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800 000 voyageurs sont restés bloqués sous terre le 9 novembre 1965, quand le métro de New York s’est immobilisé en pleine heure de pointe. À 17 h 27, la ville venait de perdre le courant en même temps que l’Ontario et dix États américains. Plus de 30 millions de personnes se sont retrouvées dans le noir, pour une nuit qui durera jusqu’à treize heures.
La suite contredit tout ce qu’on imagine d’une métropole privée de lumière. Cinq signalements de pillage ont été enregistrés dans l’ensemble de New York cette nuit-là.
Soixante et un ans plus tard, cette nuit se raconte mieux en images qu’en récit. Le ciel était dégagé et la lune pleine : pendant une bonne partie de la soirée, l’éclairage public de New York, c’est elle.
17 h 27, entre deux stations
Les rames se sont arrêtées entre deux stations, sans lumière et sans annonce. Deux infirmières et un médecin ont parcouru toutes les voitures pour vérifier que personne n’était blessé, raconte un passager de l’un de ces trains. Les voyageurs ont mis en commun ce qu’ils avaient à manger. Les secours sont arrivés six heures plus tard.
La panne n’est pas née à New York. À 17 h 16, un relais de protection mal réglé se déclenche à la centrale hydroélectrique Sir Adam Beck n° 2, à Queenston, dans l’Ontario. Il coupe une ligne à haute tension vers le sud de la province. La charge bascule sur les lignes voisines, qui disjonctent à leur tour, et la cascade file vers l’est. Onze minutes suffisent pour qu’elle atteigne Manhattan. L’Ontario et dix États américains perdent le courant sur 80 000 miles carrés, soit environ 207 000 kilomètres carrés.
Le chiffre de 800 000 voyageurs dit surtout l’heure qu’il était. 17 h 27 à New York, c’est le cœur de la sortie des bureaux, le moment où le réseau souterrain porte le plus de monde.
Le point de départ de la cascade est un barrage, sur le Niagara. L’eau retenue derrière les ouvrages construits par l’humanité couvre 304 600 km² de réservoirs à la surface du globe, et c’est encore elle qui fait tourner une part du courant nord-américain.
Douze ans plus tard, la même ville
Le 13 juillet 1977, New York replonge dans le noir. Le bilan n’a plus rien à voir : 1 616 magasins pillés ou endommagés et 1 037 incendies traités par les pompiers. S’y ajoute la plus grande vague d’arrestations que la police de la ville ait connue. Cinq signalements d’un côté, mille six cent seize magasins de l’autre : même ville, même absence de courant, deux nuits que rien ne rapproche.

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Rien n’oblige à choisir une explication unique entre les deux dates. Ce qui se lit dans les deux cas : une coupure de courant ne fabrique pas un comportement. Elle révèle l’état d’une ville à l’instant précis où la lumière s’éteint.
Le soir même, à Washington
Le 9 novembre 1965, avant même le retour du courant, Lyndon Johnson adresse un mémorandum au président de la Federal Power Commission et réclame une enquête lancée immédiatement. Le FBI et le département de la Défense sont mis à sa disposition, et des équipes de la commission partent le soir même chez Niagara Mohawk et Con Edison. L’enquête conclura au réglage d’un relais, en Ontario.
Le courant est revenu par morceaux. Brooklyn retrouve une alimentation partielle vers 23 heures ; il faut attendre près de 7 heures du matin, le 10 novembre, pour que la ville entière soit réalimentée.
Un réseau français ne rejouera pas cette nuit-là, mais il répond à la même question : que faire quand il faut couper ? La réponse est écrite noir sur blanc par le gestionnaire du réseau. En France, le délestage organisé par RTE limite chaque coupure à environ deux heures par zone, aux pointes de 7 h à 11 h et de 18 h à 20 h. La nuit du 9 novembre 1965 a laissé une partie de New York sans courant plus de treize heures d’affilée. Il aurait fallu près de sept coupures de délestage successives sur la même zone pour couvrir cette durée.
Le dispositif ne connaît guère d’exception. Toute la métropole hors Corse peut être concernée, quel que soit le contrat d’électricité. Seuls y échappent les très gros consommateurs raccordés directement au réseau de transport et les sites prioritaires comme les hôpitaux.
« On m’a donné une moitié de beignet et, à mon tour, j’ai partagé une part de mon sandwich au beurre de cacahuète » : voilà ce qu’un passager du métro de New York a retenu du 9 novembre 1965.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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