
Un femtoseconde, c’est un millionieme de milliardieme de seconde. C’est la duree d’une impulsion lumineuse produite par les lasers ultrarapides, des machines qui occupent jusqu’ici des tables de laboratoire entieres et coutent des centaines de milliers d’euros. Ces lasers servent a tailler la cornee lors d’une operation de la vue, a faire tourner les horloges atomiques qui calibrent votre GPS, et a usiner des pieces de precision invisibles a l’oeil nu. L’equipe du professeur Tobias Kippenberg a l’EPFL (l’Ecole polytechnique federale de Lausanne, en Suisse) vient de faire tenir tout ce systeme sur une puce de la taille d’une tete d’allumette, publie dans Nature le 3 juin 2026.
La performance est nette : impulsions de 147 femtosecondes, energie de 1,05 nanojoule. Des chiffres qui rivalisent avec les grands lasers de table, mais depuis un composant que l’on peut fabriquer en serie comme un microprocesseur. Pour les equipes de photonique francaises, notamment au CNRS et dans les labos de Bordeaux ou Grenoble tres actifs sur ces technologies, c’est une reference qui va changer les benchmarks.

Comment on fait tenir 42 centimetres de chemin optique sur une puce ?
Un laser fonctionne en faisant rebondir la lumiere dans une cavite jusqu’a ce qu’elle s’amplifie et se synchronise. Pour un laser femtoseconde classique, cette cavite mesure souvent plusieurs dizaines de centimetres de fibre optique, ce qui explique l’encombrement. La puce photonique, elle, guide la lumiere dans des canaux microscopiques graves dans un materiau : c’est la photonique integree, l’equivalent pour la lumiere de ce que le circuit imprime est pour l’electricite.
Le probleme, c’est que quand on comprime la lumiere dans des canaux aussi etroits, elle interagit fortement avec elle-meme : des effets non lineaires apparaissent et destabilisent les impulsions dans la plupart des architectures de laser. C’est ce verrou que Kippenberg et son equipe ont contourne en utilisant un design jusque-la neglige : l’oscillateur Mamyshev. Dans cette architecture (du nom du physicien Pavel Mamyshev qui l’a proposee), la cavite laser place un guide d’onde non lineaire entre deux filtres optiques qui laissent passer des plages de couleurs differentes. Une impulsion forte s’elargit spectralement en traversant le guide d’onde et peut franchir les deux filtres ; une impulsion faible, elle, ne s’elargit pas assez et est eliminee. Le systeme selectionne naturellement les impulsions intenses et stables, precisement celles que l’on veut.
La cavite complete mesure 42 centimetres de long, mais elle est repliee sur une puce en nitrure de silicium dope a l’erbium, un materiau bien connu des fabricants de fibres optiques. Le tout occupe a peu pres la surface d’une tete d’allumette, et peut etre produit en serie sur des tranches de silicium exactement comme des puces electroniques : plus de 1 000 cavites laser par tranche, selon l’equipe de l’EPFL relayee par EurekAlert.

Qu’est-ce que ca change pour vous ?
Concretement, les lasers femtosecondes (« femto » = 10 puissance -15, soit un millionieme de milliardieme) sont aujourd’hui reserves aux hopitaux equipes, aux grands labos industriels et aux centres de metrologie. Leur cout et leur encombrement les excluent des cabinets medicaux de ville, des appareils portables de diagnostic, et des dispositifs embarques dans les satellites ou les vehicules autonomes.
Un laser femtoseconde sur puce change cette equation. Pensez a la chirurgie de la cornee : actuellement, les lasers femtosecondes permettent des decoupes d’une precision au micron, mais l’equipement necessite une salle dediee. Une puce photonique ultrarapide et bon marche pourrait a terme s’integrer dans des dispositifs de diagnostic ophtalmologique portables. Pour les horloges atomiques optiques, qui constituent la prochaine generation de precision pour le GPS (mille fois plus precis que les standards actuels), la miniaturisation est un pre-requis absolu pour le deploiement dans des systemes embarques. Des equipes du CNRS et de l’Observatoire de Paris travaillent precisement sur ces horloges de nouvelle generation, et ce type de composant est l’un des maillons manquants.
L’equipe a aussi travaille avec le HZDR, le centre Helmholtz de Dresde-Rossendorf en Allemagne, pour caracteriser les performances du dispositif. Il reste des etapes avant une commercialisation : les puissances de crete atteignent des niveaux de kilowatts, utiles pour les applications exigeantes, mais la robustesse en conditions reelles et la duree de vie du composant devront etre validees. Ce que l’article publie dans Nature etablit, c’est que le probleme de principe est resolu : faire tenir un laser femtoseconde de labo sur une puce n’est plus une question ouverte. Vingt ans apres que ce defi a ete pose comme un objectif de la photonique integree, la reponse tient sur une tete d’allumette.
En bref
C’est quoi, un laser femtoseconde ?
Un laser qui emet des impulsions d’une duree infime : quelques centaines de femtosecondes, soit un millionieme de milliardieme de seconde. Ces eclairs de lumiere ultrabrefs permettent des decoupes et des mesures d’une precision impossible avec des lasers continus.
C’est quoi, une puce photonique ?
Une puce qui manipule la lumiere plutot que l’electricite. Elle contient des canaux microscopiques graves dans un materiau transparent (ici du nitrure de silicium) pour guider et traiter des signaux lumineux, comme un circuit imprime guide des electrons.
C’est quoi, l’oscillateur Mamyshev ?
Une architecture de laser ou deux filtres optiques encadrent un guide d’onde non lineaire. Seules les impulsions suffisamment intenses et stables peuvent franchir les deux filtres : le systeme se nettoie lui-meme du bruit optique, ce qui le rend ideal pour une puce ou les effets non lineaires sont difficiles a controler.
En quoi ca concerne le GPS ?
Le GPS de precision repose sur des horloges atomiques. Les horloges atomiques optiques de nouvelle generation, bien plus precises, ont besoin de lasers ultrarapides stables. Les miniaturiser sur puce est une condition pour les embarquer dans des systemes mobiles.
Quand ces puces seront-elles disponibles ?
Les performances sont demontrees en labo. Des etapes de validation industrielle (fiabilite, duree de vie) restent a franchir avant une commercialisation. L’horizon probable : quelques annees pour les premieres applications professionnelles.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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