Des manchots papous au bec orange sur une plage de sable noir battue par le vent, devant des montagnes enneigées.

Kerguelen : la France abrite une espèce de manchot que personne n’avait nommée

Une équipe internationale a scindé le manchot papou en quatre espèces et décrit la dernière aux îles Kerguelen. Deux des quatre nichent dans des districts français, à Kerguelen et à Crozet.

64 génomes de manchots papous ont suffi à couper une espèce en quatre. Le 23 avril 2026, dans Communications Biology, une équipe internationale menée depuis le Chili et Berkeley a décrit une espèce entièrement nouvelle aux îles Kerguelen : Pygoscelis kerguelensis. Les trois lignées jusque-là classées en sous-espèces montent au rang d’espèces pleines.

Deux des quatre espèces de manchots papous reconnues le 23 avril 2026 par Communications Biology nichent dans des districts français, à Kerguelen et à Crozet : elles totalisent 11 % des manchots papous de la planète, colonies de Heard, Marion et Macquarie comprises. Personne n’avait posé de nom sur celle de Kerguelen.

Citer ce chiffre

Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :

Une espèce peut se cacher dans une autre

Dix colonies, de la péninsule Antarctique aux Malouines : l’équipe a séquencé le génome complet de 64 oiseaux. Elle en a tiré 9 158 384 variants d’un seul nucléotide. Les indices de différenciation entre colonies éloignées se situent entre 0,1 et 0,3, avec très peu d’échanges de gènes. L’ancêtre commun des quatre lignées remonte au Pléistocène moyen, autour de 800 000 ans. Même bavette blanche, même dos noir.

Pygoscelis kerguelensis a un bec de 53,96 mm en moyenne, soit la largeur d’une carte bancaire. À l’œil, seules de légères différences de taille et de cri distinguent les lignées, et la taille joue à l’envers de la règle de Bergmann : les oiseaux des régions les plus froides sont les plus petits. Ces mesures viennent de spécimens de musée, repris collection par collection.

Tiroir de collection d’un muséum ouvert sur des peaux d’oiseaux marins conservées côte à côte, étiquettes attachées aux pattes.
La morphométrie des quatre espèces a été reprise sur des spécimens de musée.

Le communiqué de Berkeley y voit la première espèce de manchot nommée depuis plus de cent ans. L’étude rappelle pourtant qu’un manchot papou de Géorgie du Sud, Pygoscelis poncetii, avait été décrit en 2020 : elle le ramène au rang de sous-espèce. « Il n’existe probablement aucune espèce de manchot dont la taxinomie ait été plus débattue que le manchot papou », dit Rauri Bowie, professeur de biologie intégrative à Berkeley et l’un des auteurs seniors de l’étude.

Quatre gènes portent des signaux de sélection chez la lignée du sud-est : GRM1, GRM8, GRIN2A et CADPS2, tous liés à l’apprentissage du chant chez les oiseaux. C’est là que se logent les différences de cris. Ailleurs, la sélection a travaillé sur d’autres fronts. La lignée du sud porte des gènes de thermorégulation et de stockage des graisses. Celle de l’est porte des gènes d’angiogenèse et de transport de l’oxygène, la marque d’une plongée plus efficace.

Et chez nous ?

Kerguelen et Crozet, deux districts de la réserve australe

Les Kerguelen relèvent des Terres australes et antarctiques françaises, et leurs colonies de manchots sont couvertes par une réserve naturelle nationale. Elle a été créée par le décret du 3 octobre 2006. Sa surface atteint 1 662 000 km² après les extensions de 2016 et 2022. Le manchot papou figure à l’inventaire des oiseaux de la réserve.

La nouvelle espèce des Kerguelen pèse 9 % des manchots papous du monde. Crozet est un autre district de la même réserve. Il abrite la lignée de l’est, Pygoscelis taeniata, présente aussi à Marion et à Macquarie : 2 % de l’effectif mondial. Une équipe de l’Université de Strasbourg a participé au travail, aux côtés de laboratoires australiens, sud-africains, britanniques, argentins et brésiliens.

Quatre espèces, quatre trajectoires en 2050

Les modèles de distribution tournent sur le scénario climatique intermédiaire RCP 4.5, à l’horizon 2050. Le résultat sépare nettement les quatre espèces.

Aire de reproduction, part de l’effectif mondial et habitat favorable projeté en 2050 (RCP 4.5). Source : Communications Biology, 23 avril 2026.
EspèceColonies de reproductionPart de l’effectif mondialHabitat favorable en 2050
Pygoscelis ellsworthi (sud)Péninsule Antarctique, Orcades du Sud, Shetland du Sud, Géorgie du Sud65 %Expansion modérée, environ + 9 %
Pygoscelis papua (nord)Malouines/Falkland, île Martillo24 %Contraction sévère
Pygoscelis kerguelensis (sud-est)Kerguelen (France), Heard (Australie)9 %Contraction sévère, reliquat possible vers Heard
Pygoscelis taeniata (est)Crozet (France), Marion, Macquarie2 %Contraction sévère

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe encore le manchot papou en préoccupation mineure. Ce statut global est tiré vers le haut par la lignée du sud, qui rassemble 65 % des oiseaux. L’effectif mondial a progressé d’environ 11 % depuis 2013, surtout grâce à ses colonies de la péninsule Antarctique. Les auteurs demandent une évaluation séparée pour chaque espèce, des suivis dédiés et des recensements de colonies remis à jour.

Un statut par espèce change les ordres de grandeur. Évalué seul, le manchot du Cap n’aligne plus que 19 800 adultes sauvages : AAP en donnait le compte le 5 septembre 2026.

Le spécimen de référence de la nouvelle espèce a été collecté aux Kerguelen le 31 décembre 1897, par Robert Hall. C’est un mâle adulte, catalogué SKIN 525824 à l’American Museum of Natural History. Cent vingt-huit ans entre la peau et le nom.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Grippe et Covid : la campagne s’ouvre le 13 octobre, et un seul rendez-vous suffitGrippe et Covid : la campagne s’ouvre le 13 octobre, et un seul rendez-vous suffit
  2. 2Ballon d’or : qui est le journaliste français qui vote, et combien pèse sa voixBallon d’or : qui est le journaliste français qui vote, et combien pèse sa voix
  3. 3Mont Royal, 3 803 m de dénivelé aux Mondiaux de MontréalMont Royal, 3 803 m de dénivelé aux Mondiaux de Montréal
  4. 4Prime du champion du monde de cyclisme : 8 000 € pour McNultyPrime du champion du monde de cyclisme : 8 000 € pour McNulty
  5. 5100 journalistes, un par pays, et le barème qui décide vraiment du Ballon d’Or100 journalistes, un par pays, et le barème qui décide vraiment du Ballon d’Or

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 431