Embouchure d’un fleuve se déversant dans la mer, avec des fragments de plastique flottant à la surface.

Le plastique qui entre dans l’océan a été divisé par cinq, sur le papier

L’estimation de 8 millions de tonnes de plastique entrant chaque année dans l’océan date de 2015 et porte sur l’année 2010. Deux modèles indépendants la ramènent depuis entre 1 et 1,7 million de tonnes, pour une raison de méthode et non de flux.

Sommaire
  1. En bref
  2. D’où sort le chiffre de huit millions
  3. Ce que les modèles suivants ont corrigé
  4. Une estimation plus basse, un problème inchangé
  5. Quatre fleuves français dans la mesure
  6. Questions courantes

Vérif

La revue Science publie en février 2015 une estimation du plastique qui part des côtes vers l’océan. Jenna Jambeck et ses coauteurs l’évaluent entre 4,8 et 12,7 millions de tonnes pour la seule année 2010. Le milieu de la fourchette a fait le tour du monde. Le plastique qui entre chaque année dans l’océan est estimé entre 1 et 1,7 million de tonnes, contre 8 millions de tonnes dans l’étude de référence publiée en 2015. La révision est acquise depuis 2021, et elle n’a jamais rattrapé le chiffre qu’elle corrige.

En bref

  • Les 8 millions de tonnes viennent de Jambeck et al., parus dans Science en février 2015 et portant sur l’année 2010.
  • Meijer et al. donnent 0,8 à 2,7 millions de tonnes par an, l’OCDE 1,7 million de tonnes pour 2019.
  • L’écart tient aux méthodes de mesure, pas à une baisse des rejets.
  • Le stock déjà parti ne bouge pas : 109 millions de tonnes dans les fleuves, 30 millions de tonnes dans les mers et les océans.
L’affirmation« Huit millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans l’océan. »
Notre verdictÀ nuancer

L’affirmation était exacte au regard des connaissances de 2015 ; elle ne l’est plus. Deux modèles publiés depuis, bâtis sur des données et des équipes différentes, ramènent le flux annuel à un ordre de grandeur cinq à huit fois plus bas. La baisse est venue de la façon de compter. Rien n’indique que les rejets réels aient diminué.

D’où sort le chiffre de huit millions

Jambeck et ses coauteurs partent des déchets solides de 192 pays côtiers. Leur modèle croise densité de population, niveau de richesse et qualité de la collecte pour estimer ce qui échappe au traitement puis rejoint la mer. Il aboutit à 275 millions de tonnes de déchets plastiques produits dans ces pays en 2010, dont 4,8 à 12,7 millions de tonnes gagnant l’océan (Science, 13 février 2015). La fourchette est large. C’est sa médiane, ronde et commode, qui a voyagé.

Ce que les modèles suivants ont corrigé

Une équipe menée par Lourens Meijer reprend le problème par les fleuves. Son modèle ajoute l’usage des sols, le vent, les précipitations et le tracé des cours d’eau, puis calcule la probabilité qu’un déchet atteigne la mer. Il aboutit à 0,8 à 2,7 millions de tonnes par an. Plus de mille cours d’eau portent 80 % des apports fluviaux mondiaux, souvent de petits fleuves urbains (Science Advances, 2021).

L’OCDE retient 1,7 million de tonnes. Son Global Plastics Outlook, paru en février 2022, chiffre à 6,1 millions de tonnes les fuites de plastique vers les milieux aquatiques en 2019, dont 1,7 million atteignant l’océan. Deux équipes sans lien aboutissent au même ordre de grandeur. Le déplacement reflète des améliorations de méthode plutôt qu’un changement des flux réels (Our World in Data, 2023).

Trois estimations du plastique entrant chaque année dans l’océan
TravauxPublicationFlux annuel estiméCe qui est compté
Jambeck et al., Sciencefévrier 20154,8 à 12,7 millions de tonnes (année 2010)déchets mal gérés de 192 pays côtiers
Meijer et al., Science Advances20210,8 à 2,7 millions de tonnesapports de plus de mille cours d’eau
OCDE, Global Plastics Outlookfévrier 20221,7 million de tonnes (année 2019)fuites vers les milieux aquatiques atteignant l’océan

Une estimation plus basse, un problème inchangé

Le plastique ne disparaît pas entre deux modèles. L’OCDE estime à 109 millions de tonnes le plastique déjà accumulé dans les fleuves du monde, et à 30 millions de tonnes celui présent dans les mers et les océans. Ce seul stock fluvial équivaut à 64 années du flux annuel révisé, et il met des décennies à rejoindre la mer.

Filet de prélèvement scientifique remonté à bord d’un bateau, garni de minuscules fragments de plastique.
Les petits microplastiques, de 0,025 à 0,5 mm, sont jusqu’à mille fois plus nombreux que les fragments de 0,5 à 5 mm.

Quatre fleuves français dans la mesure

La mission Tara Microplastiques a remonté neuf fleuves européens en 2019 : la Loire, la Seine, le Rhin, l’Elbe, la Tamise, l’Èbre, le Rhône, le Tibre et la Garonne. Quatre sont français. Les résultats ont paru le 15 avril 2025 dans un numéro spécial d’Environmental Science and Pollution Research, quatorze articles coordonnés par le CNRS. Ils rappellent ce qui décide d’un chiffre : les petits microplastiques, de 0,025 à 0,5 mm, y sont jusqu’à mille fois plus nombreux que les fragments de 0,5 à 5 mm (Fondation Tara Océan).

Le Monde a navigué sur cet « océan de plastique » et en a rapporté des images.

Vidéo : Le Monde

L’écart entre un volume annoncé et un volume vérifié se retrouve à terre. AAP mesurait le 26 août 2026 que 9,4 % des mégots ramassés au World Cleanup Day étaient valorisés.

Le chiffre de 2015 circule depuis onze ans. Sa correction, publiée en 2021, en a cinq de retard.

Questions courantes

Faut-il arrêter de citer les 8 millions de tonnes ?
Pour décrire le flux actuel, oui. L’estimation porte sur l’année 2010 et repose sur une méthode que ses successeurs ont corrigée. Elle reste citable comme jalon historique, à condition de préciser qu’elle est datée.

Le plastique qui entre dans l’océan diminue-t-il ?
Rien ne permet de l’affirmer. Aucune série homogène ne suit ce flux année après année, et les estimations successives n’ont pas été produites avec les mêmes outils.

Pourquoi les estimations varient-elles autant d’une étude à l’autre ?
Parce qu’elles ne comptent pas la même chose. Une approche part des déchets mal gérés des zones côtières, une autre des apports fluviaux, une troisième des fuites vers l’ensemble des milieux aquatiques.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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