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7 000 grains de fécule de pomme de terre au millimètre carré : voilà ce qui donne leurs couleurs aux photographies des années 1910 qui circulent sur les réseaux sociaux. Aucune colorisation là-dedans : ces images sortent de plaques autochromes, un procédé breveté par Louis Lumière le 17 décembre 1903 et vendu dans le commerce à partir de 1907.
Le musée départemental Albert-Kahn conserve plus de 72 000 plaques autochromes, réalisées entre 1909 et 1931 et inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO le 10 avril 2025. Elles viennent de près de cinquante pays, sur quatre continents. Le Département des Hauts-de-Seine, qui garde le fonds à Boulogne-Billancourt, a annoncé l’inscription au registre de l’UNESCO le 19 mai 2025 ; la collection y rejoint 74 nouveaux ensembles documentaires.
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Le commanditaire avait une consigne simple : photographier ce qui allait disparaître. Albert Kahn, banquier d’affaires et pacifiste, a payé une douzaine d’opérateurs entre 1909 et 1931, équipés de deux inventions des frères Lumière : l’autochrome et le cinématographe.
« fixer une fois pour toute des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps »
Albert Kahn, banquier et fondateur des Archives de la Planète
Ce que la pomme de terre vient faire là
La plaque de verre est saupoudrée de grains de fécule teintés en rouge-orangé, vert et bleu-violet, laminés à 7 tonnes par centimètre carré (notice de l’Institut Lumière). Sous l’émulsion panchromatique au gélatino-bromure d’argent, les grains filtrent la lumière qui entre, puis recolorent l’image qu’on regarde. Un écran trichrome, fabriqué avec des pommes de terre.
Le photographe visse un filtre jaune sur l’objectif et glisse la plaque à l’envers dans l’appareil, le verre tourné vers l’objectif. Pose d’une seconde : à cette vitesse, un passant qui marche laisse une traînée.
Une plaque du musée mesure 9 × 12 cm, soit 10 800 millimètres carrés. À 7 000 grains au millimètre carré, cela fait environ 75,6 millions de grains de fécule par vue. La couleur est déjà dans le verre au moment du déclenchement. La production industrielle de l’usine Lumière a atteint 6 000 plaques par jour en 1913.
Où les voir, à Boulogne-Billancourt et en ligne
Le musée départemental Albert-Kahn, 2 rue du Port, en expose plus de 2 000 dans une exposition permanente d’environ 1 000 mètres carrés. Elles sont reproduites à leur format d’origine, 9 × 12 cm, sur un mur d’inventaire. La salle des plaques, lieu de conservation d’origine, garde son cabinet de projection. C’est la plus grande collection d’autochromes au monde, selon l’UNESCO.
Le musée ouvre du mardi au dimanche, de 11 à 19 heures d’avril à septembre, de 11 à 18 heures d’octobre à mars, et ferme tout le mois de janvier. L’entrée est à 9 euros, 6 euros en tarif réduit (horaires et tarifs).
Plus de 69 000 photographies et films sont visibles sur le portail des collections, soit environ 80 % des Archives de la Planète (présentation des collections en ligne). La Région Île-de-France en publie aussi le jeu de données ouvert, qui compte une centaine d’heures de films et 4 000 images stéréoscopiques à côté des autochromes.
France Culture a consacré une émission au banquier et à son inventaire du monde.
Couleur d’époque ou couleur ajoutée
Les grains de fécule sont pris dans le verre, et le verre date de la prise de vue. C’est la réponse courte à la question qui revient à chaque vague de partages. Une colorisation, elle, ajoute des teintes après coup à une image en noir et blanc, au pinceau ou au réseau de neurones.
AAP comptait 29 filtres derrière une image Webb le 17 septembre 2026 : chaque longueur d’onde y reçoit sa teinte, du bleu pour les plus courtes au rouge pour les plus longues. Une couleur peut donc être calculée sans rien inventer.
Les plaques de verre entretiennent d’autres malentendus. Les négatifs d’Alfred Maudslay, en 1889, ont fait croire à une pyramide de Chichén Itzá sous la jungle, déjà dégagée en réalité.
Sur verre, l’autochrome n’a pas passé les années 1930 : le Filmcolor sur pellicule l’a remplacé à partir de 1932, avant le Kodachrome de 1935 et l’Agfacolor de 1936.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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