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Sommaire
Décryptage
Atlanta, 17 août. Un économiste de Georgia Tech, Casey Wichman, ressort des fiches de paie américaines un chiffre qui déplace la question des incendies : chaque journée passée sous un panache de fumée retire environ 0,1 % de leurs revenus trimestriels aux habitants d’un territoire, même quand les flammes brûlent à des centaines de kilomètres. L’étude qui porte ce chiffre, publiée en novembre 2024 dans la Review of Economics and Statistics, renverse l’ordre des dégâts : la flamme détruit des hectares, la fumée ampute des salaires, et c’est elle qui signe l’essentiel de la facture économique.
La question n’a rien de lointain. Fin juillet, la Gironde a vécu ses propres journées grises : plus de 220 000 personnes évacuées, un panache suivi jusqu’en Charente-Maritime, où la préfecture a déclenché une procédure pollution aux particules. Ce que ces journées ont coûté aux salaires français, personne ne le mesure encore.
En bref
- Un jour de fumée d’incendie en plus retire environ 0,1 % des revenus du trimestre, soit 5,20 dollars par habitant américain (Review of Economics and Statistics, novembre 2024).
- Les sorties d’emploi expliquent 13 % des pertes ; le reste passe par les heures non travaillées, la productivité et les dépenses locales.
- Les dommages sanitaires de la fumée pèsent de 11 à 130 milliards de dollars par an aux États-Unis, selon l’horizon d’exposition retenu.
- Nous avons converti cet effet pour la paie moyenne française : il vaudrait environ 8,20 euros par jour de fumée : un ordre de grandeur, pas une prévision.
Ce que les fiches de paie américaines révèlent
L’étude s’intitule « Air Pollution and the Labor Market: Evidence from Wildfire Smoke ». Signée par les économistes Mark Borgschulte, David Molitor et Eric Zou, elle est parue en novembre 2024 dans la Review of Economics and Statistics (vol. 106, n° 6, DOI 10.1162/rest_a_01243). La méthode tient en une phrase : superposer les panaches de fumée repérés par satellite au-dessus de chaque territoire américain et les statistiques trimestrielles d’emploi et de revenus de ces mêmes territoires. Le résultat aussi : un jour de fumée supplémentaire dans le trimestre réduit les revenus d’environ 0,1 %, soit 5,20 dollars par habitant sur un revenu trimestriel moyen de 5 359,70 dollars.
Cinq dollars par tête semblent dérisoires. Sauf que les jours de fumée se multiplient : une étude parue dans Nature en 2023, rappelée dans le pitch de Georgia Tech diffusé le 17 août 2026 via Newswise, calcule que la fumée des incendies a déjà effacé environ un quart des progrès de qualité de l’air accumulés aux États-Unis, et plus de la moitié dans nombre d’États de l’Ouest. Un air jugé sain se situe entre 0 et 50 sur l’indice AQI ; sous un panache, l’aiguille peut dépasser 500.
Qui perd, et par où l’argent s’évapore
Le canal le plus brutal est la sortie du marché du travail : les baisses d’emploi et les départs de la population active expliquent 13 % des pertes de revenus mesurées par l’étude. Tout le reste passe par des fuites plus discrètes. Des heures non travaillées, d’abord, quand chantiers, terrasses et livraisons tournent au ralenti. Une productivité qui fléchit, ensuite, y compris à l’intérieur des bâtiments : la pollution altère les capacités cognitives, un effet documenté jusque chez les arbitres de baseball, dont les erreurs d’arbitrage augmentent les jours pollués. Des dépenses locales qui s’évaporent, enfin : on ne sort plus, on ne consomme plus, et les heures des serveurs et des vendeurs fondent avec la fréquentation.

La charge n’est pas répartie équitablement. Le pitch de Georgia Tech le dit sans détour : les ménages modestes qui travaillent dans les services et les métiers de contact ne peuvent ni basculer en télétravail, ni se permettre de manquer une journée. Ceux qui livrent, servent ou construisent dehors respirent le panache en entier, et perdent deux fois : en santé et en salaire.
Une facture qui se compte en dizaines de milliards
Au-delà des salaires, la fumée génère une facture sanitaire que les chercheurs ont bornée, et l’écart entre le court et le long terme est la vraie leçon du graphique.

