Houle hivernale de l’Atlantique roulant vers une pointe rocheuse sous un soleil bas

Le Gulf Stream s’affaiblit sous une eau plus chaude et plus douce, le risque pour la France

Eau plus chaude, eau plus douce : ce que mesurent bouées et satellites, ce que prévoient les modèles d’ici 2100, et ce que la France aurait à craindre.

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi le Gulf Stream s’affaiblit-il ?
  3. Comment fonctionne le Gulf Stream ?
  4. Que montrent les bouées et les satellites ?
  5. Quand le Gulf Stream va-t-il s’arrêter ?
  6. Pourquoi les estimations divergent-elles autant ?
  7. Qu’est-ce que ça changerait pour la France ?
  8. Questions courantes

Décryptage

Le Gulf Stream s’affaiblit parce que le réchauffement rend les eaux de surface de l’Atlantique Nord plus chaudes et plus douces, donc trop légères pour plonger vers le fond. Or c’est cette plongée qui entraîne l’AMOC, la grande circulation atlantique dont le Gulf Stream est le tronçon le plus connu. Le courant atlantique qui adoucit les hivers français perd 0,7 sverdrup par décennie depuis 2004, selon les mesures RAPID publiées le 20 octobre 2026. Un sverdrup vaut un million de mètres cubes d’eau par seconde.

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En bref

  • Les bouées RAPID, ancrées en travers de l’Atlantique à hauteur de la Floride, mesurent une baisse de 0,7 sverdrup par décennie depuis 2004, avec une marge d’erreur encore large.
  • Les satellites montrent un Gulf Stream qui glisse vers le nord au large des États-Unis, un signe indirect du même ralentissement.
  • Le GIEC juge un effondrement brutal avant 2100 peu probable ; une étude de 2026 prévoit pourtant la perte d’environ la moitié du débit d’ici la fin du siècle.
  • Pour la France, l’enjeu est l’hiver : un affaiblissement freinerait le réchauffement de l’ouest européen, un effondrement pourrait y ramener des froids extrêmes.

Pourquoi le Gulf Stream s’affaiblit-il ?

Parce que l’eau du nord de l’Atlantique coule moins bien. Le Met Office, le service météorologique britannique, décrit le mécanisme : en se réchauffant, l’océan de surface garde davantage sa chaleur, tandis que la hausse des pluies et la fonte des glaces l’adoucissent. Plus légère, une eau plus chaude et moins salée plonge moins, et toute la circulation ralentit.

Le sel compte autant que la température : une eau froide mais trop peu salée reste, elle aussi, en surface.

Une équipe de l’University College London a montré en juillet 2024, dans la revue Nature, que le Gulf Stream était deux fois plus profond et deux fois plus rapide il y a 20 000 ans. Des vents subtropicaux plus forts le portaient alors. Si le changement climatique affaiblit ces vents, le courant de surface pourrait ralentir à son tour, dans une mesure encore inconnue.

Vingt ans de mesures ne suffisent pas encore à exclure une variation naturelle, estime le National Oceanography Centre.

Comment fonctionne le Gulf Stream ?

Le Gulf Stream est la partie visible de l’AMOC. En surface, des eaux chaudes remontent des tropiques vers le nord. Dans l’Atlantique Nord subpolaire, elles se refroidissent, deviennent denses et coulent, puis repartent vers le sud en profondeur.

Ce tapis roulant transporte 1,2 pétawatt de chaleur vers le nord, soit un million de milliards de watts, selon le programme RAPID. C’est un quart de toute la chaleur que l’océan et l’atmosphère réunis déplacent vers les pôles. Son débit avoisine aujourd’hui 17 sverdrups, d’après l’Institut météorologique danois.

Le module Décod’Actu de Lumni, la plateforme éducative de l’audiovisuel public, montre ce trajet des eaux chaudes et froides, et pourquoi son ralentissement inquiète.

Vidéo : Ralentissement du Gulf Stream, un danger ? (Lumni, YouTube)

Que montrent les bouées et les satellites ?

