Salle d’IRM d’un hôpital français, un manipulateur en tenue bleue de dos surveille l’examen depuis la vitre de commande

Utilise-t-on vraiment 10 % de son cerveau ? L’imagerie n’a jamais trouvé de zone éteinte

Le CNRS range les « 10 % » parmi les neuromythes et l’imagerie fonctionnelle n’a identifié aucune région cérébrale sans activité. Nous avons chiffré la facture que la croyance oblige à admettre : 420 à 520 kcal par jour pour un organe qui pèse 2 % du corps.

Sommaire
  1. Aucune zone éteinte, et pourtant pas tout en même temps
  2. Ce que la croyance coûterait en calories
  3. D’où vient ce chiffre de 10 %
  4. Questions courantes

Vérification

Vous utilisez 100 % de votre cerveau, et l’imagerie le montre depuis des décennies. Le CNRS range les « 10 % » parmi les neuromythes depuis janvier 2018, et les chercheurs « n’ont pas identifié de région cérébrale dans laquelle il n’y aurait aucune activité ou qui ne ferait partie d’aucun réseau », résume le laboratoire Speech Neurolab dans sa revue de l’imagerie fonctionnelle.

L’affirmation« Nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau »
Notre verdictFaux

Aucune zone éteinte, et pourtant pas tout en même temps

La nuance que la plupart des démentis laissent de côté tient en une ligne. Toutes les régions travaillent, mais pas toutes à plein régime au même instant : l’IRM fonctionnelle décrit des réseaux interconnectés qui se relaient selon la tâche. Même au repos, le réseau dit du mode par défaut continue de tourner, et l’écart de dépense énergétique entre une tâche attentive et le repos reste inférieur à 5 %.

La stimulation électrique d’une zone donne toujours une réponse mesurable, sans région dormante, rappelle la chaîne de vulgarisation Explora. L’autre preuve est clinique : il n’existe quasiment aucune zone dont une lésion resterait sans conséquence, argument que l’inventaire des réfutations du psychologue Barry Beyerstein place en tête. Un cerveau utilisé à 10 % encaisserait sans dommage la perte des neuf dixièmes restants.

Écrans d’un poste de travail de laboratoire affichant des cartes d’activation cérébrale colorées obtenues en IRM fonctionnelle
Entre le repos et une tâche attentive, la dépense d’énergie du cerveau varie de moins de 5 %.

Ce que la croyance coûterait en calories

Reste l’argument énergétique, le plus difficile à contourner. Le cerveau pèse 2 % du poids du corps et absorbe 20 % de la dépense énergétique en oxygène. Selon nos calculs, sur les apports de référence retenus par l’Anses (2 100 kcal par jour pour une femme, 2 600 pour un homme), cela place entre 420 et 520 kcal quotidiennes dans le seul entretien du cerveau d’un adulte en France, soit l’équivalent d’un repas.

La croyance laisse au repos neuf dixièmes du cerveau, quand l’imagerie fonctionnelle n’y trouve aucune région sans activité. Limite : « toutes les régions actives » ne veut pas dire « toutes actives en même temps », et le 100 % désigne la couverture des régions, pas une intensité.
La croyance laisse au repos neuf dixièmes du cerveau, quand l’imagerie fonctionnelle n’y trouve aucune région sans activité. Limite : « toutes les régions actives » ne veut pas dire « toutes actives en même temps », et le 100 % désigne la couverture des régions, pas une intensité.
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Le graphique oppose la croyance à la mesure. Le tableau ci-dessous fait le même travail sur la facture énergétique, poste par poste.

Le budget énergétique du cerveau, et ce que la croyance des 10 % obligerait à admettre. Sources : Speech Neurolab et fiche nutrition de l’Anses, conversions par nos soins.
IndicateurValeur
Part du poids du corps2 %
Part de la dépense énergétique en oxygène20 %
Coût quotidien chez un adulte en France (notre conversion)420 à 520 kcal
Coût à masse égale, rapporté à la moyenne du corps10 fois
Le même coût si un dixième seulement travaillait100 fois

La dernière ligne est le point de rupture. Faire tenir ces 20 % d’énergie dans 0,2 % du poids du corps reviendrait à entretenir un tissu cent fois plus vorace que la moyenne, pour n’en rien tirer. L’évolution n’entretient pas un organe aussi coûteux sans usage : la pression de sélection aurait produit un cerveau plus petit et plus sobre.

D’où vient ce chiffre de 10 %

Aucune publication scientifique ne le porte. Au début du XXe siècle, le psychologue William James écrit dans la revue Science que nous n’utilisons qu’une petite partie de nos ressources mentales, sans jamais avancer de pourcentage. Le développement personnel s’en charge : en 1936, Dale Carnegie attribue à James l’idée que « l’individu moyen ne développe que 10 % de ses capacités mentales latentes ».

Les autres pistes restent ouvertes. « Nous ne sommes pas certains des origines de ce mythe », explique Marion Rochet, doctorante en neurosciences à l’Inserm (unité Imagerie et Cerveau, à Tours) : une lecture victorienne des capacités latentes, une phrase prêtée à Einstein dont le CNRS écrit qu’il « n’existe aucune trace de preuves », et une confusion sur les cellules gliales, longtemps annoncées à 90 % du cerveau quand elles en représentent la moitié. Le cinéma a fait le reste, de « Limitless » en 2011 à « Lucy » en 2014, dont l’intrigue repose entièrement sur le mythe.

À table, la réponse tient en une question : demandez laquelle des régions du cerveau serait éteinte, et laquelle survivrait à une lésion sans dommage. Pour le reste, notre dossier cerveau range ce qui est établi et ce qui relève de la légende, et nos idées reçues sur les gauchers montrent que le réflexe se transpose ailleurs.

Questions courantes

Utilisons-nous vraiment 10 % de notre cerveau ?
Non. Le CNRS range cette idée parmi les neuromythes, et l’imagerie fonctionnelle n’a identifié aucune région cérébrale dépourvue d’activité ou n’appartenant à aucun réseau.

Toutes les régions du cerveau sont-elles actives en même temps ?
Non, et c’est la nuance que le mythe brouille. Les régions se relaient selon la tâche, mais aucune ne reste éteinte : l’écart de dépense énergétique entre le repos et une tâche attentive reste inférieur à 5 %.

D’où vient le chiffre de 10 % ?
D’une phrase de William James sur nos ressources mentales inexploitées, convertie en pourcentage par le développement personnel en 1936. Aucune trace ne rattache ce chiffre à Albert Einstein.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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