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Récit
Tokyo, janvier 1954. Que fait un général qui sort de prison en estimant avoir payé trop peu ? Hitoshi Imamura, ancien commandant des troupes japonaises de Rabaul, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, se fait bâtir une réplique de cellule dans le jardin de sa maison et s’y retire jusqu’à sa mort.
Condamné en 1947 à 10 ans de prison, Hitoshi Imamura a vécu plus de 14 ans dans sa cellule de jardin, jusqu’à sa mort en 1968. D’après sa biographie de référence, il jugeait sa peine trop légère au regard des crimes commis par ses subordonnés. L’historien belge David Van Reybrouck rapporte l’épisode dans Revolusi, son histoire de l’indépendance indonésienne parue en 2020.
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Pourquoi Imamura a-t-il été condamné à Rabaul ?
Le procès se tient du 1er au 16 mai 1947, devant un tribunal militaire australien installé à Rabaul, sur l’île de Nouvelle-Bretagne. Imamura y commandait depuis la fin de 1942 la 8e armée de zone, engagée aux îles Salomon et en Nouvelle-Guinée. On ne lui impute aucun ordre criminel : on lui reproche d’avoir manqué à son devoir de contrôler ses hommes, auteurs d’« atrocités brutales » contre des Australiens et leurs alliés.
À la barre, le général ne fait pas son mea culpa. Ses deux déclarations écrites, analysées par la bibliothèque de l’université d’Hawaï, contestent les accusations. Il dit n’avoir jamais ordonné de crimes ni fermé sciemment les yeux sur eux. Les victimes indiennes, indonésiennes et chinoises étaient selon lui des travailleurs engagés de leur plein gré dans l’armée japonaise, donc hors de la protection du droit international. Le tribunal le condamne malgré tout, à une peine que les archivistes d’Hawaï qualifient de « relativement légère ».
Un occupant clément de Java
En 1942, à la tête de la 16e armée, Imamura avait conquis Java sur les Néerlandais. Sa politique envers la population y est décrite comme « inhabituellement clémente ». Elle heurte souvent l’état-major de l’armée du Sud et le quartier général impérial, mais lui vaut de nombreux soutiens sur l’île. À Jakarta, un tribunal militaire néerlandais devant lequel l’accusation requiert la mort l’acquitte faute de preuves, selon sa biographie japonaise.
À Rabaul, ce sont les actes de la 8e armée de zone qu’on lui fait payer.
Pourquoi s’enfermer une fois libre ?
La cellule de jardin a un précédent : en mars 1950, détenu à la prison de Sugamo, à Tokyo, Imamura demande à rejoindre ses anciens subordonnés détenus par les Australiens sur l’île de Manus. Environ 190 condamnés japonais y étaient arrivés en 1949, sous la garde de la marine australienne, selon la Naval Historical Society of Australia. Le général MacArthur aurait salué là le « vrai bushido » avant de donner son accord. Imamura reste sur Manus jusqu’à la fermeture de la prison, en août 1953, puis finit sa peine à Sugamo.
Sa peine purgée, il sort en janvier 1954 et fait aménager son réduit dans un coin de la propriété. Il y vit de sa seule pension militaire. Ses mémoires paraissent, et il en reverse les droits d’auteur aux familles des morts de la guerre et des condamnés exécutés.
Chronologie
Un tribunal militaire australien condamne Imamura à 10 ans de prison à Rabaul.
Il rejoint ses anciens subordonnés détenus sur l’île de Manus.
La prison de Manus ferme, il est transféré à Sugamo.
Libéré, il s’installe dans une cellule bâtie dans son jardin.
Les 18 derniers criminels de guerre détenus à Sugamo sont libérés sur parole.
Imamura meurt à Setagaya, à 82 ans.
Plus longtemps que les derniers détenus de Sugamo
Pendant qu’Imamura s’enferme, la prison de Sugamo se vide. Elle a accueilli quelque 2 000 criminels de guerre japonais. En 1955, des condamnés du procès de Tokyo comme le maréchal Shunroku Hata ou le général Sadao Araki y sont libérés sur parole. Les 18 derniers sortent le 31 mai 1958, d’après l’histoire de la prison. Imamura reste dans sa cellule de jardin dix ans de plus.
Il meurt chez lui, à Setagaya, le 4 octobre 1968, à 82 ans.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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