Une machine à écrire sur un bureau la nuit, entourée de boulettes de papier froissé, devant une fenêtre battue par la pluie

Concours Bulwer-Lytton : le dernier palmarès des phrases ratées, traduit en français

De 1983 à 2024, un concours américain a primé le plus mauvais début de roman imaginable. Son fondateur l'a arrêté, et le palmarès 2024 est le dernier. Voici les phrases lauréates, traduites et décortiquées.

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi « une nuit sombre et orageuse » ?
  3. Le dernier palmarès, traduit
  4. Ce qu'une phrase ratée dit d'une bonne
  5. Questions courantes

Récit

Lancé en 1983, le concours Bulwer-Lytton a refermé en 2024 son palmarès sur une gifle venue du rayon charcuterie.

Le grand prix 2024, le dernier jamais décerné, revient à Lawrence Person, d’Austin (Texas). Sa phrase montre un corps de femme qui frappe le narrateur comme une pièce de porc tombée d’un camion (palmarès officiel 2024). Depuis, son fondateur, Scott Rice, a annoncé la fin de la compétition sur le site du concours : « It’s been 42 good years but, alas, all good things must come to an end. »

Le principe tenait en une ligne. Depuis 1983, Scott Rice invitait les candidats à envoyer « de mauvaises premières phrases de romans imaginaires ». Il motive son départ avec un humour intact. « D’un an et demi plus âgé que Joseph Biden », il veut se mettre au vert « tant qu’il lui reste un peu de vigueur ». Un hommage de la radio publique NPR, repris le 12 août 2025 par la station WHQR, confirme que l’édition 2024 était la dernière.

En bref

  • Le concours Bulwer-Lytton récompensait depuis 1983 le plus mauvais début possible d’un roman imaginaire.
  • Son fondateur, Scott Rice, y a mis fin : le palmarès 2024 reste le dernier.
  • Le nom vient du « It was a dark and stormy night » d’Edward Bulwer-Lytton, publié en 1830.
  • Les phrases primées ratent avec méthode : elles déraillent dans leurs derniers mots.

Pourquoi « une nuit sombre et orageuse » ?

Edward Bulwer-Lytton publie Paul Clifford en 1830. Le roman s’ouvre ainsi (texte intégral sur Project Gutenberg) : « It was a dark and stormy night; the rain fell in torrents […] (for it is in London that our scene lies) […]. » En français : « C’était une nuit sombre et orageuse ; la pluie tombait à verse […] (car c’est à Londres que se situe notre scène). »

La phrase annonce l’orage, puis s’arrête en pleine rafale pour donner l’adresse. Elle file ensuite jusqu’aux réverbères qui « luttent contre l’obscurité ». La phrase d’ouverture de Paul Clifford (1830), qui a donné son nom au concours Bulwer-Lytton, compte 58 mots, soit plus de sept fois les 8 mots du « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » de Proust. L’ouverture de Du côté de chez Swann tiendrait sur un Post-it. Celle de Bulwer-Lytton réclame une ordonnance pliée en deux.

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Le dernier palmarès, traduit

Le grand prix tient en 20 mots : « She had a body that reached out and slapped my face like a five-pound ham-hock tossed from a speeding truck. » Traduction : « Elle avait un corps qui a jailli pour me gifler, comme un jambonneau de cinq livres jeté d’un camion lancé à pleine vitesse. » La comparaison démarre en roman noir. Elle finit au rayon charcuterie.

Dans la catégorie Dark & Stormy, Owen Roherty, de Colborne (Canada), s’attaque à la phrase fondatrice elle-même. Sa version : « It was a dark and stormy night, or more specifically, a Tuesday afternoon in Ireland. » Soit : « C’était une nuit sombre et orageuse, ou plus exactement un mardi après-midi en Irlande. » Quinze mots, et la nuit a disparu.

Le prix Vile Puns, celui des calembours infâmes, revient à A. R. Templeton, de Stratford (Canada). Son Torquemada fait rôtir un voyant à la broche en soupirant : « I do enjoy turning a prophet. » Le jeu de mots repose sur « turning a profit », faire du bénéfice. Traduit, il donne « j’aime bien faire tourner un prophète ».

La science-fiction couronne une Néerlandaise, Eline Lüschen, de Groningue. Dans son Amérique de 2035, le clonage humain est légal. Benjamin Franklin revient remettre la Poste sur les rails, et Alexander Hamilton peut enfin se jouer lui-même à Broadway, huit fois par semaine. Côté romance, Tony Buccella (Allegany, New York) l’emporte avec une recette de mojito : cœurs brisés en guise de sirop, rêves brisés en guise de rhum blanc.

Ce qu’une phrase ratée dit d’une bonne

Rex Allen, de San Rafael (Californie), gagne la catégorie aventure avec le capitaine d’un pétrolier norvégien. Le navire coule au large de Mourmansk, dans une mer sombre et orageuse. En nageant, le capitaine ne se demande même pas si les Giants de San Francisco ont une chance au championnat. Le ressort est toujours le même : un registre sérieux s’installe, puis la phrase bascule dans ses derniers mots.

Rater ainsi demande du métier : il faut tenir le lecteur assez longtemps pour que le dérapage le surprenne. Le procédé dit en creux ce que réussit une bonne première phrase : promettre un livre sans le résumer. Proust installe un personnage et une durée en huit mots. Bulwer-Lytton consacre les siens à la météo, puis à l’éclairage public.

Scott Rice avait sa propre explication de la longévité de son concours, confiée à NPR : il est resté frais « parce que les gens ne cessent de le réinventer ». En France, le prochain verdict sur des phrases tombera le 3 novembre 2026, quand l’Académie Goncourt couronnera l’un des huit romans de sa deuxième sélection. Elle primera cette fois les meilleures.

Vrai ou faux ?

  1. Le concours Bulwer-Lytton a publié un palmarès 2025.

    Faux. Son fondateur a annoncé la fin de la compétition : le palmarès 2024 est le dernier.

  2. « It was a dark and stormy night » ouvre un roman publié en 1830.

    Vrai. C’est la première phrase de Paul Clifford, d’Edward Bulwer-Lytton.

  3. Le grand prix 2024 est revenu à une autrice néerlandaise.

    Faux. Il revient à Lawrence Person, d’Austin (Texas). Eline Lüschen, de Groningue, gagne la catégorie science-fiction.

Questions courantes

Combien de phrases le concours Bulwer-Lytton recevait-il ?
Au moins 6 000 par an, selon NPR, envoyées des États-Unis et du monde entier.

Qui était Scott Rice ?
Un professeur d’anglais de l’université d’État de San José, en Californie. Il a lancé le concours en 1983, selon NPR, comme une simple plaisanterie.

Où lire Paul Clifford en entier ?
Le roman de 1830 est dans le domaine public. Son texte anglais intégral est disponible gratuitement sur Project Gutenberg.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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