Étagère d’armoire à pharmacie domestique avec un flacon blanc de gélules sans étiquette lisible.

La glucosamine est associée à un passage plus fréquent à la démence, mais pas chez tout le monde

Une étude de l’Université de Floride associe la glucosamine à une progression plus fréquente vers la démence, chez les seuls patients dont la mémoire décline déjà. En France, l’Anses déconseille ces compléments à sept groupes de personnes, et le trouble cognitif n’en fait pas partie.

Sommaire
  1. Ce que montrent douze ans de dossiers
  2. Des sucres accrochés aux protéines
  3. Ce que la critique oppose
  4. En France, sept groupes sont déjà visés

Des neuroscientifiques de l’Université de Floride ont passé douze ans de dossiers médicaux au crible. Ils y ont cherché la trace d’un complément vendu sans ordonnance. Les utilisateurs de glucosamine atteints de trouble cognitif léger progressent vers la démence 25 % plus souvent (Nature Metabolism, 9 juin 2026) ; en France, l’avis de l’Anses du 4 janvier 2019 déconseille déjà ces compléments à sept groupes de personnes, dont le trouble cognitif ne fait pas partie. Les adultes dont la mémoire va bien n’entrent pas dans cette analyse ; chez les souris saines, l’équipe ne mesure aucun effet.

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La glucosamine se vend en pot de gélules au rayon « confort articulaire », souvent associée à la chondroïtine sulfate, et se prend contre les douleurs d’arthrose. En France, elle est commercialisée comme médicament ou comme complément alimentaire, rappelle l’Anses. L’étude comme l’avis portent sur les compléments. L’étude de Floride mesure son effet selon l’état du cerveau qui l’avale.

Ce que montrent douze ans de dossiers

L’équipe de Ramon Sun a repris les dossiers déidentifiés du système hospitalier UF Health entre 2012 et 2024, comme l’expose le communiqué de l’université. Elle y a retenu 24 481 patients atteints de maladie d’Alzheimer ou d’une démence apparentée et 41 884 patients en trouble cognitif léger, détaille l’article de la revue. Environ 8 % prenaient de la glucosamine, selon les auteurs. Cela fait 1 896 personnes dans le premier groupe et 2 750 dans le second, soit 4 646. Le sur-risque annoncé repose sur ces quelques milliers de dossiers d’utilisateurs.

Deuxième résultat, chez les patients déjà diagnostiqués : un quart de mortalité en plus dans les cinq ans chez les utilisateurs. Cet écart de survie n’apparaît pas dans le groupe en trouble cognitif léger. L’analyse est rétrospective, contrôlée sur l’âge, le sexe et les données démographiques : elle mesure une association.

Main gantée tenant une lame de tissu cérébral coloré à côté d’un microscope.
Les chercheurs ont cartographié les glycanes sur des cerveaux post-mortem et sur des souris transgéniques.

Des sucres accrochés aux protéines

Le titre du papier, dans Nature Metabolism, ne mentionne aucun complément : « L’hyperglycosylation est un moteur métabolique de la maladie d’Alzheimer ». Les chercheurs ont cartographié des cerveaux humains post-mortem et ceux de souris transgéniques. Ils y trouvent un excès de glycanes, ces chaînes de sucres que l’organisme accroche à ses protéines. Plus la maladie est avancée, plus l’accumulation est marquée.

La glucosamine alimente cette machinerie. Chez des souris modèles d’Alzheimer, la donner par voie orale aggrave les déficits de mémoire ; éteindre génétiquement les enzymes qui fabriquent les glycanes les améliore. Chez les souris saines, rien ne bouge. Dans un commentaire publié par la revue, le biochimiste Yasuhiko Kizuka décrit cette décoration sucrée qui monte avec la maladie.

Ce que la critique oppose

L’objection principale porte un nom : la confusion par indication. Les personnes qui prennent de la glucosamine ont mal aux articulations, et la douleur chronique est elle-même liée au déclin cognitif. « Vous ne pouvez pas prendre un groupe de personnes arthrosiques, le comparer à un groupe sans arthrose, puis attribuer les différences à une autre variable », déclare le médecin Jacob Teitelbaum à NutraIngredients. Le Council for Responsible Nutrition, organisation professionnelle américaine, rappelle de son côté que les données humaines sont observationnelles.

Ramon Sun l’écrit lui-même dans sa présentation de l’étude : la glucosamine « paraît sûre et potentiellement protectrice pour un cerveau sain », et ses données ne montrent qu’une association. Pour trancher, il faudrait un essai randomisé, écrit-il.

Et chez nous ?

En France, sept groupes sont déjà visés

L’Anses a rendu son avis sur ces compléments le 4 janvier 2019, après 74 déclarations d’effets indésirables reçues entre 2009, année de création de la nutrivigilance, et février 2018. Les effets rapportés étaient hématologiques, digestifs, hépatiques et cutanés. L’agence déconseille la glucosamine et la chondroïtine à sept groupes : diabétiques et prédiabétiques, asthmatiques, personnes sous anti-vitamine K, allergiques aux crustacés et aux insectes, personnes devant contrôler leurs apports en sodium, potassium ou calcium, femmes enceintes ou allaitantes, enfants. Le trouble cognitif ne figure pas dans cette liste.

Glucosamine : les sept groupes de l’avis de l’Anses du 4 janvier 2019 face aux populations de l’étude de l’Université de Floride (Nature Metabolism, 9 juin 2026).
PopulationAvis de l’Anses (2019)Étude de Floride (2026)
Diabétiques et prédiabétiquesDéconseilléHors du champ de l’analyse
AsthmatiquesDéconseilléHors du champ de l’analyse
Personnes sous anti-vitamine KDéconseilléHors du champ de l’analyse
Allergiques aux crustacés et aux insectesDéconseilléHors du champ de l’analyse
Personnes devant contrôler leurs apports en sodium, potassium ou calciumDéconseilléHors du champ de l’analyse
Femmes enceintes ou allaitantesDéconseilléHors du champ de l’analyse
EnfantsDéconseilléHors du champ de l’analyse
Patients en trouble cognitif légerAbsents de la listeProgression vers la démence 25 % plus fréquente chez les utilisateurs
Patients Alzheimer ou démence apparentéeAbsents de la listeUn quart de mortalité en plus dans les cinq ans chez les utilisateurs
Adultes dont la mémoire va bienAbsents de la listeNon étudiés dans les dossiers ; aucun effet chez les souris saines

La nutrivigilance de l’Anses a enregistré 9 172 signalements entre le 13 novembre 2009 et le 31 décembre 2024, tous compléments confondus. Un consommateur peut y déclarer un effet indésirable lui-même, sans passer par un médecin.

La question se pose donc pour un profil précis : une personne à qui un médecin a parlé de trouble cognitif léger, ou dont la mémoire inquiète déjà l’entourage, et qui avale une gélule par jour depuis des années. L’étape suivante est une consultation, pas un pot jeté à la poubelle. Ramon Sun annonce de son côté son prochain travail : suivre les patients qui ont déjà arrêté la glucosamine, pour voir si leur déclin ralentit.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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