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Récit
Des troncs abattus jonchent le premier plan de la photographie. Derrière eux se dresse El Castillo, la grande pyramide de Chichén Itzá, au Yucatán. L’explorateur britannique Alfred Maudslay l’expose sur plaque de verre en 1889 : voûtes du temple effondrées, parement de pierre descellé par les racines. Ces arbres couchés, ce sont ses ouvriers qui les ont coupés, juste avant la prise de vue.
Les clichés ressortent régulièrement sur les réseaux sociaux, sous une légende tenace : la pyramide aurait alors été une colline avalée par la jungle. La plaque dit autre chose. Elle montre un monument debout et déjà dégagé, dont les gradins se sont déchaussés. Quarante-sept ans séparent le cliché de 1889 de la fin du chantier sur El Castillo, en septembre 1936.
Yucatán, 1888-1889 : cinq mois et jusqu’à cinquante ouvriers
Maudslay passe environ cinq mois sur le site. Sa main-d’œuvre oscille violemment : jusqu’à cinquante hommes certaines semaines, plus un seul à d’autres, tous repartis aux fêtes de leur village (récit familial, Mexicolore). Ces hommes dégagent la végétation pour que l’architecture redevienne lisible. Les appareils sont encombrants, et les produits chimiques voyagent avec le reste : chaque négatif de verre se développe sur place.

22 février 1927 : on ouvre le chantier du Castillo
L’exploration d’El Castillo commence sous la direction d’Eduardo Martínez Cantón, inspecteur des monuments archéologiques du Yucatán, avec José Erosa Peniche comme chef de chantier. Neuf saisons se succèdent jusqu’en septembre 1936 (Arqueología Mexicana). C’est là que la pyramide retrouve ses quatre-vingt-onze marches par face et sa géométrie de carte postale.

Deux millions trois cent mille personnes en une année
Chichén Itzá a reçu 2 332 445 visiteurs en 2023, devant Teotihuacán et Tulum, d’après les statistiques de l’INAH (Forbes México, 26 janvier 2024). L’écart avec la deuxième zone archéologique du pays atteint 543 461 entrées. Presque toutes ces photos cadrent la même façade remontée.

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Le classement complet tient en six lignes, dans l’ordre des statistiques de l’institut mexicain.
| Zone archéologique | État | Visiteurs en 2023 |
|---|---|---|
| Chichén Itzá | Yucatán | 2 332 445 |
| Teotihuacán | État de Mexico | 1 788 984 |
| Tulum | Quintana Roo | 1 300 964 |
| Monte Albán | Oaxaca | 465 000 |
| Palenque | Chiapas | 360 000 |
| El Tajín | Veracruz | 346 000 |
Ce que Maudslay rapporte d’Amérique centrale ne tient pas qu’en images. Ses équipes moulent les sculptures en papier mâché et en plâtre, et les moules repartent par trains de mules jusqu’aux ateliers anglais (Expedition Magazine, Penn Museum). L’ensemble paraît entre 1889 et 1902 sous le titre Biologia Centrali-Americana. Sept expéditions depuis l’Angleterre ont suivi son premier voyage de 1881, la dernière en 1894.
Les négatifs sont conservés au British Museum. Ils mesurent 16,5 × 21,7 cm, un peu plus qu’une feuille A5, et l’un d’eux montre un homme debout derrière un linteau effondré (notice du négatif). Un portrait de l’explorateur assis dans les ruines, daté de 1889, circule lui aussi dans le domaine public. La plaque sèche est alors une technique neuve, et elle change la nature de l’archive : un relevé au crayon interprète, un négatif enregistre les gravats. C’est à ce titre que les vues de 1889 documentent l’état non restauré du site, avant les grands remontages du siècle suivant.
Les diaporamas viraux s’arrêtent avant la vraie question : qu’est-ce qui est d’origine ? Les quatre escaliers de quatre-vingt-onze marches, additionnés à la plateforme du temple, donnent 365, le compte de l’année solaire. Des chercheurs rappellent que cette coïncidence doit peut-être davantage à la main du restaurateur qu’à l’intention du bâtisseur. Sur la face sud, les marches restent érodées. La pierre, elle, ne porte aucune étiquette indiquant sa date de repose.
Les inscriptions mayas, en revanche, rendent parfois un nom propre : c’est ainsi qu’un mathématicien maya est sorti de l’anonymat. Les gradins d’El Castillo, eux, restent muets sur leurs maçons, anciens comme modernes.
Le 23 janvier 2024, sept mille cinq cents personnes ont franchi l’entrée en une seule journée, un record hors équinoxe de printemps annoncé par le directeur général de l’INAH, Diego Prieto Hernández (Secrétariat mexicain à la Culture, 25 janvier 2024). Elles photographiaient un escalier remonté près de quatre-vingt-dix ans plus tôt.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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