Depuis 2004, une ligne de mouillages traverse l’Atlantique le long du 26e parallèle nord. Câbles, capteurs et flotteurs y mesurent en continu le débit de l’AMOC. La mise à jour d’octobre 2026 du National Oceanography Centre britannique adoucit un peu la pente, estimée à −0,9 sverdrup par décennie en septembre 2025. « La conclusion d’ensemble reste inchangée », souligne Ben Moat, responsable de l’équipe de physique de l’océan ouvert au National Oceanography Centre.

Shane Elipot et son équipe de l’université de Miami ont comparé quatre réseaux de mouillages alignés le long de la bordure ouest de l’Atlantique Nord, entre 16,5 et 42,5 degrés nord. Leur étude parue le 8 avril 2026 dans Science Advances décrit un déclin cohérent sur toute cette bande, des tropiques aux latitudes moyennes.

Depuis 1993, l’altimétrie des satellites suit le tracé du Gulf Stream. René van Westen et Henk Dijkstra, de l’université d’Utrecht, y relèvent un glissement vers le nord au large du cap Hatteras, en Caroline du Nord, entre 1993 et 2024. Les températures sous la surface, mesurées depuis 1965, confirment ce déplacement.

Dans leur modèle, le Gulf Stream saute de 219 kilomètres vers le nord en deux ans, quelques décennies avant que l’AMOC simulée ne s’effondre. Les auteurs y voient un indicateur d’alerte précoce.

Quand le Gulf Stream va-t-il s’arrêter ?

Pas avant 2100, selon l’évaluation de référence. Le sixième rapport du GIEC juge très probable un affaiblissement de l’AMOC au XXIe siècle, quel que soit le scénario d’émissions. Il estime, avec un degré de confiance moyen, qu’il n’y aura pas d’effondrement brutal avant 2100.

Les travaux de 2026 resserrent la fourchette sans trancher. Valentin Portmann et ses coauteurs, dont le climatologue Didier Swingedouw (CNRS, université de Bordeaux), ont confronté les modèles climatiques aux observations pour corriger leurs projections. Leur étude parue dans Science Advances prévoit une baisse de 51 % du débit d’ici la fin du siècle dans un scénario d’émissions intermédiaire, à ± 8 % près. La moyenne brute des modèles donnait 32 %.

Selon les modèles climatiques de référence, il n’y aura pas d’effondrement complet avant la fin du siècle, précise Didier Swingedouw dans un entretien à l’Union européenne des géosciences. Il situe le seuil de changements possiblement irréversibles autour de 5 à 6 sverdrups.

Le 14 octobre 2026, l’Institut météorologique danois a publié une étude plus rassurante, elle aussi dans Science Advances. Dans son modèle, l’AMOC décline progressivement sans point de bascule, jusqu’à 6 sverdrups pour un réchauffement de 7 °C. Elle retrouve sa force si le réchauffement recule, mais en plusieurs siècles.

Appliquée au débit actuel, l’estimation corrigée en scénario intermédiaire laisse l’AMOC de 2100 à un peu plus de 2 sverdrups du haut du seuil critique.

Le débit de l’AMOC selon les projections : en 2100, l’estimation corrigée le place à un peu plus de 2 sverdrups du seuil critique (débits calculés par nos soins à partir des 17 Sv actuels ; baisses projetées depuis l’ère préindustrielle, ordre de grandeur)
RepèreDébit (Sv)Baisse (%)Horizon
Débit actuel (Institut météorologique danois)1702026
Moyenne brute des modèles climatiques11,6322100
Estimation corrigée Portmann et al., scénario intermédiaire8,3512100
Même méthode, scénario de fortes émissions7,1582100
Haut du seuil de changements irréversibles (Swingedouw)665sans date
Modèle danois, réchauffement de 7 °C665sans date

Au rythme mesuré par RAPID, le débit mettrait, selon notre calcul, environ 157 ans à descendre de 17 à 6 sverdrups, soit vers 2180. L’estimation de Valentin Portmann suppose une perte d’environ 1,2 sverdrup par décennie d’ici 2100 : 1,7 fois le rythme observé, mais encore dans la marge d’erreur des bouées. Ces deux calculs, faits par nos soins, supposent une baisse en ligne droite, ce que rien ne garantit.

