
Essai visuel
Publié le 15 juillet 2026 · Mis à jour le 20 juillet 2026 à 16h08
Six cent dix kilomètres de pellicule. C’est la longueur de film argentique qu’il a fallu faire défiler dans des caméras pour rapporter les images de L’Odyssée, en salles en France depuis ce mercredi 15 juillet. Rapportée à la durée annoncée du film, cette matière représente environ trente-cinq fois ce que vous verrez à l’écran. Tout le reste est resté dans les boîtes.
Mise à jour du 20 juillet 2026. L’Odyssée de Christopher Nolan reste, à ce jour, le premier film tourné entièrement avec des caméras IMAX, un pari que le réalisateur décrit comme son ambition la plus ancienne, selon Universal relayé par Variety. Sorti le 15 juillet en France et le 17 aux États-Unis, il a signé le meilleur démarrage mondial de la carrière de Nolan avec 264,1 millions de dollars sur son premier week-end, dont 124,5 millions en Amérique du Nord, d’après Associated Press et Variety.
Le format que raconte cet article a porté ce score : les salles grand format ont pesé environ 53 % des entrées nord-américaines, et l’IMAX seul près d’un quart de ce démarrage. Les séances en 70 mm, dont la seule copie française projetée au Pathé Odysseum de Montpellier, affichaient complet dès l’ouverture.
L’Odyssée de Nolan est-il vraiment tourné à 100 % en IMAX ?
Oui : Universal et la Motion Picture Association le présentent comme le premier long métrage tourné entièrement avec des caméras IMAX, capté sur sept boîtiers dont deux modèles neufs conçus pour la production.
Sept caméras pour un seul voyage

Le tournage a duré 91 jours, entre la Grèce, le Maroc, la Sicile, l’Islande et l’Écosse. Sept caméras IMAX tournaient en rotation : deux exemplaires d’un modèle neuf baptisé la Keighley, et cinq machines plus anciennes. Plus de deux millions de pieds de pellicule sont repartis vers les laboratoires. Christopher Nolan a résumé l’affaire sur la scène de CinemaCon : « Un cauchemar absolu à filmer, mais dans le bon sens du terme. »
Ce que la pellicule impose à une équipe
La Motion Picture Association présente L’Odyssée comme « le premier film tourné entièrement avec des caméras IMAX ». La formule vient de l’association professionnelle du secteur, pas d’un laboratoire indépendant : nous la citons pour ce qu’elle est, une revendication de l’industrie sur son propre produit. Elle recouvre pourtant une contrainte physique très concrète, et c’est là que le sujet devient intéressant.
Une image IMAX en 65 mm à quinze perforations fait à peu près la taille d’une carte bancaire. Pour en exposer vingt-quatre par seconde, la caméra doit lancer la pellicule à plus de cinq pieds et demi par seconde, près de 1,70 mètre, et l’arrêter net vingt-quatre fois, avec une précision parfaite. « Il y a une physique que l’on ne peut pas vraiment éviter », résume le chef opérateur Hoyte van Hoytema.
Cette violence mécanique fait du bruit. Beaucoup. C’est la raison pour laquelle ces caméras étaient jusqu’ici cantonnées aux séquences d’action, depuis les scènes de The Dark Knight en 2008 : trop bruyantes pour un dialogue chuchoté, trop lourdes pour une scène intime. La Keighley, dessinée après une demande adressée directement au patron d’IMAX au printemps 2024, ne supprime pas le problème, elle en change l’échelle. Boîtier en fibre de carbone, mouvement redessiné, et un gain de 15 à 20 % de silence par rapport aux modèles précédents. Le chef opérateur décrit l’écart en deux images : on passe d’« une tondeuse déchaînée » à « une machine à coudre bien huilée ».
Trente-cinq pieds tournés pour un pied projeté

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Le film est annoncé à 2 h 52 par son distributeur. À la vitesse de défilement du format, une copie de cette durée mesure autour de dix-huit kilomètres. Face aux six cent dix kilomètres impressionnés pendant le tournage, le rapport s’établit autour de trente-cinq pour un. Chaque plan que vous verrez a coûté trente-quatre autres, restés dans les caisses.
Le prix du silence : 109 kilos de caisson
Pour les scènes qui exigeaient un plateau parfaitement muet, l’équipe enfermait la caméra dans un blimp, un caisson insonorisé de 240 livres, environ 109 kilos, de la taille d’un petit coffre-fort. Un objet que l’on ne déplace pas sur un caprice. Mais la nouvelle caméra était assez discrète pour s’en passer là où le caisson devenait impraticable, sur un bateau en pleine houle par exemple.
« On peut tourner à trente centimètres du visage d’un acteur qui chuchote et récupérer un son exploitable », explique le réalisateur. Ce qui s’ouvre là, ce ne sont pas des plans plus spectaculaires. Ce sont des plans plus petits : un souffle, un regard, une hésitation, sur le plus grand format existant. Le contraire de ce que l’IMAX a vendu pendant vingt ans.
Le compte à rebours, lui, ne pardonne rien. L’écran LCD de la Keighley affiche les secondes de pellicule restantes, et dans la démonstration diffusée par IMAX, on lit « 42 seconds remaining » en bas de l’interface. Tourner en IMAX intégral, c’est accepter de recharger sans cesse, dans une grotte marocaine comme sur un rocher islandais, en sachant que la bobine gagne toujours à la fin.
Une seule salle en France pour le voir tel quel

Le paradoxe vous attend au guichet. Un film tourné intégralement en IMAX, et une seule salle française capable de le projeter en 70 mm : le Pathé Odysseum de Montpellier, équipé depuis ce 15 juillet, seul écran du pays au format natif 1.43, 22,39 mètres de large sur 16,76 de haut. Trois autres salles seulement, en Europe continentale, disposent de cette technologie.
Le chiffre qui situe vraiment l’écart est ailleurs. Pathé exploite 39 salles IMAX, dont 26 en France. Vingt-six salles portent le logo, une seule fait défiler de la pellicule. Les autres projettent en numérique, sans le format natif 1.43 qui donne à l’image cette hauteur inhabituelle. Ce n’est pas le même objet, et votre billet ne le précise pas toujours. La question mérite d’être posée au moment où Hollywood mise sur l’événement pour ramener le public en salle, et où la Gen Z revient dans les salles obscures.
Reste ce que le film raconte sans le vouloir. Homère met en scène un homme qui prend dix ans pour rentrer chez lui, parce que le trajet compte plus que l’arrivée. Le tournage a fait exactement la même chose : 91 jours, cinq pays, six cent dix kilomètres de matière pour dix-huit kilomètres conservés. La démesure n’est pas ici un argument publicitaire, c’est la méthode. Et si vous n’êtes pas à Montpellier cette semaine, vous verrez une copie de ce voyage plutôt que le voyage lui-même. Ce qui, après tout, est déjà ce qu’Ulysse rapporte à Ithaque : un récit, jamais tout à fait la chose vécue.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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