Une tourelle à caméras plantée sur une crête herbeuse, devant une rangée d’éoliennes, tandis qu’un grand rapace plane dans le ciel.

Des caméras arrêtent les éoliennes à l’approche d’un aigle, et les chiffres divergent

Au Wyoming, 47 tours à caméras stoppent la turbine concernée dès qu’un aigle s’approche. Trois publications ont chiffré l’effet sur la mortalité : 82 %, 85 %, puis 50 %. Les trois estimations réunies avec leurs intervalles, et ce que les parcs français en mesurent.

Une tourelle à caméras scrute le ciel du Wyoming et ordonne l’arrêt d’une éolienne. Le système s’appelle IdentiFlight : 47 unités installées sur le parc de Top of the World, 110 turbines surveillées, un aigle repéré à distance et la machine concernée freinée avant son passage. Depuis 2021, trois publications scientifiques ont chiffré l’effet sur la mortalité des aigles, et elles ne tombent pas d’accord.

L’affaire n’est pas qu’américaine, et les chiffres français le montrent. Au pied de 1 065 éoliennes françaises, la LPO a recensé 1 102 cadavres d’oiseaux dont 23 % de rapaces, pour une mortalité estimée de 0,3 à 18,3 oiseaux par éolienne et par an (2017). Ce bilan, tiré de 197 rapports de suivi, figure dans son état des lieux de l’impact sur la biodiversité. L’argument des « éoliennes hachoirs » revient à chaque projet.

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Ce que la caméra voit avant la pale

Le principe tient en quelques secondes. Des tours de 7 à 10 mètres portent un œil grand-angle qui balaie l’horizon. Dès qu’une grande silhouette bouge, une caméra haute résolution zoome et décide : aigle ou pas. Si la trajectoire mène vers une machine, l’ordre de ralentir part vers celle-là seulement, et pas vers le parc entier.

Les performances ont été mesurées dès 2018, face à des observateurs humains postés sur le même site. Le dispositif a repéré 96 % des vols que voyaient les observateurs, et 562 % d’oiseaux de plus qu’eux (Biological Conservation, 2018). Un aigle était classé comme tel à 793 mètres en médiane, soit près de huit terrains de football mis bout à bout. Le verdict tombe en 0,4 seconde.

Ces tours culminent à 10 mètres, quand la hauteur des éoliennes atteint 285 mètres en bout de pale en Bavière. Plus le rotor grandit, plus la zone à surveiller s’étend.

Une équipe de CBS Colorado a filmé une tour en fonctionnement et l’arrêt qu’elle commande.

Vidéo : le reportage de CBS Colorado sur le système de détection (YouTube)

Pourquoi le chiffre a glissé de 82 % à 50 %

Le premier calcul date de 2021. Dans le Journal of Applied Ecology, l’équipe compare le site équipé à un parc témoin situé à 15 kilomètres, avant et après la mise en service. Les collisions mortelles y reculent de 63 %, quand elles augmentent de 113 % sur le témoin. La baisse relative du taux de mortalité ressort à 82 %, dans un intervalle de 75 % à 89 % (étude de 2021).

Deux ans plus tard, dans la même revue, M. Huso et D. Dalthorp reprennent les données et contestent quatre points. Le principal tient à la variation d’une année sur l’autre : la moyenne de quatre années « avant » était comparée à une seule année « après ». Corrigé, l’effet retombe à 50 %, avec un intervalle qui va de moins 159 % à 89 % dans leur réanalyse de 2023. Une hausse reste donc possible.

Entre les deux, les auteurs de l’étude initiale avaient déjà repris leur copie. Leur seconde publication, parue en 2022 dans Ecological Solutions and Evidence, intègre cinq corrections méthodologiques et des données plus récentes. La baisse remonte à 85 %, mais l’intervalle de crédibilité s’étire de 12 % à 100 %. La fourchette dit ce que l’échantillon permet d’affirmer, et rien de plus.

Mises côte à côte, les trois estimations racontent une histoire moins nette que les reprises enthousiastes.

Trois analyses du même parc éolien du Wyoming
PublicationCe qui est comparéBaisse estiméeIntervalle
McClure et al., Journal of Applied Ecology, 20214 ans avant contre 1 an après, site équipé et site témoin82 %75 % à 89 %
McClure et al., Ecological Solutions and Evidence, 2022données élargies, taux de mortalité au lieu des effectifs annuels85 %12 % à 100 %
Huso et Dalthorp, Journal of Applied Ecology, 2023mêmes données qu’en 2021, variation annuelle réintroduite50 %-159 % à 89 %

Et chez nous ?

Le milan royal, le bridage et ce que la France a mesuré

La France a franchi le pas réglementaire en mars 2023. Les autorités régionales du Grand Est ont accepté un système automatisé de détection comme mesure suffisante pour réduire le risque de collision du milan royal. Le fabricant présente cette décision comme une première nationale dans son communiqué de juin 2023.

Aux Côteaux du Blaiseron, en Haute-Marne, huit éoliennes de 3,2 mégawatts sont surveillées par les mêmes caméras depuis 2021 et 2022, pour le milan royal et la cigogne noire.

Un milan royal à la queue fourchue plane au-dessus de champs cultivés, deux éoliennes floues à l’arrière-plan.
En Haute-Marne, huit éoliennes sont surveillées par caméras depuis 2021 pour le milan royal et la cigogne noire.

Ces oiseaux-là se recomptent lentement : en Serbie, l’aigle impérial a mis neuf ans pour repasser de un à vingt-neuf couples nicheurs.

Les caméras font-elles baisser la mortalité dans les parcs français ? Le programme Éolien & Biodiversité a cherché la réponse dans les suivis de tous les parcs équipés du territoire. Son rapport final EFFICAS, daté du 12 décembre 2025, conclut que les mortalités restent globalement stables, voire augmentent, après la mise en place d’un système de détection-réaction. La comparaison bute sur l’obstacle du Wyoming : trouver un parc témoin vraiment comparable.

Un autre résultat français pèse au moins autant : la mortalité directe est au moins deux fois plus forte dans les parcs implantés à moins de 1 000 mètres d’une zone de protection spéciale : le choix du site précède la caméra.

Le test de 2018 avait aussi compté les erreurs dans l’autre sens. Sur 1 013 oiseaux qui n’étaient pas des aigles, 287 ont été classés comme tels, et pour eux aussi l’éolienne s’arrête.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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