Un pot en céramique brisé posé sur la terre d’une fouille laisse échapper plusieurs centaines de monnaies d’argent romaines ternies, à côté d’une truelle et d’une réglette graduée.

Monnaie romaine : la carte des 4 millions de pièces dit d’abord où l’on a creusé

Deux économistes de São Paulo ont cartographié les vestiges d’environ 4 millions de monnaies romaines. Sur les 694 trésors du catalogue public qui les recense, 40 viennent de France : voici ce que cette carte mesure vraiment, et ce qu’elle laisse dans l’ombre.

Essai visuel

Un trésor romain, c’est une bourse enfouie un jour d’inquiétude et jamais reprise. Deux économistes de l’université de São Paulo, Eduardo Amaral Haddad et Inácio Fernandes Araújo, ont rassemblé ces oublis à l’échelle de la Méditerranée : les vestiges d’environ 4 millions de monnaies frappées entre 155 av. J.-C. et 2 apr. J.-C., posés sur une même carte pour suivre par où circulait l’argent de la République romaine. Leur étude est parue le 9 juin 2026 dans la revue Humanities and Social Sciences Communications.

La carte donne ce qu’on lui demande : des grappes statistiquement significatives, alignées sur les grands axes de circulation romains. Elle donne aussi autre chose, que l’enthousiasme fait souvent sauter. Une carte de trouvailles est d’abord une carte des endroits où l’on a cherché, puis publié. Et la base qui l’alimente le dit elle-même, en toutes lettres, sur sa page d’accueil.

Des bourses enterrées, pas des pièces perdues

Les monnaies de l’étude ne viennent ni des vitrines de musée ni des poêles à détection. Elles viennent de trésors : des dépôts enfouis, retrouvés en fouille ou par hasard, puis publiés. Le catalogue qui alimente le travail est Coin Hoards of the Roman Republic Online, né du fichier personnel de l’archéologue Kris Lockyear, à l’University College de Londres, bâti sur des publications et sur l’archive privée de Michael Crawford conservée au British Museum, puis mis en ligne avec l’American Numismatic Society.

Des mains gantées rangent une à une des monnaies d’argent antiques dans les cases d’un plateau de mousse quadrillé, sur une paillasse claire.
Le denier dentelé, à tranche crénelée, compte pour 7 446 des pièces recensées dans le catalogue.

Cette origine décide de tout ce qui suit. Un trésor n’est pas un échantillon de la monnaie en circulation : c’est ce qu’un ménage a jugé bon de mettre à l’abri, dans une région où l’on a fouillé, à une époque où quelqu’un a pris la peine d’en dresser la liste.

La base ne se prétend pas complète

Sa page d’accueil pose l’avertissement avant les données : le catalogue « n’a pas vocation à recenser de façon exhaustive les trésors de cette période ». Il porte encore la mention version 1 bêta, se diffuse sous licence Open Database, et son inventaire public affiche 694 fiches. Le corpus est donc un état de la publication savante, pas un état de l’argent romain.

Un tiroir d’un ancien fichier de bibliothèque en bois, ouvert sur des centaines de fiches cartonnées serrées, dans la lumière chaude d’une salle de lecture.
Chaque trésor du catalogue porte un code de trois lettres, hérité de l’époque où la base était un fichier personnel.

Pour un lecteur français, la question suivante vient toute seule. Sur les 694 trésors monétaires que la base publique CHRR met en ligne, 40 ont été trouvés sur le territoire de la France actuelle, soit 5,8 % du corpus, au relevé du 4 septembre 2026. Villette, Arbanats, Bourgueil, Bompas, Maillé, Beauvoisin, Bessan, Nice, Peyriac-sur-Mer : la liste entière tient sur une page.

Un tiers du corpus tient dans l’Italie

Le classement par pays de découverte n’a rien d’un hasard de terrain. L’Italie pèse 233 fiches, la Roumanie 148, l’Espagne 92, la France 40. La Grande-Bretagne en compte une seule, l’Allemagne douze. Ce palmarès raconte la géographie de la recherche numismatique européenne autant que celle des dépôts antiques.

