Un smartphone filme une rue européenne avec un maillage de scan en réalité augmentée sur les façades

Vos scans Pokémon Go ont nourri une techno de navigation pour drones militaires

Une licence acceptée sans la lire a rendu vos scans de quartier cessibles à des tiers. Voici où ils ont fini, et ce que la révélation néerlandaise affirme vraiment.

Sommaire
  1. En bref
  2. De la case cochée au champ de bataille
  3. Ce que vaut un « j’accepte » quand la licence est cessible
  4. Questions courantes

Vous filmiez le coin de votre rue pour décrocher un objet dans Pokémon Go. Selon une enquête du quotidien néerlandais Trouw reprise le 9 juin par PC Gamer et le site spécialisé DroneXL, ces images ont servi à entraîner un système qui apprend à une machine à se repérer sans GPS. Le même type de système que vise désormais un contrat de défense. La chaîne va du selfie de quartier au guidage de drones en zone brouillée, et la plupart des joueurs l’ignoraient.

En bref

  • Environ 30 milliards de scans collectés via Pokémon Go depuis 2021 ont entraîné une « early version » du modèle de positionnement visuel de Niantic Spatial, selon Trouw.
  • La licence acceptée au moment du scan était transférable et sous-licenciable, donc revendable à des tiers.
  • En décembre 2025, Niantic Spatial a annoncé un partenariat de positionnement « air-sol » avec Vantor (ex-Maxar Intelligence, défense) pour les environnements sans GPS.
  • Les deux sociétés affirment que ce projet précis n’utilise pas les données du jeu, sans pouvoir prouver l’absence des scans dans le modèle déjà entraîné.

Pour comprendre, il faut suivre la donnée pas à pas. Depuis 2021, Pokémon Go propose aux joueurs de filmer en 360 degrés certains lieux réels, les PokéStops, contre des récompenses. C’était facultatif, et l’éditeur demandait une autorisation séparée pour conserver ces vidéos. Accepter, c’était souscrire à des conditions supplémentaires.

Ces conditions accordaient à l’éditeur une licence « non exclusive, transférable, sous-licenciable, mondiale, gratuite et perpétuelle » sur les scans, comme le confirme le texte des conditions d’utilisation cité par PC Gamer. Traduit en clair, l’entreprise pouvait revendre ou prêter ces images à qui elle voulait. Le joueur, lui, n’avait coché qu’une case pour attraper un Pikachu.

Reconstruction 3D en nuage de points d’un quartier, formee de milliers de scans
Des milliards de scans deviennent un modèle 3D où une caméra se repère sans GPS.

Ces scans, environ 30 milliards selon le décompte de Trouw, sont devenus la matière première d’un « système de positionnement visuel », ou VPS. Là où le GPS dépend d’un signal satellite, le VPS devine où se trouve une caméra en comparant ce qu’elle voit à un modèle 3D du monde. Deux points de repère larges de quelques pixels peuvent suffire à fixer une position. L’intérêt saute aux yeux dès qu’on parle de robots évoluant là où le GPS lâche : villes denses, mais aussi zones de guerre où le signal est volontairement brouillé.

De la case cochée au champ de bataille

C’est là qu’intervient le second maillon. Le 16 décembre 2025, Niantic Spatial, la branche technologique née de la scission de Niantic, a annoncé un partenariat avec Vantor, anciennement Maxar Intelligence, un acteur de la défense et du renseignement. Le communiqué commun décrit un système « air-sol » : le VPS au sol de Niantic Spatial fusionné avec le logiciel aérien Raptor de Vantor, pour qu’un drone en vol et un opérateur à terre partagent les mêmes coordonnées en temps réel, sans satellite. Le texte nomme sa cible : l’indisponibilité du GPS, le brouillage et le leurrage. Des essais de terrain sont annoncés pour début 2026.

Faut-il en conclure que vos scans pilotent déjà un drone armé ? La réponse mérite de la prudence, et c’est tout l’enjeu. Niantic Spatial a déclaré que les scans Pokémon Go n’étaient qu’une partie des données ayant entraîné une « early version » de son modèle, et que son accord avec Vantor n’inclut pas le partage de ces données. L’entreprise ajoute qu’après le rachat de sa branche jeux par Scopely, elle n’a plus accès aux données de scan. Vantor, de son côté, dit « explorer l’adaptation » du VPS au sol, mais affirme ne pas avoir accès aux données du jeu et s’appuyer sur sa propre imagerie satellite.

