Une oie domestique blanche portant une touffe de plumes sur la tete, dans une basse-cour

Quatre crânes d’oies à crête dans une fosse d’aisances : la plus ancienne trace d’un luxe de basse-cour en Europe

Dans un puits de latrine allemand du XVIIe siècle, des archéologues ont identifié quatre crânes d'oies huppées, percés par une mutation. Soit la plus ancienne preuve connue de cette race en Europe.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une basse-cour dans les latrines
  3. Le trou qui trahit une crête
  4. Élever pour le panache
  5. Questions courantes

On s’attend, en vidant une fosse d’aisances du XVIIe siècle, à des restes de cuisine et des os de basse-cour. Pas à quatre crânes d’oies troués au sommet, alignés au milieu des déchets domestiques. C’est pourtant ce qu’a livré un puits de latrine de Flecken Zechlin, en Brandebourg, à une centaine de kilomètres de Berlin : selon une étude parue dans l’International Journal of Paleopathology, ces quatre crânes sont la plus ancienne preuve archéologique connue d’oies huppées en Europe. Et l’ouverture dans l’os n’a rien d’une marque de boucherie. Elle raconte un goût oublié pour les animaux d’apparat.

En bref

  • Une fouille a réuni quatre crânes d’oies huppées dans une seule fosse d’aisances du XVIIe siècle, la première attestation archéologique de cette race en Europe.
  • Le trou au sommet du crâne correspond à une mutation de la crête, pas à une découpe : maladie, rongeurs et altération après enfouissement ont été écartés.
  • Le site, à environ 100 km de Berlin, était lié à des évêques et à de riches propriétaires : l’oie de prestige y aurait été un marqueur de statut.
  • La même mutation, étudiée chez le canard huppé, s’accompagne d’une forte mortalité et de troubles de l’équilibre : un luxe entretenu au prix de la santé de l’animal.

Une basse-cour dans les latrines

La découverte tient d’abord à un lieu ingrat. Les latrines, puits et fosses à ordures sont des trésors pour les archéologues : ils conservent des matières organiques qui disparaissent partout ailleurs, et restituent l’alimentation, l’économie domestique et l’élevage d’un foyer ordinaire. C’est dans ce contexte que les quatre crânes ont été exhumés, lors de fouilles menées entre 2021 et 2023, mêlés à des restes alimentaires et à des os de poules et de canards.

Les chercheuses du département d’archéologie de la Freie Universität Berlin ont vite remarqué l’anomalie. Chaque crâne portait une ouverture sur le dessus, et l’un d’eux était si abîmé qu’une partie de la boîte crânienne manquait. Os bien conservés, défaut récurrent : il y avait là plus qu’un rebut de cuisine.

Un crane d'oiseau ancien pose sur fond neutre, avec une ouverture au sommet
Sur chaque crâne, une ouverture au sommet : la signature osseuse du caractère huppé.

Le trou qui trahit une crête

L’explication la plus séduisante, une découpe de boucher, a été la première écartée. L’analyse macroscopique a passé en revue les altérations possibles : dégâts survenus après l’enfouissement, morsures d’animaux, traces d’abattage, maladie, parasites, carence alimentaire. Aucune ne collait à la forme ni à la position des ouvertures.

Le rapprochement s’est fait avec un oiseau bien connu des éleveurs, le canard huppé. Chez lui, la touffe de plumes du sommet du crâne résulte d’une mutation génétique : un coussinet de graisse se forme sous la crête tandis que l’os, lui, ne se referme pas complètement, laissant un orifice. Les crânes de Flecken Zechlin présentent exactement ce schéma, distinct de ce qu’on observe chez la poule huppée. Autrement dit, le trou n’est pas une blessure : c’est le support osseux d’un panache de plumes.

La trouvaille en chiffres : 4 crânes d'oies huppées, datés du XVIIe siècle, à environ 100 km de Berlin, première preuve de la race en Europe
Graphique Actu Alt Plus. Sources : International Journal of Paleopathology (Groot et Wandelt, 2026) et Archaeology News.
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Les quatre crânes ne montrent d’ailleurs pas tous le même degré d’ouverture, de la petite perforation à la large brèche. Une variabilité qui colle, là encore, à ce qu’on connaît du caractère huppé.

Élever pour le panache

Pourquoi garder de telles bêtes ? Le site donne un indice. Flecken Zechlin gravitait autour d’évêques et de propriétaires fortunés, et les chercheuses penchent pour des oiseaux entretenus pour leur allure inhabituelle. Une race rare a longtemps fait office de signe extérieur de richesse, jusque dans le poulailler. Des tableaux hollandais du XVIIe siècle, contemporains de ces crânes, montrent justement des oies coiffées d’une nette crête de plumes, ce qui appuie l’idée d’une mode d’agrément dans le nord de l’Europe.

Cette quête d’apparence avait un revers. Faute d’étude sur l’oie elle-même, les scientifiques se réfèrent au canard huppé, dont la mutation s’accompagne d’une mortalité élevée avant et après l’éclosion, et de troubles de l’équilibre, de l’ouïe ou de la vue. Sélectionner pour la crête, c’est entretenir sciemment un défaut nuisible, bien avant la zootechnie moderne. Le goût de la nouveauté esthétique pesait déjà plus lourd que le confort de l’animal.

Une fosse de fouille archeologique bordee de pierres avec des couches de terre apparentes
Le puits de latrine de Flecken Zechlin, fouillé entre 2021 et 2023.

Le phénomène n’a rien d’un souvenir lointain. En France, l’élevage de basse-cour d’agrément perpétue ce penchant pour le spectaculaire, avec ses poules et canards huppés exposés dans les concours avicoles, choisis d’abord pour la touffe ou le plumage. La fosse de Flecken Zechlin nous tend ainsi un miroir un peu cruel : la vanité humaine s’est invitée très tôt dans la cour, et elle ne nous a jamais vraiment quittés.

Questions courantes

Qu’a-t-on exactement trouvé dans cette latrine ?
Quatre crânes d’oies domestiques huppées, déposés dans un puits de latrine du XVIIe siècle à Flecken Zechlin, en Brandebourg, à une centaine de kilomètres de Berlin, parmi des restes alimentaires et des os de poules et de canards.

Pourquoi ces crânes sont-ils percés ?
L’ouverture correspond à la mutation génétique qui porte la crête, un orifice où l’os ne se referme pas et où loge un coussinet de graisse sous la touffe de plumes. Ce n’est ni une marque de boucherie, ni une maladie, écartées par l’analyse.

En quoi cette découverte est-elle une première ?
Ces crânes constituent la plus ancienne preuve archéologique documentée d’oies huppées en Europe. La race était jusqu’ici connue surtout par des peintures et des textes, pas par des ossements identifiés.

La crête posait-elle problème à l’animal ?
Aucune étude n’existe sur l’oie, mais chez le canard huppé proche, la même mutation s’accompagne d’une forte mortalité et de troubles de l’équilibre, de l’ouïe ou de la vue. L’apparence se payait donc au prix de la santé.

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