-Provence écrase Pontarlier : 66 jours par an contre 15. En bouleversement du quotidien, c’est l’inverse. Il faut les deux pour situer un territoire : le niveau de chaleur, et la vitesse à laquelle il change.

Cette géographie inattendue a des conséquences très concrètes : les autorités sanitaires rappellent que la chaleur frappe plus durement les territoires qu’elle n’a pas façonnés, là où ni les logements, ni les écoles, ni les habitudes n’ont été conçus pour elle.

C’est aussi une carte de l’adaptation à venir. Dans ces territoires, le bâti est fait pour l’hiver, et les forêts d’altitude, épicéas en tête, encaissent des étés que leurs essences n’ont jamais connus. Reste un avantage : le changement y arrive avec quelques années de recul sur les régions déjà chaudes, et des solutions éprouvées ailleurs (végétalisation des cours d’école, protections solaires extérieures, horaires décalés) peuvent y être reprises au lieu d’être inventées dans l’urgence.

Ce qu’un comptage ne dit pas

La porte entrouverte de l’abri météo laisse voir le thermomètre.
La porte entrouverte de l’abri météo laisse voir le thermomètre.

Première limite, à connaître avant de citer un chiffre isolé. Les séries utilisées sont les relevés validés de Météo-France, mais elles ne sont pas corrigées des déplacements de stations ou des changements d’instruments au fil des décennies. L’ordre de grandeur d’ensemble est robuste, le réchauffement mesuré en France est l’un des plus rapides d’Europe, mais une valeur isolée, dans un département, peut porter la trace d’une histoire de station.

Le choix du seuil compte aussi. À 30 °C, le Sud sature : la journée chaude y est banale depuis toujours, et le facteur y paraît presque sage. La série publie donc un second seuil, 35 °C, où la géographie se réinverse complètement : Salon-de-Provence passe de 0,6 à 9,9 jours par an entre les deux périodes, Strasbourg de 0,3 à 4,1, Lille de 0,1 à 1,6. La très forte chaleur progresse partout en France, simplement pas à partir du même point de départ ni au même rythme. Aucun seuil unique ne raconte toute la France, et c’est précisément pour cela que la série en publie deux, côte à côte, dans le même fichier.

Enfin, une station n’est pas un département. Le chiffre de Chamonix dit la vallée, pas les sommets ; celui de Lille-Lesquin dit la plaine, pas la côte. Et deux départements, les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, n’ont aucune station assez ancienne pour la comparaison : ils restent blancs sur la carte, plutôt que remplis d’une estimation.

Retrouver le chiffre de chez vous

S’il ne fallait retenir qu’une mesure de cette série, ce serait celle-ci : en France, quand une station franchissait 30 °C trois fois par an entre 1961 et 1990, elle le fait aujourd’hui huit à dix fois. Pour connaître la vôtre, la série complète (96 stations de référence, deux seuils, 76 années) est téléchargeable librement sur notre page de méthode Climat vécu, avec la liste des stations et la formule du calcul. Chaque chiffre de cet article s’y recalcule en quelques lignes.

Choisissez votre département : le repère se place sur l’échelle nationale et les compteurs se mettent à jour.

×9,06Doubs : jours à 30 °C multipliés par
1,7 → 15,4jours/an, 1961-90 → 2015-24
1ᵉʳplus forte hausse sur 92
99 %des départements ont moins multiplié

L’affichage interactif demande JavaScript ; la médiane nationale est à ×2,71 et le tableau ci-dessus donne les valeurs clés.

Échelle logarithmique. Le département est choisi par le lecteur, jamais géolocalisé.

Cette publication est le premier rendez-vous d’une série au long cours. Chaque année en janvier, quand Météo-France consolide l’année écoulée, la série s’allonge d’un millésime : les facteurs bougeront, certains départements changeront de classe, et les étés récents trouveront leur place dans la profondeur des 76 ans plutôt que dans la mémoire courte des records.

Questions courantes

Pourquoi comparer à la période 1961-1990 ? C’est la normale trentenaire de référence recommandée par l’Organisation météorologique mondiale pour mesurer le changement climatique, car elle précède l’accélération du réchauffement des années 1990.

Un facteur ×9 signifie-t-il qu’il fait plus chaud à Pontarlier qu’à Toulon ? Non. Toulon connaît trois fois plus de jours à 30 °C que Pontarlier. Le facteur mesure l’évolution de chaque station par rapport à elle-même, pas le niveau de chaleur.

Pourquoi 30 °C et pas un seuil officiel de canicule ? 30 °C est un repère lisible par tous, pas un seuil sanitaire. Les définitions de vague de chaleur combinent températures diurnes et nocturnes sur plusieurs jours et varient selon les départements.

Les données de 2026 sont-elles incluses ? Non. L’année en cours est toujours exclue, même partiellement mesurée, car ses fichiers sont provisoires. La série s’arrête à la dernière année complète et consolidée, 2025.

Pourquoi publier aussi un seuil à 35 °C ? Parce qu’à 30 °C le Sud sature et le facteur y perd son sens. À 35 °C, la progression redevient lisible partout : Salon-de-Provence est passée de 0,6 à 9,9 jours par an entre les deux périodes.

La chaleur n’a pas seulement gagné en intensité. Elle a gagné des adresses, et les plus surprenantes sont à 800 mètres d’altitude, là où l’on gardait les pulls en juillet.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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