Grande salle de congrès international vide avant une session, longues rangées de pupitres de délégués équipés d’un micro et d’un boîtier de vote électronique.

Trois confédérations pèsent 136 voix à la FIFA, les statuts en réclament 159

L’UEFA, l’AFC et la Concacaf contestent la direction de la FIFA. Nous avons croisé leur poids réel au Congrès (fédérations, voix, places de Coupe du monde) avec les majorités que les Statuts exigent : 136 voix sur 211 suffisent à gagner une élection, pas à changer une règle.

Sommaire
  1. Le fait
  2. Notre regard
  3. La nuance
  4. À surveiller

Mise en perspective

Trois confédérations sur six travaillent à leur propre cadre de gouvernance du football mondial. L’UEFA, la Concacaf et l’AFC ont mis leurs griefs par écrit le 10 août. Reste la question que la colère ne tranche pas : combien de voix ces trois-là pèsent-elles au Congrès de la FIFA, et combien en faut-il pour changer une règle ?

Le fait

Les présidents de l’UEFA, de l’AFC et de la Concacaf ont cosigné le 10 août, avec leurs secrétaires généraux, une lettre ouverte adressée à la FIFA. Le texte dénonce un « fundamental breach of trust », une confiance rompue « through deception », et refuse la lecture que l’instance mondiale fait de l’épisode : « It treats this as a failure of communication, when what football witnessed was a failure of judgment. » La veille, la FIFA avait dénoncé de son côté un « concerted and ongoing effort » visant à affaiblir la direction de son président.

L’objet du litige remonte à fin juillet. La FIFA envisageait de céder à des investisseurs privés environ 20 % d’une entité nouvelle chargée de ses événements, pour un montant pouvant atteindre 4,2 milliards de dollars sur une valorisation de 20 milliards. L’UEFA a voté le boycott des compétitions FIFA si le projet se poursuivait, ses 55 fédérations estimant que « the World Cup cannot be treated as an investment product ». Le projet a été retiré le vendredi suivant, Gianni Infantino annonçant que « this proposal will not proceed », et son conseiller Carlos Cordeiro a démissionné en jugeant le montage « bad deal for football ». Le retrait n’a pas refermé le dossier : d’après les informations du Guardian, les trois confédérations préparent un document-cadre destiné à remplacer ce qu’elles décrivent comme un système de patronage, avec l’élection présidentielle de 2027 pour échéance et, faute de dialogue, l’hypothèse d’une organisation concurrente.

Notre regard

Une lettre ouverte se lit, un Congrès se compte. Nous croisons le nombre de fédérations affiliées à la FIFA dans chaque confédération, qui donne mécaniquement le nombre de voix puisque l’article 23 des Statuts accorde une voix à chaque membre, avec les places qualificatives 2026 attribuées à chaque zone. Nous rapportons ensuite le total des trois signataires aux majorités que les Statuts exigent.

Ce que pèsent les six confédérations au Congrès de la FIFA et à la Coupe du monde 2026
ConfédérationFédérations affiliées à la FIFA (une voix chacune)Part des voixPlaces directes, Coupe du monde 2026
UEFA5526,1 %16
AFC4621,8 %8
Concacaf3516,6 %6 (dont 3 pays hôtes)
Total des trois signataires13664,5 %30
CAF5425,6 %9
CONMEBOL104,7 %6
OFC115,2 %1
Total du bloc restant7535,5 %16
FIFA211100 %46, plus 2 par barrage

Le tableau dit deux choses opposées. Les trois signataires dépassent de trente voix la majorité absolue de 106 qui suffit à élire un président à partir du deuxième tour. Ils restent à cinq voix des 141 nécessaires au premier tour, et à vingt-trois des 159 que réclame toute modification des Statuts, adoptée seulement si trois quarts des membres présents y consentent. Le corollaire est plus parlant encore : 53 voix suffisent à bloquer une réécriture des règles, et la CAF en compte 54 à elle seule. Un bloc peut donc emporter une élection sans jamais pouvoir changer le règlement, ce qui éclaire pourquoi le mot scission circule alors même que personne ne l’assume.

La même bascule vaut pour le terrain. Les trois confédérations concentrent 30 des 46 places directes de la Coupe du monde 2026, mais un Mondial reste un tournoi que la FIFA organise et dont elle fixe le format.

Gros plan sur un boîtier de vote électronique posé sur un pupitre de délégué, rangées de sièges vides floues à l’arrière-plan.
Il faut 159 voix sur 211 pour modifier les Statuts de la FIFA : les trois confédérations signataires en réunissent 136.

La nuance

Notre décompte suppose un Congrès au complet. Les Statuts calculent les majorités sur les membres présents et éligibles au vote : une suspension, une absence ou une abstention déplace les seuils dans un sens comme dans l’autre. Il suppose aussi que chaque confédération vote d’un bloc, ce qu’aucune des trois n’a promis. La Concacaf a rejeté le projet d’investissement sans menacer de boycott, l’UEFA a voté ce boycott, l’AFC a réclamé une revue de la gouvernance : trois signatures au bas d’une lettre ne font pas 136 bulletins identiques.

Les positions restent d’ailleurs à distinguer plutôt qu’à départager. Les signataires soutiennent que le football « n’appartient ni à un individu ni à une institution » et demandent que l’épisode soit reconnu comme une faute de jugement. La FIFA répond qu’une campagne coordonnée cherche à saper sa présidence et rappelle que le projet contesté a été abandonné avant tout vote. La CAF, la CONMEBOL et l’OFC, elles, n’ont pas fait connaître leur position : 75 voix silencieuses, soit précisément de quoi bloquer une révision des Statuts.

Reste ce que le décompte ne mesure pas. Une voix ne pèse ni les licenciés ni la population : la fédération de Montserrat et celle de l’Allemagne en ont une chacune, et c’est ce principe que les deux camps invoquent tour à tour. Pour un spectateur français, rien ne bouge à court terme, ni le calendrier, ni les qualifications, ni les tournois déjà programmés.

À surveiller

Trois dates cadrent la suite. Les candidatures à la présidence de la FIFA se déposent jusqu’au 18 novembre 2026. Le Congrès électif est prévu en mars 2027 à Rabat. Entre les deux, la publication du document-cadre, ou son absence, dira si la fronde vise l’institution ou seulement son dirigeant.

Trois signaux valent mieux qu’un pronostic. Le premier : la position publique de la CAF, dont les 54 voix décident à elles seules du sort de toute réécriture des Statuts. Le deuxième : l’apparition d’un candidat porté par le document-cadre, qui transformerait un texte en programme. Le troisième : ce que dira la FFF, détentrice d’une des 55 voix européennes, quand l’UEFA lui demandera de trancher. À l’échelon des clubs et des tribunes, comme à la reprise en Ligue 2, ces arbitrages ne se verront pas avant longtemps.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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