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L’exposition ponctuelle aux panaches coûte de 11 à 20 milliards de dollars par an en dommages sanitaires ; l’exposition répétée, année après année, de 76 à 130 milliards (en dollars de 2010) : hospitalisations, maladies respiratoires et cardiovasculaires, décès prématurés. Le tableau ci-dessous rassemble les ordres de grandeur à retenir.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Effet d’un jour de fumée en plus | -0,1 % des revenus du trimestre | REStat, nov. 2024 |
| En dollars, par habitant et par trimestre | -5,20 $ sur 5 359,70 $ | REStat, nov. 2024 |
| Part des pertes liée aux sorties d’emploi | 13 % | REStat, nov. 2024 |
| Dommages sanitaires, exposition courte | 11 à 20 Md$ par an (dollars 2010) | Science of the Total Environment, via Newswise |
| Dommages sanitaires, exposition longue | 76 à 130 Md$ par an (dollars 2010) | Science of the Total Environment, via Newswise |
| Équivalent sur une paie française moyenne | environ 8,20 € par jour de fumée | calcul AAP d’après Insee 2024 et REStat |
L’été où la France a respiré le même air
Revenons en Gironde, nuit du 25 au 26 juillet. Dans son point de situation, la préfecture décrit un feu poussé par des vents à 40 km/h, un pyrocumulonimbus observé à 20 heures, 55 000 habitants évacués préventivement dans cinq communes et plus de 220 000 personnes déplacées depuis le début du sinistre. Nous avions raconté la logistique d’accueil de ces évacuations ; le panache, lui, a voyagé bien au-delà du périmètre des flammes. Dès le 25 juillet, la préfecture de la Charente-Maritime déclenchait la procédure d’information et de recommandations pour les particules PM10 sur l’ensemble du département, en demandant aux personnes vulnérables de limiter déplacements et efforts physiques.

Même scénario au sud : début août, un feu de 100 hectares dans le massif des Corbières a confiné deux villages de l’Aude, un an après l’incendie géant de 2025 dans le même massif. La France sait désormais mesurer ces panaches en microgrammes, et conseiller le bon masque face aux PM2,5. Ce qu’elle ne mesure pas : leur trace sur les fiches de paie.
Ce que vaudrait un jour de fumée sur une paie française
Faisons le calcul que personne n’a posé. En 2024, un salarié du privé gagne en moyenne 2 733 euros net par mois en équivalent temps plein, selon l’Insee, soit 8 199 euros par trimestre. Si l’effet américain se transposait tel quel, un jour de fumée retirerait environ 8,20 euros du trimestre d’un salarié français moyen (0,1 % de 3 fois 2 733 euros, calcul AAP d’août 2026 d’après l’étude REStat et l’Insee) : un ordre de grandeur, pas une prévision.
Ce qui se transpose sans mal : la physiologie et la mécanique fine. Les particules PM2,5 agissent sur des poumons français comme sur des poumons californiens, et la baisse de productivité en intérieur ne connaît pas les frontières. Ce qui ne se transpose pas : le marché du travail. Le canal des sorties d’emploi, 13 % des pertes américaines, suppose des licenciements rapides et une faible couverture des arrêts, deux traits du salariat américain que le droit français amortit. L’effet hexagonal serait donc probablement plus faible, sans qu’on sache de combien, faute d’étude équivalente sur données françaises.
C’est précisément le trou dans la raquette. Les associations régionales de surveillance comptent les microgrammes, les préfectures déclenchent les procédures, mais aucun organisme ne relie encore les jours de panache aux revenus des territoires qui les subissent. Les chercheurs américains ont montré que la donnée existait déjà, dormante, dans les fichiers de paie. Les nôtres attendent.
Questions courantes
La fumée d’incendie est-elle dangereuse loin du feu ?
Oui. Les particules fines PM2,5 voyagent sur des centaines de kilomètres et l’indice de qualité de l’air peut passer de la zone saine (0 à 50) à plus de 500 sous un panache, sans qu’aucune flamme ne soit visible.
Comment un jour de fumée fait-il perdre de l’argent ?
Par quatre canaux mesurés aux États-Unis : des sorties d’emploi (13 % des pertes), des heures non travaillées, une productivité en baisse y compris en intérieur, et des dépenses locales qui chutent quand chacun reste chez soi.
Peut-on appliquer le chiffre américain à la France ?
Pas tel quel. La conversion donne environ 8,20 euros par jour de fumée sur une paie moyenne, mais le droit du travail français amortit le canal des sorties d’emploi, donc l’effet réel serait probablement plus faible. Aucune étude française ne l’a encore mesuré.
Que mesure la France pendant un épisode de fumée ?
Les concentrations de particules PM10 et PM2,5, via les associations régionales de type Atmo, et les préfectures déclenchent des procédures d’information ou d’alerte. L’impact économique sur les revenus, lui, n’est suivi par personne.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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