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Publié le 19 juin 2026 · Mis à jour le 20 juin 2026 à 5h36
La balle claque, rebondit, repart. Autour de la table, des mains qui tremblaient une minute plus tôt retrouvent le geste, et les sourires reviennent avec lui. À Cormelles-le-Royal, près de Caen, une centaine de personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont repris la raquette ce week-end pour le quatrième Open National Parkinson de tennis de table. Un rendez-vous qui ressemble à une fête, et qui cache en réalité une petite révolution de santé publique.
En bref
- 78 clubs proposent en France une offre dédiée Parkinson et 236 une offre « Ping santé », encadrées par plus de 200 moniteurs « ping sur ordonnance » formés depuis 2020 (FFTT).
- Le 4e Open National Parkinson se tient les 20 et 21 juin 2026 à Cormelles-le-Royal (Calvados), avec une centaine de joueurs touchés par la maladie.
- La Fédération française de tennis de table a fait de la santé sa « grande cause fédérale 2026 », en partenariat avec France Parkinson depuis 2021.
- Un appel à projets national doté de 100 000 euros doit accompagner 60 à 80 clubs supplémentaires d’ici l’été.
Pourquoi la raquette aide vraiment
Le tennis de table coche, presque par accident, les cases d’une bonne rééducation. Il demande de la coordination œil-main, de l’équilibre, de la vitesse de réaction et de l’anticipation : exactement les fonctions que la maladie de Parkinson grignote au fil des années. Le tout sans en avoir l’air. On vient jouer, pas faire ses exercices, et c’est sans doute là tout le secret.
Ce n’est pas une intuition de coach. France Parkinson et la fédération défendent cette pratique depuis plusieurs années pour entretenir la motricité, et tout autant le moral. Le tennis de table est d’ailleurs reconnu dans le Médicosport-Santé, le référentiel médical des disciplines, depuis 2013. La maladie de Parkinson concerne aujourd’hui environ 270 000 personnes en France selon France Parkinson, et la rééducation par le mouvement figure parmi les rares leviers qui ralentissent durablement la perte d’autonomie. Une raquette ne remplace pas un traitement, mais elle prolonge ses effets là où le quotidien, lui, a tendance à les rogner.

Car c’est l’autre moitié de l’histoire : une maladie qui isole, et une salle où l’on se retrouve. Les joueurs le résument à leur façon. On vient pour la balle, on reste pour les autres. Nous l’oublions souvent, mais la solitude pèse autant que les symptômes dans le quotidien d’un malade chronique.
Le club qui accueille l’Open, à Cormelles-le-Royal, n’a rien d’un cas isolé : plus de 200 licenciés, un entraîneur à plein temps soutenu par la commune, et une politique d’accueil très large, du handicap au sport adapté en passant par la réinsertion. C’est ce terreau patiemment construit qui permet d’organiser une compétition nationale, et pas une simple animation de fin de saison. Pendant deux jours, des joueurs venus de toute la France y échangent balles, conseils et adresses de clubs, sous le regard de proches et de soignants. Pour beaucoup, c’est le seul rendez-vous de l’année où la maladie passe au second plan, derrière le score.
Un réseau qui se construit, club par club
Derrière l’Open, il y a un dispositif national qui monte en puissance. La santé est devenue la grande cause de la fédération en 2026, avec le soutien du Crédit Mutuel, un partenariat France Parkinson noué dès 2021 et un Open créé en 2022. Les chiffres dessinent un maillage qui s’étend bien au-delà du Calvados.

Concrètement, un médecin peut orienter un patient vers une activité physique adaptée. Le club, lui, dispose d’un encadrant formé pour l’accueillir sans risque et doser l’effort, séance après séance. Le dispositif reste jeune et inégalement réparti sur le territoire, mais il transforme peu à peu un sport de loisir en relais de soin reconnu. Depuis 2020, plus de 200 moniteurs ont été spécifiquement formés au « ping sur ordonnance », auxquels s’ajoutent plus de 350 animateurs « Ping santé Bien-être » formés depuis 2018.
L’idée d’un sport prescrit n’a donc plus rien d’exotique. La fédération l’assume comme une mission de service public, et le tennis de table n’est d’ailleurs pas seul concerné : depuis la loi de 2016 sur le sport sur ordonnance, des dizaines de disciplines se sont ouvertes aux malades chroniques. Le ping a simplement su transformer l’essai plus vite que d’autres, en s’appuyant sur un atout tout bête : une table tient dans n’importe quelle salle des fêtes.
La fédération le reconnaît elle-même dans un webinaire dédié à son appel à projets : l’enjeu n’est plus de prouver les bienfaits du ping, c’est fait, mais d’aider les clubs à s’équiper et à former leurs encadrants. Une nuance qui en dit long sur la maturité du sujet.
Après Parkinson, d’autres tables
La fédération décline aujourd’hui la même logique pour d’autres pathologies. Des modules existent pour Alzheimer, où 42 clubs accueillent déjà des pratiquants, et de nouvelles actions se montent autour de la BPCO, cette maladie respiratoire chronique qui touche plus de trois millions de Français. À chaque fois, le principe reste le même : transformer une discipline de loisir en outil de soin, sans blouse ni salle d’attente, juste une table et un adversaire bienveillant.
L’ambition affichée pour 2026 est d’élargir encore le réseau. L’appel à projets de 100 000 euros, soutenu par le Crédit Mutuel, doit aider 60 à 80 clubs de plus à ouvrir des créneaux santé d’ici l’été, avec une aide de 1 000 à 1 500 euros par projet. De quoi rapprocher un peu plus la table de ping-pong, équipement banal de toute salle municipale, du parcours de soin de milliers de patients.

À Cormelles, ce week-end l’a montré mieux qu’un long discours. Sur le score, certains gagnent, d’autres perdent. Sur l’essentiel, tout le monde repart vainqueur, la maladie reléguée le temps d’un échange à sa juste place : un adversaire de plus, pas le seul.
Questions courantes
En quoi le ping-pong aide-t-il contre Parkinson ?
Réponse courte : il sollicite coordination, équilibre, réflexes et anticipation, soit les fonctions touchées par la maladie, tout en maintenant le lien social, sous forme de jeu plutôt que d’exercice.
Qu’est-ce que le « ping sur ordonnance » ?
Réponse courte : une pratique encadrée par des moniteurs spécialement formés, proposée sur orientation médicale aux personnes atteintes d’affections de longue durée.
Où pratiquer ?
Réponse courte : 236 clubs proposent une offre « Ping santé » en France, dont 78 avec un volet spécifique Parkinson. La liste est tenue à jour par la fédération.
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