
Sommaire
Décryptage
3 heures : c’est tout le temps que le gouvernement indien a laissé à GitHub, le 23 juillet 2026, pour effacer Bitchat, une messagerie qui fonctionne sans carte SIM, sans box et sans le moindre serveur. En remontant le fil de ses apparitions, nous avons compté au moins six pays où cette application a resurgi au rythme des coupures d’internet et des blocages, de l’Iran au Népal. Une appli qu’un État efface en trois heures mais qui continue de circuler de téléphone en téléphone : c’est tout le paradoxe que cette affaire met à nu.
En bref
- En retraçant ses réapparitions, nous avons recensé au moins six pays (Inde, Chine, Népal, Madagascar, Ouganda, Iran) où Bitchat a servi pendant des coupures ou des blocages, d’après les signalements compilés par crypto.news.
- L’ordre indien, émis par l’agence anti-cybercriminalité I4C rattachée au ministère de l’Intérieur, a exigé le retrait de 3 dépôts de code sous 3 heures, au nom de la sécurité nationale.
- Bitchat relaie les messages de téléphone à téléphone par Bluetooth, jusqu’à 7 relais de proche en proche, sans jamais passer par internet.
- Retirer le code de GitHub ne l’efface pas : les copies déjà installées continuent de fonctionner, et l’Internet Freedom Foundation juge la mesure inconstitutionnelle.
Une messagerie qui survit à sa propre interdiction, un État qui somme une plateforme américaine d’agir en trois heures : derrière l’anecdote, c’est le bras de fer entre les gouvernements et le code libre qui se joue. Nous avons ouvert le dossier : comment marche Bitchat, pourquoi l’Inde la craint, et ce qu’une telle mesure peut vraiment atteindre.
Une messagerie qui parle sans réseau
Bitchat n’a besoin d’aucune antenne. L’application, portée par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, fait circuler les messages directement d’un téléphone à l’autre grâce au Bluetooth, sans opérateur ni internet au milieu.
Le principe est celui d’un réseau maillé : chaque téléphone sert de relais au suivant. Votre message saute ainsi de voisin en voisin, jusqu’à sept relais de proche en proche, comme un mot que l’on se passe de main en main dans une salle de classe. Tant qu’il reste des appareils à portée de Bluetooth, la chaîne tient, même quand le réseau mobile est coupé.
Côté confidentialité, Bitchat chiffre les conversations privées de bout en bout, se passe de numéro de téléphone et propose même un effacement d’urgence. Quand un réseau existe malgré tout, elle peut basculer sur le protocole décentralisé Nostr, comme le détaille crypto.news. C’est exactement ce qui la rend précieuse lors d’une manifestation ou d’une catastrophe, et suspecte aux yeux d’un pouvoir.

Pourquoi trois heures ont suffi
L’ordre est parti d’un contexte très précis. Le 23 juillet, en marge d’une contestation étudiante à New Delhi, les autorités ont coupé l’internet mobile dans un rayon d’un kilomètre et demi autour de Jantar Mantar, de 16 heures à minuit. Privés de réseau, certains manifestants se sont tournés vers des messageries Bluetooth.
Dans la foulée, l’Indian Cyber Crime Coordination Centre, l’agence anti-cybercriminalité rattachée au ministère de l’Intérieur, a sommé GitHub, propriété de Microsoft, de rendre trois dépôts de Bitchat inaccessibles. Motif invoqué : l’anonymat de l’appli, l’absence d’inscription et de numéro, qui entravent l’interception et l’identification des utilisateurs. La notice s’appuyait sur l’article 79 de la loi indienne sur les technologies de l’information, un texte de 2000 complété par des règles de 2021.
C’est Jack Dorsey lui-même qui a rendu la demande publique, le 24 juillet, en publiant la notice sur X : selon lui, le gouvernement indien n’aime pas les technologies comme Bitchat et veut la faire disparaître.
L’ordre indien, en chiffres
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Délai laissé à GitHub pour agir | 3 heures | crypto.news |
| Dépôts de code visés | 3 | crypto.news |
| Relais Bluetooth possibles sans internet | jusqu’à 7 | crypto.news |
| Rayon de la coupure autour de Jantar Mantar | 1,5 km | crypto.news |
| Durée de la coupure mobile (le 23 juillet) | 8 heures (16 h à minuit) | crypto.news |
| Article de loi invoqué | article 79 (loi de 2000) | crypto.news |
| Pays où Bitchat a resurgi lors de crises | au moins 6 | compilation AAP |
| Copies déjà installées désactivées par le retrait | 0 | Internet Freedom Foundation |
Tableau Actu Alt Plus. Source : crypto.news (24 juillet 2026) et Internet Freedom Foundation. Un État peut retirer un code d’une plateforme en trois heures ; il ne peut pas rappeler les copies déjà dans les poches.
