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On croyait le plastique biodégradable sorti d’un laboratoire, sauf que des bactéries en produisent depuis bien avant nous. Plus de 66 espèces animales portent l’enzyme capable de le découper, selon une étude publiée le 13 août 2026 dans Nature Ecology & Evolution. Le polymère en question porte un nom peu engageant, polyhydroxyalcanoate (PHA), et une fonction très simple : les micro-organismes le fabriquent pour mettre du carbone et de l’énergie en réserve.
Jusqu’ici, seuls les bactéries et les champignons étaient connus pour dégrader ces PHA de réserve, à l’aide d’enzymes appelées PHA dépolymérases (PHAD). Le travail de Caroline Zeidler et de ses collègues, à l’Institut Max Planck de microbiologie marine de Brême, montre que des animaux en possèdent aussi.
Un ver sans bouche ni intestin porte l’enzyme dans sa peau
Le point de départ est Olavius algarvensis, un ver marin des sédiments méditerranéens dépourvu de bouche et d’intestin : il se nourrit en digérant les bactéries symbiotiques qu’il héberge. Chez l’un de ces symbiotes dominants, les PHA représentent jusqu’à 42 % des réserves de carbone cellulaire. « L’un des symbiotes bactériens du ver stocke d’énormes quantités de carbone sous forme de PHA. Nous nous sommes demandé si le ver avait développé un moyen d’accéder à cette riche réserve d’énergie », explique Nicole Dubilier dans le communiqué de l’institut.
L’imagerie des ARN messagers localise l’enzyme dans l’épiderme du ver, c’est-à-dire à l’endroit exact où les symbiotes sont digérés. Les chercheurs ont ensuite élargi la recherche aux génomes disponibles : ils ont identifié des PHAD chez plus de 66 espèces animales pourvues d’un intestin, réparties dans neuf embranchements, et chez 19 espèces de protistes appartenant à trois grands supergroupes. Vers de terre, étoiles de mer, éponges et collemboles en font partie. De cette distribution, les auteurs déduisent que le dernier ancêtre commun des métazoaires possédait déjà des PHAD. C’est une inférence, pas une observation.

Ce que les auteurs se gardent d’affirmer
Le raccourci est tentant et il est faux. Ces animaux ne dégradent pas le plastique de nos bouteilles. Les PHA sont des polymères d’origine microbienne, sans parenté chimique avec le polyéthylène téréphtalate (PET) ou le polyéthylène (PE) tirés du pétrole. L’étude ne porte pas sur la pollution plastique et ne revendique nulle part une piste de dépollution : elle décrit une voie jusqu’ici insoupçonnée par laquelle les protistes et les animaux accèdent aux réserves de carbone microbien.
Les auteurs posent eux-mêmes la limite suivante : les données sur les concentrations de PHA et sur les vitesses de dégradation dans les milieux naturels restent rares. Personne ne sait donc encore quelle part du carbone marin transite par cette porte. AAP racontait le 15 juillet 2026 comment un autre ver marin fabrique sa mâchoire sans métal ni tissu vivant. Même leçon : la chimie du vivant précède souvent celle de nos usines, sans lui ressembler.
Biodégradable, compostable, ou ni l’un ni l’autre en mer
Reste la question que se pose tout lecteur devant un sac estampillé « compostable ». Un plastique n’est jamais biodégradable dans l’absolu : il l’est dans un milieu, à une température et dans un délai donnés. La fiche méthodologique du collège d’entreprises BeMed, publiée en janvier 2022, le formule sans détour : « La biodégradation n’aura donc pas la même rapidité qu’elle se déroule en mer, au sol, ou en compost industriel. » Et surtout : « Il n’existe à l’heure actuelle aucune norme de spécification pour le milieu marin. »
| Milieu visé | Norme applicable | Seuil de bioassimilation | Délai |
|---|---|---|---|
| Compost industriel | NF EN 13432 | plus de 90 % | moins de 6 mois |
| Compost domestique | NF T51-800 | plus de 90 % | moins de 12 mois |
| Milieu marin | aucune norme de spécification | sans objet | sans objet |
Ces seuils se mesurent en laboratoire, et c’est le second angle mort : BeMed rappelle que les conditions d’essai ne sont pas celles du milieu marin, où la biodégradation se joue autour de 25 °C. L’ADEME a tranché dans un avis publié en mai 2023 : les emballages en plastique compostables « ne constituent pas une solution à la dispersion du plastique dans l’environnement et présentent finalement peu d’intérêt ». L’agence relève que des morceaux de plastique de quelques millimètres peuvent subsister une fois les délais normalisés écoulés.
Le droit français, lui, a coupé court. L’article L541-9-1 du code de l’environnement interdit de faire figurer sur un produit ou un emballage les mentions « biodégradable », « respectueux de l’environnement » ou toute autre mention équivalente. Un industriel peut revendiquer une conformité à la NF EN 13432 ; il ne peut pas coller le mot « biodégradable » sur sa barquette.
Reste l’ordre de grandeur, et il remet le sujet à sa place. Polyvia, l’organisation professionnelle de la plasturgie française, chiffre la production mondiale de bioplastiques à 2,11 millions de tonnes en 2018, soit 1 % des volumes de polymères produits chaque année dans le monde, et précise que 43,2 % seulement de ces bioplastiques sont biodégradables. Nous avons croisé ces deux parts : les bioplastiques réellement biodégradables pesaient 0,43 % de la production mondiale de polymères en 2018, soit environ une tonne sur 231. Le reste de nos déchets plastiques est fossile, et aucune enzyme de ver de terre n’y changera quoi que ce soit. « Les animaux se nourrissent probablement du bioplastique originel de la nature depuis des centaines de millions d’années », résume Maggie Sogin, coautrice de l’étude.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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