Vitrine basse d’une galerie littéraire parisienne où sont posées des feuilles de papier ancien vierges sur du carton de conservation, lumière de fin d’après-midi.

Nadja écrivait : ses 51 lettres à André Breton sortent des archives un siècle plus tard

Léona Delcourt, dite Nadja, a écrit 51 lettres et textes à André Breton en 144 jours. Gallimard les publie et la Galerie Gallimard les expose : voici par quel chemin ces feuilles sont devenues publiques, et ce que la puissance publique a payé pour cela.

Essai visuel

Pendant près d’un siècle, on a lu Nadja sans jamais lire Nadja. Les 51 lettres et textes de Léona Delcourt, dite Nadja, paraissent chez Gallimard le 27 août 2026, soit 99 ans après la dernière lettre qu’elle a écrite à André Breton, le 25 février 1927.

L’exposition suit, du 4 septembre au 3 octobre 2026, à la Galerie Gallimard, 30-32 rue de l’Université à Paris. Le commissariat réunit Olivier Wagner, de la Bibliothèque nationale de France, et Alban Cerisier, des Éditions Gallimard, et l’accrochage se fait « avec la participation exceptionnelle » de la BnF et de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Tout tient d’abord en dix jours. André Breton et Léona Delcourt se voient du 4 au 13 octobre 1926, et cette rencontre donne « matière au chef-d’œuvre en prose du surréalisme, Nadja », publié en 1928, résume la galerie. La suite n’appartient qu’à l’un des deux. Il publie un livre qui porte le nom qu’elle s’était choisi, elle écrit des lettres qui restent dans des cartons.

Ce qu’une feuille montre

Un fac-similé donne ce qu’une citation ne donne jamais : le tracé, la pression du stylo, la place que prend un dessin à côté des mots. L’accrochage annonce des lettres et des dessins de 1926 et 1927, dont l’institution ne met en avant que de brèves phrases, celle-ci par exemple, attribuée à Nadja : « Homme de pierre, comprends moi ! ». Le reste se lit dans le volume ou devant la vitrine.

Mains gantées de blanc posant une feuille de papier ancien vierge sur un carton d’archives gris, dans une salle de lecture de bibliothèque à Paris.
Un fac-similé montre le tracé et la mise en page qu’une citation ne montre pas : c’est l’argument même de l’accrochage.

Le livre autorise une mesure que Breton n’a jamais donnée : la vitesse à laquelle elle écrivait. L’édition établie par Olivier Wagner réunit 51 lettres et textes en 176 pages, indique la fiche de l’ouvrage. Entre la rencontre du 4 octobre 1926 et la lettre du 25 février 1927, il s’écoule 144 jours.

Un envoi tous les trois jours

Selon nos calculs, ces 144 jours et ces 51 textes donnent un envoi tous les trois jours en moyenne, sur cinq mois. Le compte est un ordre de grandeur, puisque le volume ajoute aux lettres d’autres textes et un choix de dessins. Il suffit pourtant à déplacer le regard, parce qu’il oppose dix jours de rencontre à cinq mois d’écriture.

51 lettres et textes pour les 144 jours qui séparent la rencontre du 4 octobre 1926 de la dernière lettre du 25 février 1927 : un envoi tous les trois jours en moyenne. Ordre de grandeur, le volume ajoutant des textes annexes aux lettres.
51 lettres et textes pour les 144 jours qui séparent la rencontre du 4 octobre 1926 de la dernière lettre du 25 février 1927 : un envoi tous les trois jours en moyenne. Ordre de grandeur, le volume ajoutant des textes annexes aux lettres.
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Reste le chemin. Les papiers d’André Breton ont changé de statut en 2003, quand son atelier est passé en vente publique à l’hôtel Drouot, du 7 au 17 avril. L’État y a exercé 335 préemptions pour 11,56 millions d’euros, selon la réponse du ministère à une question parlementaire publiée le 30 juin 2003.

L’argent public n’a pas acheté au hasard. La préemption a retenu le manuscrit d’Arcane 17 et cinq peintures majeures signées Arp, Man Ray, Picabia et Brauner, tandis que « Le Mur » du bureau de Breton entrait au Musée national d’art moderne par dation et que les héritiers donnaient quinze œuvres emblématiques à des musées et à la bibliothèque Jacques-Doucet.

Le chemin d’un carton

Une lettre ne devient pas publique parce qu’elle est vieille. Il faut qu’une institution la conserve, qu’un éditeur scientifique l’établisse, qu’une salle l’accroche et qu’un budget suive. La lettre d’adieu du 25 février 1927 est aujourd’hui à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, à Paris, et c’est de là, avec la BnF, qu’elle rejoint une vitrine du 7e arrondissement.

Boîtes d’archives grises empilées sur des rayonnages métalliques dans le magasin d’une bibliothèque parisienne, une boîte ouverte et vide sur un chariot.
La lettre d’adieu du 25 février 1927 est conservée à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, à Paris.

Ce calendrier lent est celui de tous les fonds. On le retrouve dans les réserves qui gardent les archives de Thalassa comme dans les ateliers de reliure : entre l’entrée d’un document et sa première vitrine, il se passe des années, parfois des décennies.

Pour Léona Delcourt, il s’est passé un siècle, et sa vie n’a pas attendu. Internée le 21 mars 1927, moins d’un mois après sa dernière lettre, à la suite d’une crise délirante, elle a terminé ses jours à l’asile de Bailleul, près de Lille, où elle est morte le 15 janvier 1941. La galerie rappelle que son existence « fut longtemps négligée », jusqu’à une redécouverte dans les années 1980.

Le moment n’est pas neutre. Depuis février 2024, la tournée du centenaire du surréalisme a fait cinq étapes, de Bruxelles à Philadelphie en passant par Madrid et Hambourg, et l’étape parisienne du Centre Pompidou, du 4 septembre 2024 au 13 janvier 2025, a dépassé 550 000 visiteurs. Ces salles pleines montraient les œuvres des surréalistes, elles rendent aujourd’hui lisible ce que leurs modèles écrivaient.

L’édition suit deux régimes, relevés par ActuaLitté : le volume courant coûte 22 euros en Collection blanche, le tirage de luxe sous coffret est limité à 80 exemplaires numérotés, à 180 euros. L’accrochage ouvre le 4 septembre 2026, rue de l’Université, sous un titre emprunté à sa main : « Ma main écrit ce que tu penses… ».

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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