Ce qu’un État efface, et ce qu’il ne peut pas
Effacer Bitchat de GitHub ne l’éteint pas. Le retrait rend le code source plus difficile à télécharger depuis la plateforme, mais il ne désactive aucune des applications déjà installées sur les téléphones, et laisse intactes les copies hébergées ailleurs.
C’est tout l’argument de l’Internet Freedom Foundation, qui a qualifié la mesure d’inconstitutionnelle et autoritaire. L’organisation rappelle, en s’appuyant sur une décision de la Cour suprême indienne, que l’article utilisé ne confère pas un pouvoir de blocage général, et que la notice vise tout un projet logiciel sans désigner le moindre contenu illégal précis. Un juriste spécialisé cité par la presse indienne va dans le même sens.
Le plus parlant, c’est la trajectoire de l’appli. En retraçant ses apparitions, nous comptons au moins six pays où Bitchat a servi de bouée de secours au gré des coupures et des blocages : la Chine, qui a fait retirer l’appli de l’App Store en avril, mais aussi le Népal, Madagascar, l’Ouganda et l’Iran, chaque fois lors de manifestations ou de perturbations du réseau. Un outil qu’on interdit dans un pays ressurgit dans le suivant.

Et pour nous, en France ?
La question n’est pas si lointaine. Les messageries maillées ne servent pas qu’aux manifestants : elles brillent aussi quand le réseau tombe, après une tempête, une inondation ou une panne majeure, là où un SMS classique reste bloqué.
En France, les coupures d’internet décidées par l’État sont rares et strictement encadrées, mais le fond du débat, lui, est bien présent : jusqu’où protéger le chiffrement et l’anonymat, et jusqu’où permettre aux enquêteurs d’y accéder ? C’est la même tension qui traverse les discussions européennes sur les messageries chiffrées et sur la responsabilité des plateformes. La légalité des outils de contournement, comme le rappelle notre article sur le fait de contourner un géoblocage par VPN, se joue exactement sur cette ligne de crête.
L’affaire Bitchat rappelle une vérité têtue du numérique : un logiciel libre, une fois diffusé, ne se range pas dans un tiroir sur ordre. On peut compliquer son accès, pas rembobiner sa circulation. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon, autant pour les États que pour ceux qui, un jour de panne, chercheront comment se parler quand plus rien ne répond. La preuve, au passage, qu’un incident de sécurité comme celui du cadastre roumain effacé par un pirate et une messagerie qu’on n’arrive pas à effacer racontent, à l’envers, la même fragilité de nos infrastructures.
Questions courantes
Qu’est-ce que Bitchat ?
Une messagerie portée par Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, qui fait circuler les messages de téléphone à téléphone par Bluetooth, sans réseau mobile, sans internet et sans serveur central.
Pourquoi l’Inde veut-elle la faire retirer ?
L’agence anti-cybercriminalité I4C, rattachée au ministère de l’Intérieur, invoque la sécurité nationale : l’anonymat de l’appli et l’absence d’inscription empêchent, selon elle, l’interception et l’identification des utilisateurs.
GitHub a-t-il vraiment eu trois heures ?
Oui. La notice du 23 juillet 2026, publiée par Jack Dorsey sur X, demandait à GitHub de rendre trois dépôts de code inaccessibles dans un délai de trois heures.
Retirer le code suffit-il à supprimer l’appli ?
Non. Le retrait complique le téléchargement du code, mais ne désactive pas les copies déjà installées sur les téléphones ni celles hébergées ailleurs. Une messagerie maillée ne s’éteint pas d’un seul geste.
Comment marche un réseau maillé Bluetooth ?
Chaque téléphone relaie le message au suivant, jusqu’à sept relais de proche en proche. Tant qu’il reste des appareils à portée, la chaîne tient, même quand le réseau mobile est coupé.
Bitchat a-t-elle déjà été utilisée ailleurs ?
Oui. Nous avons recensé au moins six pays où elle a resurgi lors de crises : Chine, Népal, Madagascar, Ouganda, Iran et désormais Inde, souvent pendant des manifestations ou des coupures de réseau.
Un tel blocage serait-il possible en France ?
Les coupures d’internet ordonnées par l’État sont rares et très encadrées en France. Mais le débat de fond sur le chiffrement, l’anonymat et la responsabilité des plateformes, lui, est bien présent, en France comme au niveau européen.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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