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Vous avez probablement en tête une Australie d’avant 1788 presque vide. L’Australie comptait 2,22 millions d’habitants autochtones avant 1788, sept fois l’estimation de référence posée en 1930, selon une étude parue le 15 septembre 2026 dans Nature Human Behaviour. Quinze chercheurs la signent, sous la conduite d’Alan N. Williams (EMM Consulting et James Cook University). Leur chiffre ne sort d’aucun registre : il croise plusieurs méthodes, dont trois indépendantes des comptages coloniaux, pour compter des gens qui n’ont jamais été recensés.
Second chiffre : en 1861, soixante-treize ans après l’arrivée de la First Fleet, il restait entre 177 000 et 193 000 personnes autochtones sur le continent. C’est environ 7 % du point de départ selon le modèle des auteurs. L’étude de Nature Human Behaviour impute à cette période 2,06 millions de décès excédentaires, dans une fourchette qui va de 700 000 à 4,2 millions.
Plusieurs façons de compter une population sans registre
La première passe par les déchets. Les auteurs mobilisent plus de 5 000 dates au radiocarbone issues de sites archéologiques australiens : foyers, amas coquilliers, restes de repas. Plus un continent porte de monde, plus il laisse de traces datables. La densité de ces dates se lit donc comme une courbe de population sur des dizaines de milliers d’années.
La deuxième et la troisième passent par l’ADN : la taille efficace de la population est reconstruite à partir de mitogénomes autochtones, l’ADN transmis par les mères. Un génome garde la mémoire du nombre d’ancêtres qu’il a fallu pour le produire, et cette mémoire remonte bien au-delà de toute archive. AAP racontait le 2 août 2026 comment cette lecture-là fait sortir deux ancêtres sans os de nos propres génomes.
La quatrième est écologique : combien de personnes un continent nourrit-il sans agriculture ? En passant la productivité des milieux australiens dans un modèle de capacité de charge, les auteurs obtiennent 0,29 habitant au kilomètre carré. Cela fait une personne pour un peu plus de trois kilomètres carrés.
Chacune des trois méthodes arrive avec ses angles morts, et les auteurs ne s’en cachent pas : « chaque méthode possède différentes hypothèses et incertitudes ». Archéologie, génétique et écologie aboutissent pourtant à des résultats voisins. C’est la concordance des modèles et de la génétique, et non les récits ethnographiques de l’époque coloniale, qui fixe la médiane à 2,22 millions. Les auteurs ne lissent pas l’incertitude pour autant : ils retiennent une population « d’au moins plus de 1 million, mais plus vraisemblablement de 2 à 3 millions, et potentiellement de plus de 5 millions au moment de l’invasion coloniale ».
Mises bout à bout, ces estimations dessinent une trajectoire que deux siècles n’ont pas refermée.

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Le même parcours, jalon par jalon, avec la part que chacun représente par rapport au niveau d’avant 1788.
| Repère | Population autochtone | Part du niveau estimé pour 1788 |
|---|---|---|
| Avant 1788 (médiane de l’étude) | 2 220 000 | 100 % |
| Estimation de référence posée en 1930 | 300 000 | 14 % |
| 1861 | 177 000 à 193 000 | 8 % (7 % selon le modèle des auteurs) |
| Recensement de 2021 | 812 728 | environ 37 % |
Ce que l’écart fait à l’histoire de 1788
Un point de départ aussi haut ne change pas les faits de la colonisation : il en change l’échelle. Le modèle démographique répartit les décès excédentaires sur soixante-treize ans, soit environ 28 200 par an. Il les impute aux maladies importées, à la violence de frontière et aux politiques d’assimilation. En moins de quatre-vingts ans, plus de 90 % de la population d’avant 1788 a disparu.
Ce même modèle refuse de trancher entre les trois causes. Il « ne peut pas diviser de façon fiable » les décès entre maladie, violence directe et violence structurelle, préviennent les auteurs dans leur présentation de l’étude. Ils ajoutent que ce total « n’est pas un décompte précis ». Même la borne basse de leur fourchette suppose, selon eux, « une perte de vie catastrophique à l’échelle continentale ».
La discussion n’est pas propre à l’Australie. Les Amériques l’ont menée avant elle, avec les mêmes outils et le même point aveugle : une hécatombe que personne n’a comptée sur le moment. AAP la suivait quand des momies chiliennes ont rouvert le débat sur la date d’arrivée de la variole sur le continent.
Ce qui manque encore au compte
Le recensement australien de 2021 dénombre 812 728 personnes autochtones, environ 37 % du niveau précolonial estimé. Au total, il manque donc encore 1,4 million de personnes pour retrouver l’Australie d’avant la colonisation : le creux de 1861 n’est comblé qu’au tiers.
Les auteurs prolongent la courbe jusqu’à un rendez-vous, relevé par ScienceAlert : au rythme actuel, la population autochtone pourrait retrouver le niveau d’avant 1788 d’ici 2047.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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