Drone de reconnaissance vu du dessous sous un ciel couvert, sans marquage
Le maillon final, un drone censé se repérer là où le GPS est brouillé.

Le point sensible tient en une phrase de Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique des technologies à l’université de Delft, cité par Trouw : sans la masse de scans des joueurs, « le développement de ce système n’aurait jamais progressé aussi vite ». Et une fois les scans fondus dans un modèle d’intelligence artificielle, retrouver leur trace devient quasi impossible. Démentir leur présence est alors aussi difficile que la prouver. C’est ce qui rend la traçabilité de la donnée si fragile, et le débat si glissant.

Maillon de la chaîneRepère vérifié
Scans environnementaux collectés via Pokémon Go (depuis 2021)~ 30 milliards
Annonce du partenariat Niantic Spatial × Vantor (ex-Maxar)16 décembre 2025
Rachat de la branche jeux de Niantic par Scopely (fonds saoudien)3,5 milliards de dollars (2025)
Essais de terrain du système air-sol annoncésdébut 2026
Sources : Trouw, PC Gamer, communiqué Niantic Spatial / Vantor (décembre 2025).

Ce que vaut un « j’accepte » quand la licence est cessible

L’histoire dépasse un seul jeu. La question qu’elle pose, c’est celle du consentement signé sans le lire quand une licence autorise la cession à des tiers. Combien d’applications grand public glissent une clause de ce genre dans leurs conditions ? Aucun décompte sérieux ne permet de donner un pourcentage, et nous ne l’inventerons pas. Mais la mécanique, elle, est documentée.

En France et en Europe, le RGPD encadre justement ce genre de réutilisation. La CNIL rappelle qu’une autorisation préalable et générale de réutiliser des données n’est pas valable : chaque nouvel usage doit passer un test de compatibilité avec la finalité d’origine, et les personnes concernées doivent en principe être informées. Une caméra acceptée pour un jeu n’est pas, par défaut, une caméra acceptée pour un programme de défense, même si l’usage final se révèle légitime. Le designer britannique Adrian Hon, repris par DroneXL, conseille d’ailleurs aux joueurs d’arrêter les scans et de se tourner vers des jeux moins enclins à revendre leurs données.

Reste le réflexe le plus simple, celui que cette affaire remet au centre. Avant de cocher une autorisation de captation, ouvrez le paragraphe que personne ne lit, celui où apparaissent les mots « transférable » et « sous-licenciable ». Ce sont eux, plus que n’importe quel discours sur l’IA, qui décident du voyage de vos images.

Questions courantes

Mes scans Pokémon Go pilotent-ils des drones militaires ?
Rien ne le prouve à ce stade. Niantic Spatial dit que les scans ont entraîné une version ancienne de son modèle de navigation, mais affirme que le projet militaire avec Vantor n’utilise pas ces données. Comme les scans sont fondus dans le modèle, leur présence est très difficile à prouver ou à exclure.

Combien de scans ont été collectés ?
Environ 30 milliards depuis 2021, selon le décompte attribué au quotidien néerlandais Trouw et repris par PC Gamer et DroneXL.

Pourquoi la licence pose-t-elle problème ?
Au moment du scan, le joueur accordait une licence transférable et sous-licenciable. Concrètement, l’éditeur pouvait revendre ou prêter ces images à des tiers, y compris dans la défense.

Que dit la loi française ?
La CNIL rappelle qu’une autorisation générale de réutilisation n’est pas valable sous le RGPD. Chaque nouvel usage doit être compatible avec la finalité d’origine, et les personnes concernées doivent en principe être informées.

Comment limiter ce risque sur mes applications ?
Avant d’autoriser une captation d’images ou de localisation, cherchez dans les conditions les mots « transférable », « sous-licenciable » ou « tiers », et refusez si l’usage futur n’est pas clair.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

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