L’Italie concentre un tiers des fiches et la France 5,8 % : ce classement mesure d’abord deux siècles de fouilles et de publications européennes, pas la densité réelle de l’argent romain. Le catalogue se déclare lui-même non exhaustif et garde ses étiquettes anciennes, Yougoslavie comprise, la Sicile étant comptée à part de l’Italie.
L’Italie concentre un tiers des fiches et la France 5,8 % : ce classement mesure d’abord deux siècles de fouilles et de publications européennes, pas la densité réelle de l’argent romain. Le catalogue se déclare lui-même non exhaustif et garde ses étiquettes anciennes, Yougoslavie comprise, la Sicile étant comptée à part de l’Italie.
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Le graphique se lit en une phrase : les quatre premiers pays réunissent 513 des 694 fiches, près des trois quarts du corpus, et la France y arrive quatrième.

Les huit premiers pays de découverte du catalogue CHRR, au relevé du 4 septembre 2026
Pays de découverte (étiquette CHRR)TrésorsPart du corpusPièces décrites
Italie23333,6 %67 761
Roumanie14821,3 %10 030
Espagne9213,3 %13 512
France405,8 %5 004
Bulgarie294,2 %1 487
Portugal294,2 %6 979
Yougoslavie233,3 %1 347
Sicile202,9 %2 290
Source : Coin Hoards of the Roman Republic Online, inventaire public. Les étiquettes de pays sont celles du catalogue, y compris Yougoslavie, et la Sicile y est comptée à part de l’Italie. Les pièces décrites ne couvrent que les 490 fiches qui publient une composition.

Le détail de ces compositions dit encore autre chose. Sur les 694 fiches, 490 publient le contenu de leur trésor, pour 114 925 pièces au total. Selon nos calculs, 105 097 d’entre elles sont des deniers d’argent, deniers dentelés compris, soit 91,4 % du corpus décrit. Le bronze, monnaie de la vie quotidienne et des petits achats, y tient pour 673 pièces, six dixièmes de pour cent. On n’enterre pas sa petite monnaie.

La conclusion des deux chercheurs ne dit pas que la monnaie a ignoré les légions, elle dit que les légions ne suffisaient pas. « L’expansion militaire introduisait la circulation monétaire, mais elle ne se consolidait que lorsque ces territoires étaient effectivement intégrés », explique Eduardo Amaral Haddad à l’agence de recherche brésilienne FAPESP, qui a financé les travaux.

Ce que l’armée apportait, ce sont des soldes et des fournisseurs. Ce qui faisait tenir la monnaie ensuite, selon le même entretien, ce sont des structures économiques, religieuses, administratives et civiques capables de créer une demande permanente de numéraire. L’article publié le formule plus sèchement : la distribution des pièces obéit à des logiques institutionnelles, où pèsent les centres administratifs, les zones militaires et les carrefours commerciaux.

Le temps travaille dans le même sens. Dans leurs régressions, le coefficient de distance, mesuré en jours de trajet sur le réseau de routes, de fleuves et de routes maritimes reconstitué par ORBIS, cesse d’être statistiquement significatif à partir de 115 av. J.-C. : à mesure que les infrastructures et la fiscalité se déploient, l’éloignement pèse de moins en moins sur la probabilité qu’une pièce frappée ici finisse enfouie là-bas.

Le corpus français, si mince soit-il, va dans ce sens sans rien démontrer. Vingt des quarante trésors français portent une date de clôture, et quatorze se ferment en 50 av. J.-C. ou après, une fois la Gaule conquise puis administrée. Bourgueil, Maillé et Mont Souvance, trois de ces trésors, se ferment tous après 20 av. J.-C., quand la Gaule est déjà province. Vingt dépôts ne font pas une preuve, et une date de clôture dit quand on a enfoui, pas quand la monnaie est arrivée.

AAP mesurait le 23 juillet 2026 que le seul site de Grand, dans les Vosges, avait livré 500 dés à jouer romains, et la villa gallo-romaine d’Auxerre continue de sortir de fouille préventive. Le mobilier romain ne manque pas sous nos champs. Ce sont les trésors républicains catalogués qui restent rares.

La base, elle, s’exporte : en CSV, en GeoJSON et en KML depuis son inventaire public, sous licence ouverte, chaque trésor identifié par un code de trois lettres que la page d’accueil demande de citer. C’est par là que la carte s’étendra, une fouille publiée à la fois.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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