Une rame de métro où plusieurs voyageurs portent des écouteurs sans fil, le regard baissé sur leur téléphone

On parle 28 % de moins qu’en 2005 : « l’effet AirPods » qui nous éloigne en silence

Une rame entière de têtes baissées, des oreilles bouchées de petits globes blancs. Deux études récentes éclairent ce que ce geste discret fait à nos liens, et à nos opinions.

Sommaire
  1. En bref
  2. Les petites phrases qui ont disparu
  3. Le casque, ce « ne pas déranger » qu'on porte sur soi
  4. La voix qui s'installe dans votre tête
  5. Questions courantes

Vous montez dans le métro, vous balayez la rame du regard, et c’est devenu un réflexe : des rangées de têtes baissées, deux petits globes blancs au creux de chaque oreille. On se croise sans se voir. Derrière cette scène que nous vivons tous, un chiffre qui pince : le nombre de mots qu’une personne prononce dans une journée a chuté de 28 % entre 2005 et 2019, d’après une étude de l’université d’Arizona. L’oreillette, elle, est devenue un panneau « ne pas déranger » qu’on porte sur soi du matin au soir.

En bref

  • Le nombre de mots prononcés par jour a baissé de 28 % entre 2005 et 2019, passant d’environ 16 000 à 12 700, selon les travaux de Valeria Pfeifer et Matthias Mehl (université d’Arizona).
  • La baisse touche surtout les moins de 25 ans : 452 mots perdus par an, contre 314 chez les plus âgés.
  • Une voix écoutée au casque paraît plus chaleureuse et plus persuasive qu’au haut-parleur, selon une étude des universités de Californie.
  • En France, 71 % des gens écoutent la musique sur casque ou oreillettes (Ifop).

Les petites phrases qui ont disparu

Ce qui s’efface n’est pas la grande conversation, c’est la miette. Le « il fait beau, hein ? » à la caisse, la question d’un inconnu sur un quai, le mot échangé avec le voisin de banc. En rejouant une expérience de 2007 sur 2 200 nouveaux participants, les chercheurs ont vu apparaître une pente régulière : chaque année, 338 mots parlés en moins. Mises bout à bout, ces miettes pèsent plus de 120 000 mots évaporés sur un an. Matthias Mehl le résume sans détour : on peut désormais faire ses courses sans parler à personne, commander et payer au restaurant sans croiser un serveur. Nos vies sont plus efficaces, et nos échanges plus rudimentaires.

Le nombre moyen de mots parlés par jour est passé d'environ 16 000 en 2005 à 12 700 en 2019, soit une baisse de 28 %
Graphique Actu Alt Plus. Source : Pfeifer et Mehl, Perspectives on Psychological Science, université d’Arizona.
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La baisse concerne tout le monde, mais elle est plus raide chez les jeunes adultes, déjà repérés comme la tranche d’âge la plus exposée au sentiment d’isolement. Et l’oreillette, là, joue un rôle bien précis.

Le casque, ce « ne pas déranger » qu’on porte sur soi

Voilà la première mécanique, la plus visible. Tant que vous ne connaissez pas la personne qui porte des écouteurs, lui adresser la parole devient gênant, presque une intrusion. On suppose qu’elle écoute quelque chose, qu’elle s’isole volontairement, et on garde le silence. Le journaliste Markham Heid, qui a tiré le fil de ces études dans sa newsletter, raconte un parcours de golf entier passé à côté d’un partenaire qui n’a pas dit cinq mots, casque vissé. La nuance qui compte : l’oreillette peut aussi servir à entendre, à filtrer le bruit, parfois à compenser une gêne auditive. Le problème n’est pas l’objet, c’est le signal qu’il envoie aux autres, sans qu’on l’ait voulu. En France, où 71 % des gens écoutent leur musique sur casque ou oreillettes selon une enquête Ifop, ce panneau invisible se multiplie dans chaque rame, chaque file d’attente.

La voix qui s’installe dans votre tête

La seconde mécanique est plus retorse, et plus intéressante. Quand on écoute un contenu au casque plutôt que sur une enceinte, on perçoit la personne qui parle comme plus chaleureuse, plus empathique, plus convaincante. Des chercheurs des universités de Californie, dans une étude au titre parlant, « A Voice Inside My Head », l’ont vérifié sur plus de 4 000 participants. Leur explication tient en une image : le casque crée une sensation de voix « à l’intérieur du crâne », qui réduit la distance entre vous et celui qui parle, au point que sa voix se confond presque avec vos propres pensées. Concrètement, les auditeurs au casque se montraient plus enclins à rendre service à l’orateur, et jugeaient son message plus crédible. De quoi expliquer, en partie, pourquoi le podcasteur du matin finit par compter pour nous comme un proche. La même intimité de l’écoute peut servir autrement : c’est ce qui fait revenir les listening parties, où l’on se réunit pour écouter ensemble, sans parler trop fort.

Une jeune personne marche au crépuscule, un casque audio sur les oreilles, absorbée dans son écoute
Au casque, la voix paraît venir de l’intérieur, et gagne en pouvoir de conviction.

Personne ne va ranger ses écouteurs pour toujours, et ce n’est pas le sujet. Mais il y a une force tranquille dans une phrase de la chercheuse Gillian Sandstrom, citée par Heid : ces petits échanges anodins finissent par nous convaincre que les gens sont, dans l’ensemble, plutôt bienveillants. Quand le doute monte chez un adolescent qui se tait trop, une ligne d’écoute peut prendre le relais. Pour le reste, le geste qui rouvre la porte tient peut-être à retirer une oreillette, le temps de croiser un regard.

Questions courantes

De combien le nombre de mots parlés a-t-il baissé ?
De 28 % entre 2005 et 2019, selon une étude de l’université d’Arizona : une personne passait d’environ 16 000 mots par jour à près de 12 700, soit 338 mots parlés en moins chaque année.

Un client scanne seul ses courses à une caisse automatique, écouteurs aux oreilles
Caisse automatique, écouteurs vissés : la conversation avec le caissier a disparu.

Qui est le plus concerné par cette baisse ?
Tout le monde, mais surtout les moins de 25 ans : 452 mots perdus par an, contre 314 chez les plus de 25 ans. La perte porte surtout sur les petites conversations du quotidien.

Pourquoi une voix au casque paraît-elle plus convaincante ?
Le casque crée une sensation de voix « dans la tête » qui rapproche l’auditeur de celui qui parle. Selon l’étude « A Voice Inside My Head », on perçoit alors l’orateur comme plus chaleureux et plus persuasif qu’au haut-parleur.

Faut-il arrêter de porter des écouteurs ?
Non. Ils rendent service, filtrent le bruit, aident parfois à mieux entendre. Le seul point d’attention est le signal d’évitement qu’ils envoient : retirer une oreillette suffit souvent à rouvrir un échange.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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