Pourquoi les estimations divergent-elles autant ?

Les modèles climatiques se trompent dans un sens précis. Dans l’étude de Valentin Portmann, 83 % de la correction viennent de deux biais : la salinité de l’Atlantique Sud et la température de l’Atlantique Nord. Tous deux font paraître l’AMOC plus stable que ne le suggèrent les observations. Brutes, les projections allaient de presque zéro à environ 70 % de baisse.

Les mesures directes, elles, ne couvrent que vingt ans. Le réseau RAPID a enregistré une chute marquée en 2010-2011 et montré que le courant pouvait s’inverser sur de courtes périodes. La révision de −0,9 à −0,7 en un an rappelle la marge d’erreur de ± 0,6 qui accompagne le rythme mesuré par les bouées.

La reconstitution du passé fait aussi débat. Stefan Rahmstorf et Levke Caesar estimaient, dans un texte d’opinion soumis en avril 2026, que l’AMOC avait perdu 2 sverdrups, à 1 près, depuis le milieu du XXe siècle. Les deux relecteurs ont jugé la sélection des études orientée et l’analyse statistique fragile. L’éditeur de la revue Ocean Science a déconseillé d’en soumettre une version révisée et suggéré une autre revue.

Et chez nous ?

Qu’est-ce que ça changerait pour la France ?

Tant que l’AMOC faiblit sans s’effondrer, elle freine le réchauffement de l’ouest de l’Europe sans l’arrêter. Moins d’eau chaude arrive au nord, ce qui compense en partie l’effet des gaz à effet de serre, explique le Met Office. Pour l’affaiblissement graduel attendu ce siècle, le réchauffement l’emporte.

« Une AMOC plus faible peut déplacer les régimes météorologiques », prévient Shane Elipot, qui a dirigé l’étude de Miami. Il cite des tempêtes plus extrêmes, des pluies modifiées ou des hivers plus froids dans certaines régions, ainsi qu’un effet sur la montée de la mer le long des côtes.

En 2025, René van Westen a simulé dans Geophysical Research Letters une AMOC à l’arrêt dans un monde plus chaud de 2 °C. Les extrêmes de froid y atteignent −18 °C à Paris, −19,3 °C à Londres et −47,9 °C à Oslo, rapporte Carbon Brief. En février, la banquise gagnerait les côtes scandinaves et une bonne part de la Grande-Bretagne.

Les auteurs en donnent eux-mêmes les limites. L’arrêt y est provoqué par un apport d’eau douce qu’ils jugent irréaliste. Le climat décrit est celui atteint au bout de 500 ans de simulation, pas l’hiver qui suivrait la rupture. À 4 °C de réchauffement, la chaleur l’emporterait : l’Europe du Nord se réchaufferait toute l’année.

Questions courantes

Le Gulf Stream peut-il s’arrêter complètement ?
Ce que les études envisagent d’arrêter, c’est l’AMOC, la circulation profonde qui prolonge le Gulf Stream ; le courant de surface est aussi poussé par les vents. Le GIEC estime, avec un degré de confiance moyen, qu’il n’y aura pas d’effondrement brutal avant 2100.

Va-t-il faire plus froid en France à cause du ralentissement ?
Pas dans les prochaines décennies : selon le Met Office, un ralentissement graduel freine seulement le réchauffement de l’ouest de l’Europe. Des hivers nettement plus froids n’apparaissent dans les modèles qu’en cas d’effondrement complet.

Qui mesure le débit de l’AMOC ?
Le programme britannique RAPID, piloté par le National Oceanography Centre, mesure le courant en continu depuis 2004 au 26e parallèle nord. D’autres réseaux de mouillages et les satellites altimétriques complètent la surveillance.

Le ralentissement peut-il s’inverser ?
Dans le modèle de l’Institut météorologique danois, oui, si le réchauffement recule. Mais le refroidissement nécessaire dépasse ce que les technologies actuelles permettent, et la récupération prendrait des siècles.

Le National Oceanography Centre veut prolonger les mesures RAPID au moins jusqu’en 2034, l’horizon qu’il juge nécessaire pour dire si la baisse est naturelle ou d’origine humaine.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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