Un crotale diamantin enroulé sur un sol désertique sec, écailles nettes en lumière rasante.

Le sang du crotale diamantin contient un antivenin dix fois plus puissant

Des protéines isolées du sang du crotale diamantin neutralisent le venin de plusieurs vipères, dix fois mieux que l’antivenin ovin en laboratoire. Une piste face aux 81 410 à 137 880 morts annuelles, encore loin du flacon.

10 fois plus puissantes que l’antivenin ovin de référence : c’est le rapport obtenu en laboratoire par des protéines tirées du sang du crotale diamantin de l’Ouest. L’équipe de Sean B. Carroll, à l’université du Maryland, a publié ces résultats le 29 juillet 2026 avec le National Natural Toxins Research Center de Texas A&M-Kingsville, alors que les morsures de serpents tuent entre 81 410 et 137 880 personnes par an dans le monde.

« Nous savons par des anecdotes depuis 100 ans que les vipères tendent à résister à leur propre venin », rappelle le biologiste dans le communiqué de l’université du Maryland. Son laboratoire avait isolé en 2022 une protéine du sérum, FETUA-3, capable de bloquer les métalloprotéinases du crotale diamantin et de plusieurs autres vipères (ces toxines attaquent les tissus et provoquent les hémorragies). Injectée seule, elle ne sauvait pourtant pas l’animal envenimé.

Une protéine seule ne suffit jamais

Chaque FETUA fait une partie du travail : l’une réduit le saignement, l’autre gêne l’activité enzymatique des toxines, aucune n’empêche à elle seule l’issue fatale. L’effet apparaît quand on les associe. En laboratoire, des combinaisons de protéines FETUA issues du sang du crotale diamantin de l’Ouest se sont montrées environ 10 fois plus puissantes que l’antivenin ovin commercial, selon l’étude publiée le 29 juillet 2026 dans PNAS. Les mélanges optimisés ont neutralisé l’action létale de venins de plusieurs espèces de vipères, et pas seulement celui du crotale d’origine ; le papier, intitulé « Nature’s antivenom », est paru dans la revue PNAS.

« Pourquoi s’en remettre à des anticorps de cheval quand la nature a emballé un antidote efficace dans le serpent lui-même ? », interroge Carroll. Les antivenins actuels s’obtiennent en immunisant des animaux (chevaux, moutons) puis en purifiant leurs anticorps : un procédé coûteux, d’efficacité variable selon les espèces, qui déclenche parfois de graves réactions immunitaires.

Des mains gantées prélèvent à la pipette un sérum clair aligné en flacons sur une paillasse.
Les antivenins actuels reposent sur des anticorps d’animaux immunisés, coûteux à produire.

Un antidote conservé sur 50 millions d’années

L’argument évolutif pèse lourd. Des portions de ces inhibiteurs sont restées parfaitement conservées sur 50 millions d’années d’évolution des serpents : « Cela vous dit à quel point le risque est réel », relève Carroll. Un crotale peut se mordre lui-même, se blesser sur une proie qui se débat ou encaisser le venin d’un congénère. La sélection naturelle a donc entretenu dans son sang l’antidote de sa propre arme, bien avant que la pharmacie humaine ne s’y intéresse. La fréquence réelle de ces auto-envenimations, elle, reste mal connue.

5,4 millions de morsures par an, une offre d’antivenins fragile

L’enjeu sanitaire explique l’insistance : l’OMS estime que 5,4 millions de personnes sont mordues chaque année, dont 1,8 à 2,7 millions développent une envenimation, et que les séquelles permanentes (amputations notamment) frappent environ trois fois plus de monde que les décès.

Morsures de serpents dans le monde, estimations annuelles de l’OMS (fiche du 12 septembre 2023).
IndicateurEstimation annuelle
Personnes mordues5,4 millions
Envenimations1,8 à 2,7 millions
Décès81 410 à 137 880
Amputations et séquelles permanentesenviron 3 fois le nombre de décès

Rapportés au nombre d’envenimations, ces décès pèsent 4,5 % à 5,1 % des cas : une envenimation sur vingt se termine par un décès. L’OMS signale par ailleurs que des fabricants ont cessé leur production ces vingt dernières années et que les prix ont fortement augmenté, ce qui rend le traitement inabordable pour une large part des populations concernées.

Les résultats restent de laboratoire, et ils ne couvrent qu’une famille de toxines : un venin en compte une centaine, et sa composition varie d’une espèce à l’autre. L’équipe dit viser les trois grandes familles de toxines des vipères, et envisage un premier usage vétérinaire avant la médecine humaine.

En France métropolitaine, la vipère est le seul serpent autochtone capable de provoquer une envenimation, rappelle l’association des centres antipoison. Les gestes contre-indiqués n’ont pas bougé : ni incision, ni succion, ni cautérisation, ni garrot, ni pompe à venin de type Aspivenin. Appeler le 15, immobiliser le membre et rejoindre l’hôpital restent la conduite tenue, et le détail des bons gestes tient en quelques lignes.

Reste la fabrication. « Les ingrédients sont là. Il nous reste à tester différents mélanges », dit Carroll, qui voit déjà plus grand : « On pourrait en produire des wagons entiers et contribuer à régler un énorme problème de santé mondiale. »

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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