Chariot chargé de sacs de provisions dans un couloir de prison aux portes de cellules fermées

Cantiner en prison passe par un bon de commande et un compte au nom du détenu

Un bon de commande, un compte au nom du détenu, des prix fixés par chaque directeur : comment fonctionne le système d’achat des prisons, et ce qu’il reste vraiment à dépenser.

Sommaire
  1. Comment cantiner en prison, concrètement ?
  2. Avec quel argent les détenus cantinent-ils ?
  3. Pourquoi la prison prélève-t-elle une partie de l’argent ?
  4. La cantine est-elle plus chère qu’au supermarché ?
  5. Que se passe-t-il quand un détenu n’a pas d’argent ?

Pour cantiner en prison, le détenu coche un bon de cantine, c’est-à-dire la liste des produits que son établissement vend à prix affichés. Il paie avec la part disponible de son compte nominatif, ouvert à son nom par la prison. Le système concerne les 89 400 personnes détenues en France au 1er octobre 2026, selon les statistiques du ministère de la Justice.

Comment cantiner en prison, concrètement ?

La cantine est prévue par l’article R. 332-33 du code pénitentiaire : elle permet d’acquérir « divers objets, denrées ou prestations de service » en plus du minimum gratuit, « une collation le matin et deux repas par jour », rappelle l’Observatoire international des prisons (OIP). Tout le reste se commande : épicerie, produits frais, bazar, fruits et légumes, petits équipements, produits culturels.

L’alcool est interdit à la vente. Le chef d’établissement contrôle les achats et peut les limiter « en cas d’abus ». À Mauzac (Dordogne), un détenu a acheté 80 paquets de pâtes d’un seul coup en 2012, un autre 75 paquets de céréales, selon un témoignage publié par l’OIP. La direction a fini par plafonner chaque produit à cinq unités et les boissons à douze.

Avec quel argent les détenus cantinent-ils ?

Le salaire du travail en détention comme le mandat d’un proche arrivent sur le compte nominatif, divisé en trois parts. En France, une personne détenue peut recevoir jusqu’à 200 euros par mois sans aucun prélèvement sur son compte nominatif, selon l’article D. 332-10 du code pénitentiaire, en vigueur depuis le 1er mai 2022. Ce seuil double pour les fêtes de fin d’année.

Au-delà, une première part, de 20 % à 30 % selon la tranche, revient aux victimes (les parties civiles) et aux créanciers d’aliments. Une deuxième part de 10 % alimente le pécule de libération. Seule la troisième se dépense en cantine, détaille la section du code sur le compte nominatif.

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Sur 500 euros reçus dans le mois, 405 restent dépensables en cantine selon notre calcul : 65 euros vont aux victimes, 30 au pécule.

Ce qui reste pour la cantine selon la somme reçue dans le mois (barème du code pénitentiaire appliqué par nos soins, hors fêtes de fin d’année)
Somme reçuePart victimes et créanciersPécule de libérationReste pour la cantinePart dépensable
300 €20 €10 €270 €90 %
500 €65 €30 €405 €81 %
600 €90 €40 €470 €78 %
1 000 €210 €80 €710 €71 %

Le prélèvement pour les victimes s’arrête quand leur part atteint 1 000 euros, si aucune partie civile ne reste à indemniser et qu’aucun créancier d’aliments ne s’est manifesté : l’argent repasse alors sur la part disponible.

Pourquoi la prison prélève-t-elle une partie de l’argent ?

Le code fait d’abord passer les victimes : dès qu’une condamnation devient définitive, le parquet signale à la prison le montant dû aux parties civiles, et le détenu ne peut plus toucher à cette part (article D. 332-11). Les 200 premiers euros, eux, échappent à tout prélèvement parce que le texte leur reconnaît un « caractère alimentaire ».

Sur 1 000 euros reçus dans le mois, 71 % restent disponibles pour la cantine, contre 90 % sur 300 euros.
Sur 1 000 euros reçus dans le mois, 71 % restent disponibles pour la cantine, contre 90 % sur 300 euros.
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La cantine est-elle plus chère qu’au supermarché ?

Les prix sont « fixés périodiquement par le chef de l’établissement pénitentiaire » et intègrent les frais de manutention et de préparation, sauf pour le tabac (article D. 332-34). En gestion publique, le marché national entré en vigueur début 2012 a obtenu des remises de 15 %, parfois 20 %, rapportait l’OIP en septembre 2012.

Les prisons en gestion déléguée suivent leurs propres contrats. En avril 2015, le journal des détenus de la prison de Corbas (Rhône) a comparé onze produits du prestataire Eurest avec l’hypermarché Auchan de Saint-Priest, sur lequel les prix étaient censés s’aligner. Neuf étaient moins chers à l’hypermarché, selon Lyon Mag : 12,49 euros les cinq lames de rasoir contre 10,17 euros. « A chaque fois que je remplis un bon de cantine, j’ai l’impression de payer un loyer ! », confiait un détenu à Rue89 Lyon. Un relevé local, de 2015.

En 2018, Complément d’enquête (France 2) consacrait « Cash cash en prison » à l’argent qui circule derrière les murs.

Vidéo : Complément d’enquête, « Cash cash en prison », France 2, 8 février 2018 (YouTube)

Que se passe-t-il quand un détenu n’a pas d’argent ?

Les personnes sans ressources suffisantes reçoivent une aide de 30 euros par mois, d’abord en nature. Il faut avoir moins de 60 euros sur son compte dans le mois et en avoir dépensé moins de 60 le mois précédent, selon une réponse du ministère de la Justice publiée le 26 août 2025. Bloquée à 20 euros depuis 2013, cette aide a été portée à 30 euros par le budget 2022, rappelle un avis du Sénat. S’y ajoute une aide d’urgence forfaitaire de 20 euros pour les détenus jugés indigents.

Louer un téléviseur et un réfrigérateur coûte 14,15 et 7,50 euros par mois, selon l’OIP : 21,65 euros, plus des deux tiers de l’aide mensuelle. En 2025, les aides d’urgence ont coûté 6 millions d’euros à l’administration pénitentiaire, moins de 0,5 % du budget de la détention selon le ministère.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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