Plaquette de comprimés blancs et verre d’eau posés sur une table de chevet, à côté d’une ordonnance pliée.

L’Angleterre approche de l’élimination de l’hépatite C, la France a manqué sa cible 2025

Le NHS annonce 100 000 personnes soignées en dix ans. Rapporté à la population française, ce résultat vaudrait 11 800 patients par an, un rythme que la France dépassait déjà entre 2014 et 2017. Son retard se joue ailleurs.

Sommaire
  1. En bref
  2. Dix ans de comprimés et un virus qui recule
  3. Notre calcul : 11 800 personnes par an si la France tenait le rythme anglais
  4. Le verrou français est au dépistage, pas au traitement
  5. Aux urgences anglaises, 1 900 personnes ont appris qu’elles étaient porteuses
  6. La Haute Autorité de santé a tranché contre le dépistage universel
  7. Qui devrait demander un test aujourd’hui
  8. Questions courantes

Décryptage

Un comprimé par jour pendant huit à douze semaines suffit à guérir l’hépatite C. Le NHS anglais vient d’annoncer que 100 000 personnes ont été dépistées et traitées depuis le déploiement de ces antiviraux en 2015, et que les décès liés au virus ont reculé de 36 % en dix ans. La France disposait des mêmes molécules au même moment. Elle s’était même donné une cible plus ambitieuse que celle de l’Organisation mondiale de la santé : éliminer le virus en 2025. Cette date est passée sans que la cible soit atteinte.

En bref

  • L’Angleterre a traité 100 000 personnes contre l’hépatite C depuis 2015 et dépassé le repère de l’OMS des 80 % de cas connus traités.
  • Le traitement dure 8 à 12 semaines et guérit plus de 95 % des cas. Les décès liés au virus y ont baissé de 36 % en dix ans.
  • Calcul Actu Alt Plus : rapporté à la population française, ce résultat anglais représenterait 117 900 personnes traitées en dix ans, soit environ 11 800 par an.
  • Calcul Actu Alt Plus : la France en traitait déjà 14 736 par an entre 2014 et 2017, soit 1,25 fois ce rythme. Le verrou français ne se situe pas du côté du traitement.
  • Environ 25 900 personnes ignoraient leur hépatite C en France en 2016, et la Haute Autorité de santé a écarté le dépistage universel en novembre 2019.

Dix ans de comprimés et un virus qui recule

Le communiqué du NHS England, publié le 11 août 2026, tient en quelques chiffres. Depuis 2015, année du déploiement des antiviraux à action directe, 100 000 personnes ont été diagnostiquées puis traitées. Le traitement est une cure gratuite de comprimés de huit à douze semaines qui guérit plus de 95 % des cas. Les décès liés au virus ont baissé de 36 % sur la décennie, et le service public anglais anticipe une chute de 80 % des greffes de foie liées à cette cause sur les dix prochaines années. Frankie Swords, pour le NHS England, résume la situation d’une phrase : le virus se guérit dans plus de neuf cas sur dix.

Le repère fixé par l’OMS demande qu’au moins 80 % des cas connus soient traités. L’Angleterre l’a dépassé. L’échéance internationale d’élimination reste fixée à 2030, mais le pays parle désormais d’y arriver avant. Le NHS désigne lui-même son maillon faible : l’hépatite B chronique, pour laquelle un système national de suivi des patients est seulement prévu sur l’exercice 2026-2027.

Notre calcul : 11 800 personnes par an si la France tenait le rythme anglais

Un total de 100 000 ne dit rien tant qu’il n’est pas rapporté à une population. Le NHS England couvre l’Angleterre seule, dont la population était estimée à 58 620 100 habitants à la mi-2024 par l’Office for National Statistics. La France comptait 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026 selon l’Insee. Nous rapportons donc le résultat anglais à la population française, opération qu’aucune des sources ne fait.

Transposé à la population française, le résultat anglais vaudrait 11 800 personnes traitées par an : la France dépassait déjà ce rythme entre 2014 et 2017. Son retard tient au dépistage, pas au traitement. Limite : la moyenne anglaise porte sur dix ans, la française sur les quatre années de montée en charge des antiviraux.
Transposé à la population française, le résultat anglais vaudrait 11 800 personnes traitées par an : la France dépassait déjà ce rythme entre 2014 et 2017. Son retard tient au dépistage, pas au traitement. Limite : la moyenne anglaise porte sur dix ans, la française sur les quatre années de montée en charge des antiviraux.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Lecture : la barre du milieu est un chiffre qui n’existe nulle part ailleurs. Le détail des trois volumes et de leurs dénominateurs tient dans le tableau ci-dessous.

