Les mains d'une femme enceinte posées sur son ventre, près d'un verre d'eau et d'une plaquette de comprimés sur une table de cuisine

Antidépresseur pendant la grossesse et autisme : la dépression pèse plus que le traitement

Une cohorte galloise sépare enfin l'effet de la dépression de celui du médicament. Ce qu'elle rassure, ce qu'elle nuance, et combien de Françaises arrêtent leur traitement.

Sur 167 447 enfants nés au pays de Galles entre 2009 et 2016, l’autisme et le TDAH ne sont pas significativement plus fréquents quand la mère dépressive a pris un antidépresseur pendant sa grossesse. La comparaison oppose des mères toutes dépressives, traitées ou non. L’équipe de Saraid McIlvride, à l’université de Glasgow, a publié ces résultats le 29 septembre 2026 dans PLOS Medicine, avec un suivi des enfants jusqu’en 2022.

Le médicament n’est pas blanchi pour autant : l’étude regarde aussi les besoins éducatifs particuliers, un repérage scolaire plus large qu’un diagnostic. Au pays de Galles, 26,5 enfants sur 100 nés de mères dépressives traitées par antidépresseur avaient des besoins éducatifs particuliers, contre 23,6 sur 100 sans traitement (PLOS Medicine, 29 septembre 2026). Chez les enfants sans aucune exposition, la proportion tombe à 20 sur 100.

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La dépression seule s’accompagne donc de 3,6 cas de plus pour 100 enfants. Le traitement, de 2,9 de plus chez les mères dépressives. Le détail compte : l’écart lié au médicament porte surtout sur les difficultés d’apprentissage (1,3 cas de plus pour 100) et sur les difficultés comportementales, émotionnelles et sociales (1,1 de plus).

Besoins éducatifs particuliers selon l’exposition pendant la grossesse (enfants nés au pays de Galles de 2009 à 2016)
GroupePour 100 enfantsÉcart avec les non-exposés
Ni dépression ni antidépresseur20,00
Dépression non traitée23,6+3,6
Dépression traitée par antidépresseur26,5+6,5
Antidépresseur sans dépression enregistrée26,3+6,3

Le dernier groupe, à 26,3 enfants sur 100, intrigue. Ces mères ont reçu un antidépresseur sans dépression notée dans leur dossier, et leurs enfants atteignent presque le niveau du groupe traité pour dépression. Le dossier ne remonte pourtant qu’à deux ans avant l’accouchement : une dépression plus ancienne, ou une autre indication, peut y échapper.

Pourquoi la dépression brouille-t-elle les chiffres ?

La peur date de décembre 2015. Une cohorte québécoise de 145 456 enfants associait alors une exposition aux 2e et 3e trimestres à un risque d’autisme multiplié par 1,87 (JAMA Pediatrics). En France, la presse santé a titré sur « 87 % ».

La difficulté tient à une question simple : qui prend un antidépresseur ? Une femme déprimée, et souvent plus sévèrement que celle qui s’en passe. Les épidémiologistes parlent de confusion par indication. L’équipe galloise le reconnaît : elle ne disposait d’aucune donnée sur la sévérité de la dépression. L’autisme et le TDAH sont aussi en partie héréditaires, et l’étude ignore si les mères en étaient elles-mêmes atteintes.

Une méta-analyse publiée en juin 2026 dans The Lancet Psychiatry a testé ce soupçon sur 37 études et 648 626 grossesses exposées. Avant ajustement, l’autisme paraissait 1,69 fois plus fréquent après une exposition. Mais quand c’est le père, qui ne porte pas l’enfant, qui prenait un antidépresseur, le risque montait aussi : 1,28 pour l’autisme, 1,46 pour le TDAH. Pour les auteurs, ces signaux renvoient à la santé mentale et à l’hérédité familiales plus qu’à un effet du comprimé in utero.

L’étude galloise garde ses limites, à commencer par une population majoritairement blanche. Les ISRS représentent 83,4 % des prescriptions. Les tricycliques (10 %) et les IRSN (5 %) affichent des écarts plus grands (8,8 cas pour 100), mais aux marges d’erreur trop larges pour conclure.

Et chez nous ?

Combien de Françaises gardent leur traitement pendant la grossesse ?

En 2014, 25,7 grossesses sur 1 000 ont été exposées à un antidépresseur en France, sur 766 508 grossesses suivies dans les données de remboursement de l’Assurance maladie (British Journal of Clinical Pharmacology, 2018). Cela représente environ 19 700 grossesses dans l’année. La cohorte galloise compte 7,8 % d’enfants exposés pendant la grossesse, soit trois fois la proportion française, avec des définitions proches mais pas identiques.

L’écart tient aussi aux arrêts. En France, 63 % des traitements en cours l’année précédant la grossesse sont interrompus avant la conception. Parmi ceux qui la franchissent, 68 % s’arrêtent au premier trimestre. Sur 100 traitements en cours un an avant la grossesse, environ 12 passent donc le cap du premier trimestre.

Faut-il arrêter son antidépresseur en cas de grossesse ?

Ni la cohorte galloise ni la méta-analyse du Lancet Psychiatry ne le recommandent. Cette méta-analyse conclut que le traitement doit être poursuivi chez les femmes enceintes souffrant d’une dépression modérée à sévère. Saraid McIlvride rappelle de son côté qu’une dépression non traitée peut avoir un impact sérieux sur la mère comme sur le bébé, selon PsyPost.

« Les femmes veulent pouvoir avoir confiance dans leur décision de prendre un traitement pendant la grossesse. »

Saraid McIlvride, université de Glasgow, autrice principale de l’étude

L’arrêt n’est pas neutre non plus : chez l’adulte, l’angoisse et l’humeur qui plonge suivent souvent le calendrier des baisses de dose, au point de se confondre avec une rechute. La décision se prend avec le médecin qui suit la grossesse.

En France, la référence s’appelle le CRAT, le Centre de référence sur les agents tératogènes. Il met en ligne ses informations médicament par médicament, antidépresseurs compris. Quand un traitement change en cours de grossesse en France, la sertraline est la molécule vers laquelle on bascule le plus souvent (données 2014).

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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