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On croyait le bleu des Morpho gravé dans l’aile, sauf qu’une chrysalide élevée à 35 °C donne un adulte plus terne. Une équipe du Smithsonian Tropical Research Institute, à Gamboa au Panama, l’a établi sur Morpho helenor en élevant des chrysalides sous trois régimes thermiques, dans une étude parue le 23 juillet 2026 dans PNAS Nexus (DOI 10.1093/pnasnexus/pgag243).
Ce papillon n’est pas seulement panaméen. Morpho helenor figure à l’Inventaire national du patrimoine naturel du Muséum, avec un seul territoire français où l’espèce est donnée présente : la Guyane. Le papillon du laboratoire panaméen appartient donc à la faune française, même si aucun individu guyanais n’a été élevé pour l’étude.
Trois boîtes climatiques, sept degrés d’écart
Le protocole tient en trois régimes. Un témoin tropical à 28 °C jour et nuit, un régime tempéré frais à 28 °C le jour et 14 °C la nuit, un régime chaud (les auteurs disent « hot house ») à 35 °C le jour et 28 °C la nuit. Entre le témoin et le régime chaud, une seule variable bouge : la température diurne, de sept degrés.
Les chercheurs ont mesuré la largeur des écailles, la distance entre les crêtes qui les strient, puis la réflectance des ailes dans l’ultraviolet (260 à 379 nanomètres) et dans le visible (380 à 700 nanomètres). Les écailles de couverture des adultes sortis du régime chaud sont plus étroites que celles du témoin chez les deux sous-espèces testées, la panaméenne et l’amazonienne. La distance entre crêtes se resserre elle aussi. Après le papillon de nuit qui sent avec ses ailes, l’aile de lépidoptère se confirme comme un organe de mesure.

Un oiseau ultraviolet ne voit plus l’iridescence
Le bleu du Morpho est une affaire d’architecture, pas de pigment. Les crêtes des écailles renvoient la lumière par interférence, et la teinte se déplace avec l’angle de vue. Resserrez cette architecture, la couleur bouge.
Les auteurs ont passé leurs spectres dans trois modèles de perception : un oiseau à vision violette, un oiseau sensible à l’ultraviolet et un congénère Morpho. La luminosité chute sur tout le spectre chez les papillons du régime chaud. Pour l’oiseau sensible à l’ultraviolet, l’effet iridescent s’efface : le spectre ne varie plus avec l’angle de vue. Aux yeux d’un autre Morpho, en revanche, l’iridescence tient.
Sept degrés de plus, ce n’est pas la Guyane de 2100
Reste à situer ces sept degrés pour un Morpho guyanais. La Guyane se réchauffe de 0,34 °C par décennie depuis 1967, soit 2,0 °C sur la période 1967-2024, selon le bilan de Météo-France Guyane. Le nombre de jours dépassant 35 °C y est passé de 2 par an en moyenne sur 1967-1999 à 15 après 2000.
Nous avons rapporté le protocole à ces trajectoires. Les 7 °C qui séparent le témoin du régime chaud valent 206 ans du réchauffement guyanais observé (7 divisé par 0,34 °C par décennie), et 2,8 fois la hausse de 2,5 °C que la trajectoire de référence pour l’adaptation projette en Guyane à l’horizon 2100, par rapport à la normale 1991-2020. Le « hot house » du laboratoire n’est donc pas un scénario guyanais proche : c’est un forçage extrême, calibré pour faire réagir la physiologie.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
La courbe met l’observé et le projeté sur la même échelle, et le palier de l’expérience sort du cadre. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs et le rapport que nous en tirons.
| Repère | Écart de température | Rapport au protocole (7 °C) |
|---|---|---|
| Observé 2015-2024 (Météo-France Guyane) | +0,4 °C | 17,5 fois moins |
| Projeté 2050 (trajectoire de référence) | +1,4 °C | 5,0 fois moins |
| Projeté 2100 (trajectoire de référence) | +2,5 °C | 2,8 fois moins |
| Régime chaud du laboratoire, le jour | +7,0 °C | référence |
Une réserve tient à la nature des chiffres : la courbe additionne une mesure de terrain et une projection de modèle, deux objets que l’on ne compare qu’en ordre de grandeur.
L’expérience ne dit pas que les Morpho de Guyane perdent leur bleu. Elle dit qu’une chaleur diurne soutenue pendant la nymphose modifie la nanostructure des écailles d’une espèce, en conditions contrôlées, sur deux sous-espèces d’Amérique centrale et d’Amazonie. Elle ne mesure ni l’acclimatation sur plusieurs générations, ni la sélection, ni ce que fait une canopée qui amortit les extrêmes.
Un chiffre du protocole mérite d’être lu à part. La mortalité des chrysalides monte de 41 % à 69 % chez la sous-espèce panaméenne, et de 21 % à 48 % chez l’amazonienne, entre le témoin et le régime chaud. Avant de ternir, un Morpho trop chauffé meurt plus souvent.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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