Hépatite C, ce que l’Angleterre a fait et ce que la France a fait (calculs Actu Alt Plus en italique dans la dernière ligne)
IndicateurAngleterreFrance
Personnes traitées100 000 depuis 2015 (dix ans)58 943 entre 2014 et 2017
Population de référence58 620 100 habitants (ONS, mi-2024)69 100 000 habitants (Insee, 1er janvier 2026)
Rythme annuel observé10 000 personnes par an14 736 personnes par an sur 2014-2017
Personnes ignorant leur statut1 900 cas retrouvés aux urgences depuis 2022environ 25 900 (BaroTest 2016)
Stratégie de dépistagetest proposé au passage aux urgences, kit à domicile sans passer par un médecindépistage ciblé sur les populations à risque, dépistage universel écarté
Cible d’éliminationrepère OMS des 80 % dépassé, échéance 2030cible 2025 manquée, ralliement à l’échéance 2030
Équivalent français du rythme anglais (calcul Actu Alt Plus)référence117 900 personnes en dix ans, soit 11 800 par an

Le calcul tient en deux opérations. Les 100 000 personnes traitées en Angleterre, divisées par 58 620 100 habitants, donnent 170,6 personnes traitées pour 100 000 habitants sur dix ans. Multipliées par les 69,1 millions d’habitants de la France, ces 170,6 pour 100 000 donnent 117 878 personnes, arrondies à 117 900, soit 11 800 par an. Nous calculons donc que la réussite anglaise, transposée à la France, équivaudrait à 117 900 personnes guéries en dix ans. Une limite : la comparaison suppose une prévalence proche des deux côtés de la Manche, ce qui n’est pas exactement le cas.

Mains gantées préparant un tube de prélèvement sanguin sur un chariot métallique, dans le couloir d’un service d’urgences.
Le test proposé au passage aux urgences a révélé 1 900 hépatites C ignorées en Angleterre depuis 2022.

Le verrou français est au dépistage, pas au traitement

C’est le point que la lecture rapide du communiqué anglais fait manquer. Entre janvier 2014 et décembre 2017, 58 943 patients ont initié un traitement par antiviraux à action directe en France, d’après le suivi de l’Assurance maladie publié au Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Le détail par année dit la montée en charge : 11 500 en 2014, 13 904 en 2015, 14 291 en 2016, puis 19 248 en 2017 après l’ouverture de l’accès universel aux molécules, soit une hausse de 35 % en un an.

Nous divisons ces 58 943 patients par quatre ans : 14 736 personnes traitées par an. C’est 1,25 fois le rythme anglais transposé de 11 800. La France a donc su traiter vite, et même plus vite que le voisin qu’on lui cite en exemple. Elle n’est pas allée chercher les personnes qui ignorent leur infection. Une hépatite C reste muette pendant des années : sans test, elle ne se signale qu’au stade des complications hépatiques.

Aux urgences anglaises, 1 900 personnes ont appris qu’elles étaient porteuses

C’est là que le dispositif anglais devient copiable. Depuis 2022, un test est proposé au passage aux urgences, sans démarche du patient. Il a permis de retrouver 1 900 cas jusque-là non diagnostiqués. Le NHS y ajoute un portail de commande de test à domicile, ouvert depuis plus de trois ans, qui évite d’avoir à demander l’examen à un médecin, donc à formuler à voix haute une prise de risque ancienne.

Reste à mesurer ce que ce rendement donnerait ici. Nous rapportons les 1 900 cas anglais à leurs quatre années de programme : environ 475 diagnostics par an. Rapportés à la population française, cela ferait près de 560 diagnostics annuels. Face aux 25 900 personnes qui ignoraient leur statut en France, ce seul canal mettrait une quarantaine d’années à vider le réservoir. Il vaut donc comme porte d’entrée supplémentaire, jamais comme stratégie à lui seul.

La Haute Autorité de santé a tranché contre le dépistage universel

Le 29 novembre 2019, la HAS a rendu un avis net : un dépistage universel ne serait pas efficient en France. Ses arguments sont documentés. La part de personnes atteintes d’hépatite C chronique recule (0,42 % en 2011, 0,30 % en 2016) et reste très inférieure à la moyenne internationale d’environ 1 %. Aucune étude ne démontre l’intérêt économique d’un test généralisé à toute la population adulte. Et l’expérience du VIH a montré que les personnes les plus exposées sont aussi les moins susceptibles de se présenter spontanément. La HAS recommande donc d’intensifier le ciblage : usagers de drogues injectables, population carcérale, personnes vivant avec le VIH ou une hépatite B. La prise en charge simplifiée a de son côté rapproché le traitement du lieu de vie du patient.

