Une urne funéraire en terre cuite à demi dégagée dans une tranchée, au pied de montagnes arides du nord-ouest argentin

Le crâne allongé de Catamarca vient d’un rite que Toulouse a aussi pratiqué, pas d’un alien

Ni malformation ni extraterrestre : un geste de parents, pratiqué des Andes jusqu'à la région toulousaine. Et une question qui revient toujours, celle du cerveau.

Sommaire
  1. Qui était l'enfant de San Fernando ?
  2. Comment et pourquoi modelait-on la tête des bébés ?
  3. Est-ce que ça abîmait le cerveau ?
  4. À Toulouse, le bandeau a tenu jusqu'à la Première Guerre mondiale

Récit

Des ouvriers qui posaient une conduite d’eau potable à San Fernando (province de Catamarca, Argentine) ont mis au jour deux urnes funéraires en mai 2025. Dans l’une reposait un enfant au crâne long et ovale, vite comparé en ligne à un extraterrestre. Les archéologues y lisent un geste humain : des parents modelaient la tête de leurs nourrissons avec des planchettes et des bandages (récit du chantier).

Qui était l’enfant de San Fernando ?

L’enfant au crâne allongé découvert en mai 2025 à San Fernando, en Argentine, avait trois ou quatre ans et a été inhumé entre 1100 et 1300. Ces estimations viennent de la direction provinciale d’anthropologie, dont le directeur, Cristian Sebastián Melián, classe le crâne dans la déformation « tabulaire oblique » (propos relayés par El Popular). L’autre urne ne contenait que des restes partiels.

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Sauf que le premier communiqué, celui du groupe d’études archéologiques de l’université nationale de Catamarca (GEA), parlait de déformation « tabulaire érigée » (communiqué du GEA). Les deux termes désignent deux variantes d’une même technique, à base de planchettes de bois.

Comment et pourquoi modelait-on la tête des bébés ?

Dans le nord-ouest argentin, les cultures que les archéologues nomment Ciénaga et Aguada ont pratiqué ce modelage entre le IIIe et le XIIe siècle, selon le GEA. Tant que les os du nourrisson restaient souples, une pression contrôlée suffisait à remodeler la tête.

Pour le GEA, cette forme disait l’appartenance à un groupe, l’identité familiale, le rang social ou des croyances. Plus au nord, à Tiwanaku (Bolivie), chaque région avait son style, selon une étude publiée en 2023 dans Child’s Nervous System : crânes aplatis en boîte au sud-ouest, coniques au nord-est. Chez certains peuples, dont les Aymaras, elle marquait aussi une classe de guerriers, qui distinguaient ainsi leurs compagnons des envahisseurs.

Est-ce que ça abîmait le cerveau ?

Aucune preuve ne l’établit. En 2007, Gregory Lekovic et trois collègues ont passé en revue la littérature médicale et anthropologique ainsi que des collections de musée (revue parue dans Neurosurgery). Chez les Olmèques et les Mayas, adeptes de formes sévères, ils ne trouvent aucune trace directe de dommage cognitif ni de déclin de ces sociétés.

Des mécanismes physiologiques restent plausibles, admettent les auteurs, mais les données historiques ne permettent pas de trancher. L’étude sur Tiwanaku évoque de possibles troubles de la mémoire ou de l’attention, des effets qu’elle juge fragiles et non concluants.

À Toulouse, le bandeau a tenu jusqu’à la Première Guerre mondiale

La coutume a aussi été française. En 1871, Paul Broca présentait le crâne d’une Toulousaine morte à 74 ans, façonné dans sa jeunesse par le serre-tête et les béguins (communication de Broca). Il rapprochait cette « déformation toulousaine » des pratiques d’Amérique et d’Océanie.

Dans la région toulousaine, on posait sur la fontanelle du nouveau-né une pièce de flanelle, puis un serre-tête et un bandeau, le « bendel » ou « pountou » (enquête de France 3 Occitanie). Les garçons le portaient jusqu’à quatre ou cinq ans. Les filles le gardaient toute leur vie, car montrer ses cheveux ne se faisait pas. Au début du XIXe siècle, un médecin toulousain relevait 100 % de crânes déformés dans un village du Lauragais. À la fin du siècle, il n’en restait que 10 %. La coutume s’est éteinte avec la Première Guerre mondiale.

Pourquoi les Toulousains s’y tenaient, personne ne le sait vraiment. Sur le cerveau, en revanche, Roman Khonsari, spécialiste des malformations maxillo-faciales, est net : « Toutes les mesures sur les souffrances liées à une pression trop importante sur le cerveau sont négatives. » Quand on écrase la cavité crânienne, explique l’auteur du livre Le Crâne toulousain (2022), « le cerveau compense et grandit dans l’autre sens ».

Vrai ou faux ?

  1. Le modelage du crâne des bébés n’a existé qu’en Amérique.

    Faux. Paul Broca décrivait dès 1871 la « déformation toulousaine ».

  2. On modelait la tête des nourrissons parce que leurs os étaient encore souples.

    Vrai. La pression agissait tant que les os restaient flexibles, selon les archéologues de Catamarca.

  3. Des études ont prouvé que ces crânes modelés réduisaient l’intelligence.

    Faux. La revue de 2007 parue dans Neurosurgery n’a trouvé aucune trace directe de dommage cognitif.

Pour l’enfant de San Fernando, l’âge et la datation restent des estimations de la direction provinciale d’anthropologie de Catamarca.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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