Les chiffres du réservoir viennent de la même campagne. Le volet BaroTest du Baromètre de Santé publique France estimait en 2016 à 133 466 le nombre de personnes porteuses d’une hépatite C chronique en métropole, dont 80,6 % connaissaient leur statut : restent environ 25 900 personnes qui l’ignoraient. Pour l’hépatite B, l’écart est bien plus large, avec 135 706 personnes concernées et 17,5 % seulement au courant. L’Association française pour l’étude du foie rappelle que la cible d’éradication pour 2025, annoncée en mars 2018, a laissé place aux objectifs OMS de 2030 (90 % de nouvelles infections en moins, 65 % de mortalité en moins), et que le seul pays européen à avoir réussi l’élimination, l’Islande, l’a fait avec un programme dédié lancé en 2016.

Kit d’auto-prélèvement sanguin à domicile posé sur une table en bois, avec une lancette, une carte buvard et une enveloppe prétimbrée.
BaroTest a rouvert son terrain le 16 mars 2026 avec des kits d’auto-prélèvement envoyés au domicile des participants.

La photographie française va d’ailleurs être refaite. BaroTest a rouvert son terrain le 16 mars 2026, avec des kits d’auto-prélèvement au doigt envoyés au domicile de participants de 18 à 79 ans, pour actualiser les prévalences des hépatites B, C et delta. Les premiers résultats diront si le réservoir de 2016 s’est vidé ou déplacé.

Qui devrait demander un test aujourd’hui

La liste des situations à risque publiée par le NHS s’utilise telle quelle en France, à une nuance de date près. Elle vise les personnes ayant reçu des soins ou vécu dans dix pays d’Europe centrale et orientale (Ukraine, Roumanie, Estonie, Lettonie, Pologne, Albanie, Lituanie, Bulgarie, Tchéquie, Slovaquie), celles qui se sont fait tatouer à l’étranger, celles qui ont un antécédent d’usage de drogues injectables, même unique et ancien, et celles qui ont été transfusées avant 1996 au Royaume-Uni. En France, la date de sécurisation des dons diffère : mieux vaut signaler tout antécédent de transfusion à son médecin que se fier à une année reprise d’un autre pays.

Le geste concret tient en une phrase à dire en consultation ou au laboratoire : demander une sérologie VHC en citant la situation à risque qui vous concerne. Le test est un prélèvement sanguin banal, et l’enjeu est un traitement de deux à trois mois qui guérit plus de neuf fois sur dix.

Questions courantes

L’hépatite C se guérit-elle vraiment ?
Oui. Le traitement de référence est une cure d’antiviraux en comprimés de huit à douze semaines, qui guérit plus de 95 % des cas selon le NHS England. C’est une guérison virologique : le virus n’est plus détectable et ne se transmet plus. Les lésions du foie déjà installées, elles, ne disparaissent pas toujours, d’où l’intérêt d’un dépistage précoce.

Combien de personnes ignorent leur hépatite C en France ?
Environ 25 900. L’enquête BaroTest 2016, publiée au Bulletin épidémiologique hebdomadaire en septembre 2019, estimait à 133 466 le nombre de personnes porteuses d’une hépatite C chronique en France métropolitaine, dont 80,6 % connaissaient leur statut. Pour l’hépatite B, la proportion de personnes informées tombe à 17,5 %.

La France traite-t-elle moins vite que l’Angleterre ?
Non, et c’est le résultat contre-intuitif de notre calcul. Les 100 000 personnes traitées en dix ans en Angleterre représentent 10 000 par an pour 58,6 millions d’habitants, soit un équivalent de 11 800 par an rapporté aux 69,1 millions d’habitants de la France. Or la France en traitait 14 736 par an entre 2014 et 2017. L’écart se joue sur le dépistage, pas sur l’accès aux médicaments.

Faut-il se faire dépister sans facteur de risque particulier ?
La Haute Autorité de santé a écarté le dépistage universel en novembre 2019, en jugeant qu’il ne serait pas efficient dans un pays où la prévalence est de 0,30 %. Elle recommande un dépistage ciblé sur les situations à risque. Un test reste possible à la demande, et une nouvelle enquête nationale par auto-prélèvement à domicile est en cours depuis mars 2026.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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